Appel à la justice de l'État (Seconde lettre à milord Sidney)

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Appel à la justice de l'État
1784

Épître dédicatoire à milord Sydney, ministre et secrétaire d'État au département de l'Amérique.



Frontispice | Avertissement | Préface | Table des matières | Introduction | Lettre au roi | Lettre au prince de Galles | Première lettre à milord Sidney | Seconde lettre à milord Sidney | Épître au général Haldimand | Troisième lettre à milord Sidney | Quatrième lettre à milord Sidney | Lettre aux Canadiens | Questions du baron Masères | Cinquième lettre à milord Sidney | Sixième lettre à milord Sidney | Lettre circulaire | Errata


Milord,

Thomas Townshend, vicomte de Sydney
Les grands ministres font la gloire et la grandeur des États au dehors, mais ils en font quelquefois les fléaux au dedans: ce sont les bons, les honnêtes, les vertueux ministres qui décident à coup sûr du bonheur des sujets. C'est la gloire du choix de Sa Majesté, en appelant votre seigneurie au ministère, de s'être donné un vice-gérant qui rassemble dans sa personne les plus brillantes qualités et les plus précieuses vertus du cœur et sur qui, à ce titre, Elle peut se reposer dignement du soin de rendre son règne glorieux chez l'étranger aimable et heureux pour ses sujets.

Je n'avais pas besoin, Milord, d'un ministre d'un caractère moins illustre et moins respectable, pour voir finir les injustices atroces qui sont venues m'accabler, à la honte de la raison humaine et contre les droits de l'humanité. Un tyran n'a pas rougi de déchaîner contre moi, à Québec, les violences et les fureurs du plus décidé despotisme; il a préludé par suspecter et attaquer mon honneur; il a continué par me ravir la liberté et par ruiné, en brigand masqué, ma fortune; et s'il n'a pas fini par me détruire, c'est qu'il est une Providence spéciale qui veille contre les menées sourdes à la conservation des innocents opprimés, dont l'existence est nécessaire pour la punition exemplaire des coupables oppresseurs.

Ce tyran c'est le gouverneur de Québec, le général Haldimand et qui plus est, Milord, c'est votre ami et l'ami de vos confidents1 dans votre office! C'est-à-dire, que la justice que je réclame, a à lutter et à combattre contre le crédit des grands, contre l'opulence d'un étranger parvenu et contre l'amitié d'un ministre. Mais en Angleterre, le crédit expire aux pieds des Tribunaux de judicature et l'opulence ne sert qu'à aplanir les voies pour parvenir jusqu'aux lois. Quant à l'amitié d'un ministre, armée de toutes les prérogatives de la couronne qu'il tient en dépôt dans les mains, non pas pour diriger, mais pour suspendre au besoin, ou réel ou présumé, le cours des lois, Milord, dans un ministre vulgaire et d'une trempe commune, cette circonstance d'affection ministérielle me ferait trembler pour le succès de mon appel à la justice de l'État: mais quand les lois parlent, quand la justice réclame, Milord Sidney ne fait alors que se prêter à des voix si touchantes et à remplir les devoirs de l'honnêteté et de l'honneur; alors il n'a ni confident ni amis; ministre qui fait l'être par lui-même et tout conduire de la main, il n'oublie pas qu'il est de sa gloire et de celle de sa place, de faire rentrer les commis d'un bureau dans leur sphère de subalternes, fait pour obéir et pour se taire; telle est, Milord, l'idée que la voix publique m'a donnée de Milord Sidney: l'évènement va bientôt la justifier.

Le général Haldimand brave la justice à Québec, en vertu de sa dignité qui élève sa personne au dessus des lois; il n'y a que son rappel qui, en le remettant dans sa condition privée et dans l'inconséquence de son individualité, puisse le rendre justiciable de la judicature d'Angleterre; tribunal national, établi pour punir l'injustice jusqu'aux environs du trône même où elle pourrait chercher un asile. D'après l'étiquette ordinaire, le temps de son gouvernement est expiré: le bien public assurément n'en demande pas la prolongation; mais quand quelques circonstances particulières pourraient concourir à sa continuation, tant de titres publics réclame son rappel, que ce serait sembler vouloir conniver à ses injustices que de le refuser. Ce rappel est dû à Sa Majesté Royale, qui doit être vengée de l'infidélité de son représentant; à la nation qui l'avait adopté et qui a droit de lui demander compte de l'abus qu'il a fait de cette adoption, pour opprimer les sujets; à la province de Québec, afin de briser les chaînes sous le poids de qui il la fait gémir aujourd'hui et qui n'étaient pas faites pour elle; enfin ce rappel est dû aux lois qui réclament leur victime qui ne leur a échappé jusqu'ici que contre les lois mêmes.

Milord, votre prédécesseur2, qui s'intéressait en faveur du coupable, (car la souple flatterie ne manque pas d'amis) tout coupable qu'il semblait le reconnaître, se reposait, pour sa sécurité, sur l'opulence de l'oppresseur et la modicité des circonstances de l'opprimé. Il est bien loin de ma façon de penser d'envier au général Haldimand des trésors entassés par les voies à qui il les doit; il est vrai, hélas! et que trop vrai, qu'à peine me reste-t-il dans les mains quelques débris de cette fortune brillante, qui me distinguait en Canada; mais ces minces débris, échappés à sa tyrannie, me suffiront pour le faire punir, pourvu que des délais injustes et affectés ne viennent pas se mettre de la partie pour consommer graduellement la ruine d'un malheureux qu'on veut écraser tout à fait; et cela, pour sauver un persécuteur déclaré: mais, Milord Sidney n'eut jamais un cœur injuste, ni fait pour l'être par faiblesse et par accident; il ne peut devenir le fauteur et le protecteur de l'injustice; il cesserait dès lors d'être lui-même; et c'est sur Milord Sidney seul que je fonde mes espérances sur le sujet présent.

J'ai l'honneur d'être, avec le respect le plus profond,
milord,
de votre seigneurie,
le très-humble et
très-obéissant serviteur,
Pierre du Calvet.

Notes de l'auteur

1. M. Nepeane, sous-secrétaire

2. Milord North



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