Des provinces de l'Amérique du Nord et d'une union fédérale

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Des provinces de l'Amérique du Nord et d'une union fédérale
1858




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Note des éditeurs

Nous avons obtenu de l'auteur de cet ouvrage la permission de publier ce volume. Nous avons cru le moment bien choisi pour remettre devant les yeux du public canadien, sous une forme compacte, çe travail entrepris pour les colonnes du Courrier du Canada, et publié dans ce journal, dont le tirage est déjà épuisé, au point que nous avons eu bien de la peine à nous procurer tous les numéros qui nous étaient nécessaires.

Plus que jamais, en effet, l'esprit public est préoccupé de l'importante question de la Confédération des Provinces de l'Amérique du Nord, et dans les débats qui viennent d'avoir lieu, au sein de nos Chambres Législatives, maintenant en session, presque tous les orateurs ont fait allusion à ce sujet.

Cette brochure devra, nous l'espérons, être reçue avec faveur par le public, sur lequel nous avons compté en entreprenant à nos frais cette publication assez couteuse, si l'on considère les difficultés et les mécomptes dont sont entourées dans ce pays les œuvres de la publicité.

BROUSSEAU FRÈRES,
Libraires-éditeurs à Québec.

Note de l'auteur

Le temps nous manquant pour revoir ce travail, nous le reproduisons exactement dans la forme qu'il affectait, lorsque nous le publiâmes dans le Courrier du Canada; nous contentant forcément de corriger quelques erreurs importantes de chiffres et autres, qui toujours se rencontrent dans les colonnes des journaux.

Cet opuscule est divisé en trente trois chapitres, ou plutôt trente trois articles, qui ont été successivement publiés dans autant de numéros divers du journal que nous venons de nommer, à dater du 7 Juillet 1857.

J. C. TACHÉ,
Québec, 20 Avril 1858.

Introduction

Depuis déjà plusieurs années l'opinion publique se préoccupe du vaste projet de réunir les provinces de l'Amérique du Nord, dans une confédération dont l'importance ne peut manquer de frapper l'esprit de tout homme tant soit peu versé dans la connaissance de l'histoire et des ressources de ces telles colonies. Quelles que soient les opinions présentes de chacun, quels que soient les rêves d'avenir, modérés ou extravagants, il n'en est pas moins universellement admis que les vastes possessions anglaises du nord de ce continent sont appelées, dans un temps plus ou moins prochain, à jouer un rôle comparativement important.

Ceci posé, il est donc tout naturel qu'on prenne le souci d'étudier la question de fonder un ordre de choses qui puisse donner aux vœux légitimes des diverses populations, aux intérêts multiples qui se trouvent en jeu, et aux exigences de la politique générale, toutes les garanties nécessaires d'ordre, de force et de liberté.

Nous croyons le temps arrivé pour le peuple de ces provinces et pour la métropole de s'occuper sérieusement et avec toute la bonne foi, l'attention, la liberté d'esprit et la largeur de vue que le sujet comporte, de cette importante question : non pas que nous voulions dire que la réunion de toutes ces provinces sous un gouvernement fédératif,—(pour moins nous embarrasser, nous préjugeons ici la solution de la question d'avenir en faveur d'une confédération à notre point de vue)— doive avoir lieu sans délai et qu'on doive de suite la constituer ;—non—nous serions au contraire bien fâché de voir la question décidée par l'adoption d'une constitution et de dispositions organiques, avant qu'on ait eu le temps de consulter toutes les opinions qui peuvent surgir de la discussion large du projet. Mais d'un autre côté nous n'aimerions pas à voir ajourner indéfiniment une mesure qui doit venir par la force des choses, sous une forme ou sous une autre, sous un nom ou sous un autre, d'une manière ou d'une autre et cela dans un futur qui ne peut être très éloigné. Nous laissons de côté, donc, la question de temps, pour étudier la chose dans son mérite intrinsèque et dépouillée de tous les calculs de la politique actuelle, comme de toutes les utopies sur la forme et les principes des gouvernements.

L'importance de la question de l'avenir de ce vaste pays que forment les possessions anglaises de l'Amérique septentrionale, se rattache à plusieurs ordres d'idées qui font un devoir à ceux qui veulent s'en occuper de s'élever au-dessus des petites spéculations du moment. Nul doute, et la chose paraît parfaitement comprise maintenant, nul doute que cette question de notre avenir ne se lie directement et intimement avec la politique générale des nations, avec les intérêts communs des empires: c'est ensuite une question américaine ; puis une question qui intéresse au plus haut point l'Angleterre notre métropole en particulier; puis enfin c'est, avant tout pour nous, une question d'héritage à laisser a nos descendants.

Avant d'examiner, dans la faible mesure qu'il nous est donné de le faire, dans ces articles improvisés, la question elle-même à ses divers point de vue, il est nécessaire de dire un mot de l'étendue et des ressources que présentent les différentes provinces que relient entre elles des intérêts communs : ce sera un moyen de convaincre de l'importance du sujet ceux qui n'en seraient pas encore convaincus, ou ceux qui n'y auraient pas encore pensé, et c'est du reste le point de départ obligé d'un examen de ce genre. Nous dirons ensuite un mot du passé avec lequel il faut toujours compter dans l'étude d'une semblable question.

Il est bon, il est utile au reste de mettre souvent sous les yeux de notre peuple ces choses et ces faits relatifs au pays : leur contemplation est propre à inspirer des idées élevées, à donner de la vigueur à nos pensées et à nos espérances, et cet ensemble, cette communauté d'aspirations qui fondent les états solides et posent les bases d'un ordre de choses bon et durable.

Quand on examine la marche de l'homme dans la conquête de la nature sauvage ; quand on a sous les yeux les progrès matériels accomplis dans les États-Unis et sur notre propre territoire ; quand on songe à l'étendue des ressources de ces vastes possessions anglaises de l'Amérique du Nord, et au nombre d'émigrés de toutes les nations que le trop plein de l'Europe envoie chaque année vers ce continent de l'Amérique, on demeure convaincu de l'importance des questions que soulève l'avenir de ces contrées.

L'Amérique Britannique du Nord forme un territoire presque aussi grand que l'Europe entière, s'étendant de l'Atlantique au Pacifique et du quarante cinquième degré de latitude à l'Océan Glacial, couvrant une superficie totale de près de quatre millions de milles carrés ; mais qui n'offre encore, à tout compter, qu'une population qui n'atteint pas le chiffre de quatre millions d'âmes.

Quelles espérances ne peut-on pas fonder sur l'avenir matériel de cette immense contrée qui renferme les provinces des deux Canadas, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de Terreneuve, de l'Ile du Prince Édouard, les territoires de la Baie d'Hudson et l'Ile Vancouver ; quand on pense aux richesses d'un sol presque partout remarquablement fertile, (nous exceptons l'extrême Nord), aux ressources qu'offrent à la colonisation les matériaux que les siècles ont thésaurisés dans les forêts, aux immenses pêcheries du Golfe, capables par elles-mêmes d'approvisionner le monde entier de poisson des meilleures espèces ; quand on remarque que tout ce vaste continent offre, dans ses différentes conformations géologiques, les richesses minérales des dépôts les plus précieux, et que dans son sein la nature à disposé, comme à l'envie, des voies de communication d'une grandeur incroyable. Le sol fertile de ces provinces que traversent dans toute leur étendue les fleuves Saint-Laurent et Saint-Jean, ou que baignent les eaux du Golfe ou des grands lacs, les superbes forêts que parcourent les immenses rivières Outaouais, Saint-Maurice et Saguenay, les mines de cuivre des bords des Lacs Supérieur et Huron, les mines de fer du Bas-Canada, les mines de charbon de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, les ports de mer de Québec, Halifax et St. Jean, les dépôts de minérais de tous genres dans toutes ces provinces : tout cela constitue un ensemble de moyens qui, si on les suppose mis en œuvre par une population suffisante, gouvernée par un système politique fondé sur les véritables principes d'ordre et de liberté pour tous, rend justifiables les calculs les plus vastes, les prédictions les plus extraordinaires, eu égard à l'état actuel des choses.

Mais pour seconder la marche des événements qui devront amener ce pays à prendre dans le monde la position que lui assignent tous ces avantages accordés par la Providence, il faut que nous, ses habitants, à qui le travail en est confié, il faut que, mettant de côté toutes les petites idées, toutes les utopies irréalisables, nous prenions la chose au sérieux, et donnions à tous les éléments qui se produisent dans ce grand concours la légitime influence à laquelle chacun a droit ;—mais avant d'entrer plus loin dans cet ordre de pensées, donnons quelques renseignements de détails qui sont indispensables à l'étude rapide que nous voulons faire.

Pour permettre de développer une question comme celle que nous voulons esquisser, il est nécessaire de donner le profil, un aperçu de la physionomie des vastes pays dont il s'agit, en disant un mot du territoire, de la population et des éléments religieux et sociaux qui la composent, des circonstances de lieu et de voisinage, et des événements historiques du passé, comme moyen de comparaison avec le présent et de calcul pour l'avenir.

Naturellement toutes ces petites études seront courtes et rapides comme les instants que nous pouvons consacrer à un travail de ce genre ; mais telles quelles, elles sont indispensables, avant d'entrer dans les entrailles de cette question dont on a beaucoup parlé, mais qu'on n'a jamais sérieusement discutée, que nous sachions, excepté, peut-être, dans le célèbre rapport de Lord Durham en 1839 ; mais ce rapport, écrit sous l'influence des événements de '37 et '38, n'avait que deux résultats en vue, quelque chose qu'on en puisse dire : prévenir le retour d'une insurrection et noyer la nationalité canadienne-française. Au reste, nulle grande pensée d'avenir indépendant, nulle large prévision en dehors d'une politique mesquinement et exclusivement coloniale, ne ressortait de la teneur comme des suggestions de ce rapport.

Lord Durham y soumettait trois plans au colonial office :

  1. une union fédérale des provinces, Haut-Canada, Bas-Canada, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse (les iles du Prince Édouard et du Cap Breton devant faire partie de ces deux dernières provinces) ;
  2. une union législative de toutes ces provinces sous un gouvernement unique ;
  3. une union législative du Haut et du Bas-Canada. L'adoption de ce dernier système devait, entre autres choses à produire, amalgamer les Canadiens-Français avec les Anglo-Saxons et donner les moyens de mettre plus d'économie dans les dépenses du gouvernement.

On voit quel énorme déficit il se trouve dans la somme des résultats promis par le noble Lord, comparée à la somme des résultats réalisés ; ainsi la race française n'a pas été amalgamée (le mot est délicieux, n'est-ce pas ?) et les dépenses du gouvernement ont augmenté dans une proportion décuple du chiffre de la population quand au Bas-Canada au moins.

Notes

Nous écrivions ce qui précède le 7 Juillet 1857, et ce qui suit les jours suivants : nous étions bien convaincu alors que la question de la Confédération des provinces de l'Amérique du Nord est une question presque vitale ; nous étions bien certain qu'il faut qu'elle arrive à une solution assez prochaine, par la force même des choses, malgré ce qu'en ont dit alors des journalistes qui ont combattu nos idées ; mais nous n'osions pas espérer lui voir faire, dans le court espace de moins d'un an, les progrès qu'elle a faits depuis.

Aujourd'hui cette question est dans toutes les bouches : un membre de notre Législature M. Galt vient de la soumettre, pour la seconde fois, à la discussion en Chambre, et toute la presse s'en occupe. Un journal de Toronto le Colonist, vient d'en faire le sujet d'un excellent article qu'il serait trop long de reproduire dans cette note. Le Kingston Morning Herald, en annonçant la nouvelle d'un projet de confédération des provinces australiennes, disait il y a quelques jours :

si une union fédérale peut convenir aux provinces australiennes qui ne comptent que des petites populations éparses, et dont l'industrie ne s'exerce encore que dans l'exploitation des mines et des troupeaux :—que ne produirait pas le principe de la confédération appliqué aux provinces de l'Amérique du Nord, avec un territoire qui s'étend de Terreneuve à Vancouver, qui offre le meilleur lieu d'élection pour l'établissement d'une railroute devant aller d'un océan à l'autre.... Il serait prématuré de dire ce que pourrait devenir une union formée de Terreneuve, de l'Ile du Prince Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, des Canadas, de la Rivière Bouge, de la Saskatchéouanne et des antres territoires, constitués en dix provinces confédérées?

M. Alexandre Morris, écrivain déjà avantageusement connu en Canada, traitait il y a quelques jours aussi le même sujet dans une étude faite devant la Mercantile Library Association de Montréal.

Le sujet, a-t-il dit, s'empare de l'esprit public " —La presse commence à se déclarer en faveur.—Les hommes politiques s'en occupent.—Il y a quelques années il n'en n'était point ainsi.—Ceux qui auraient osé en plaider la cause auraient été en avant de leur temps et n'auraient été regardés que comme des visionnaires.—Les choses sont bien changées. La discussion d'un pareil sujet ne peut qu'être utile, et l'étude de tout ce qui tient à cette question ne peut que donner de la largeur à notre politique et inspirer de la vigueur aux aspirations des populations britanniques américaines....

Ajoutons à cette citation des paroles de M. Morris, les sages axiomes sur lesquels M. Morris conseille de baser les principes qui doivent nous guider.

Si vous voulez commander le respect, dit-il, distinguez vous par la sagesse et l'ampleur d'un bon système d'instruction publique ;—par votre respect constant pour les libertés civiles et religieuses ;—par le respect public pour les commandements de celui qui dirige tout et pour l'enseignement des préceptes qu'il a donné au monde ;—par l'honorabilité de vos relations commerciales ;—par votre empressement à satisfaire à vos obligations financières publiques ;—par le respect pour les pouvoirs existants ; et par l'intelligence complète des devoirs de votre position.

... p. 15

Terreneuve


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