Programme du Parti Québécois de 1969

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Programme politique
Édition 1969




Source: [1]



Programme Édition 1969

Texte intégral du programme politique du Parti Québécois, tel qu'il a été adopté par le congrès de fondation tenu à Québec, du 11 au 14 octobre 1968.

Militants, militantes,

Vous avez en main "Programme édition 69", le premier programme officiel du Parti Québécois. Ce Parti que déjà quelque 35 000 Québécois animent compte de nombreux cadres de participation; aucun n'est plus vital que le programme, aucun n'appartient plus intimement à chacun des membres, aucun n'a été aussi minutieusement travaillé par autant de membres réunis. Ce programme, première description globale de ce pays que nous voulons libre, résulte d'une série d'études, de résolutions, de débats, de consultations qui s'échelonnent entre le moment de la tenue des assises d'avril 1968 et celui du congrès de fondation d'octobre 1968. Partant d'un texte d'orientation idéologique générale, au-delà de soixante-dix associations de comté se sont penchées en "ateliers" d'étude sur vingt-deux catégories de sujets pour produire une masse de plus de six cents résolutions soumises aux délibérations de quelque neuf cents délégués élus. Point culminant d'un cheminement critique parfois aléatoire, ce congrès d'octobre 1968 en fut un de participation, incomplet dans ses réalisations, parfois incohérent dans sa démarche, mais jamais au Québec aucun parti n'avait eu suffisamment confiance en ses membres pour tenter d'organiser un tel congrès, sur la base d'une participation aussi ouverte.

Ce programme édition 69, il est forcément incomplet; donc à compléter, à rééditer, revu et corrigé de congrès en congrès. Il ne constitue qu'une première expression globale de ce que les membres veulent que soit un Québec qui ressemble aux Québécois. Ce Québec n'est pas statique; il est à bâtir chaque jour et la tâche ne sera pas toujours des plus simples. Ce programme non plus ne sera pas statique; il est à reprendre, à modifier, à concrétiser, à développer. La pire erreur serait de le considérer comme un simple texte, une pure déclaration de principes. Il est beaucoup plus que ça, il est l'expression d'un groupe de plus en plus large qui constamment refait sa pensée.

Pour faciliter, pour stimuler cette réflexion continuelle qui seule peut mener à une action politique vraiment démocratique, le Parti Québécois s'est donné des structures qu'aucun autre parti d'ici n’a osé se donner. Ces structures comprennent un secteur dit "programme" bâti à tous les niveaux du parti, du niveau national jusqu'à celui du comté et des subdivisions du comté de façon à offrir à tous les membres (et souvent même à ceux qui ne le sont pas), la possibilité de s'exprimer au maximum (comités du programme) à partir de la meilleure information possible (comités de documentation) et grâce aux conditions de communications les plus naturelles et les plus souples (comités d'animation). Ajoutons que par ailleurs, en vue de l'action tactique (parlementaire notamment), le Conseil exécutif du Parti dispose d'une équipe de spécialistes (comité politique) pour adapter des modalités du programme en fonction des événements. À côté du secteur "programme" et en étroite relation avec lui, les structures du Parti comprennent un secteur dit "services" qui donne à la volonté des partisans une charpente qui lui sert de soutien (comités d'organisation), des moyens qui lui garantissent un minimum vital (comités de finances) et un instrument qui la fait connaître au-delà des cadres du Parti (comités de publicité).

Nous croyons que ces structures, en plus de créer un parti original, créent les conditions nécessaires à une participation réelle des membres, de tous les membres. Ces structures ont été voulues tel que le Parti n'échappe jamais au contrôle de ses membres, que ce soit avant la victoire électorale ou après. Mais ces structures, elles ne fonctionneront pas, elles ne donneront pas les résultats voulus, ni un programme authentiquement populaire ni la victoire politique qui permettra d'appliquer ce programme, que si tous y mettent la main, tout de suite et de façon constante. C'est donc plus qu'un texte que vous recevez. C'est aussi et surtout un défi qui vous est lancé. Voyons-y, chacun de nous, pour que ce pays, le Québec que nous voulons posséder dignement ensemble soit celui que nous aurons eu le courage quotidien de bâtir ensemble.

André Larocque
Membre du Conseil exécutif national
Conseiller au Programme.

Notre vie culturelle

Introduction

Dans les sociétés modernes, la qualité des hommes est l'un des facteurs premiers du progrès.

La révolution technologique, en transformant les données économiques et sociales, a fait de l'éducation et de la recherche le véritable moteur de l'expansion. De même, elle ouvre à tous les travailleurs, pour la première fois dans l'histoire du monde, grâce à l'extension des loisirs, la possibilité d'accéder à tout l'héritage de la culture et de participer à son enrichissement.

Éducation, recherche et diffusion de la culture (d'ailleurs étroitement associées) sont non seulement la condition première du développement dans tous les domaines mais, le garant de l'autonomie, voire de la survie même de toute société.

Il découle de là qu'il n'y a aujourd'hui de développement réel que global et qu'une société ne peut assurer son avenir si elle ne détient pas les leviers essentiels de son expansion culturelle comme de son expansion économique: elle doit pouvoir librement concevoir, planifier et réaliser l'une et l'autre.

Une politique de la culture au Québec doit tenir compte de quelques réalités fondamentales:

  • la planification de l'éducation, indispensable, ne se conçoit pas en dehors de la planification économique;
  • l'éducation aujourd'hui doit s'entendre non seulement de l'école traditionnelle, mais de l'éducation permanente et de la formation professionnelle continuée;
  • l'école doit être un lieu de formation sociale et culturelle autant que d'acquisition de connaissances;
  • le développement global doit être le souci permanent d'une société moderne puisque à notre époque, tous les grands secteurs de l'activité humaine sont étroitement interdépendants, et c'est ainsi notamment que l'essor culturel commande l'essor économique et réciproquement la qualité des hommes étant en définitive le lecteur décisif du progrès;
  • enfin, tout ce qui sert à la formation et à l'information des hommes constitue un élément à la fois de l'éducation et de la culture et dès lors, aucune politique culturelle n’est possible sans contrôle effectif de tous les moyens de formation, d'information et de communication.

Notre politique de la culture devra ainsi s'ordonner à partir de quelques préoccupations dominantes, que nous avons regroupées en cinq domaines principaux: la langue, l'éducation, la recherche, les moyens de communication de messe, la participation du peuple à l'essor de la vie culturelle.

La langue

La langue est le facteur premier d'identité, la base et l'expression de la culture d'une nation. Nous devons nous donner les motivations culturelles, économiques et sociales qui rendront à notre langue le statut auquel elle a droit. Le Québec sera le pays d'un peuple parlant français.

1. Le français, seule langue officielle.

Le Québec souverain sera un État où la langue française sera la seule langue officielle. La langue française sera celle de l'État des municipalités, des conseils scolaires et de l'ensemble des institutions de caractère public. C'est ici en particulier qu'il sera nécessaire de prévoir des périodes de transition dictées par le sens commun aussi bien que l'efficacité.

Durant la période de passage d'un État bilingue à un État unilingue, on permettra des délais raisonnables ne dépassant pas 5 ans, pour l'adaptation des Québécois anglophones au changement qui devra s'opérer dans le domaine des raisons sociales, de l'affichage et de l'administration publique quelle qu'elle soit.

Durant la période de passage d'un État bilingue à un État unilingue, on permettra des délais raisonnables ne dépassant pas 5 ans, pour l'adaptation des Québécois anglophones au changement qui devra s'opérer dans le domaine des raisons sociales, de l'affichage et de l'administration publique quelle qu'elle soit.

2. Le français, langue de travail.

L'État légiférera pour que le français devienne effectivement la langue du travail et des communications dans toutes les entreprises; les conventions collectives seront négociées et rédigées en français et influeront une clause non négociable rendant la langue française obligatoire dans toutes les communications entre le personnel touché par la convention collective et les cadres de l'entreprise.

3. Le français et les immigrants.

Tous les nouveaux immigrants devront dans un délai de 5 ans après leur arrivée au pays, réussir un examen de français avant d'obtenir leur citoyenneté québécoise ou leur visa permanent; leurs enfants seront accueillis dans des écoles publiques françaises.

Dès l'accession à la souveraineté, des mesures seront prises et des législations adoptées, dans le but de favoriser et de faciliter l'immigration au Québec, d'individus et familles francophones établis ailleurs au Canada.

4. Le secteur public anglophone de l'éducation.

Dans le secteur public anglophone de l'éducation;

a) les écoles primaires et secondaires seront subventionnées au prorata de la population. Ces écoles dispenseront selon les normes du ministère de l’éducation et sous son contrôle un enseignement efficace du français.

b) l’établissement de "collèges" (CEGEPS), le maintien des universités, et les subventions à ces institutions seront basés sur le bassin de population qu'elles desservent. Les étudiants étrangers, n'étant pas citoyens québécois, ne participeront pas au système de subventions, sous réserve d'accords internationaux.

c) les recensements généraux auront lieu tous les 5 ans.

5. La radio et la télévision.

a) La ou les chaînes du réseau public de télévision et de radio seront de langue française.

b) Les stations privées de télévision et de radio pourront continuer à fonctionner à condition que la propriété en soit ou en devienne majoritairement québécoise et que le nombre de postes attribués aux minorités soient proportionnels à leur nombre respectif.

c) Toutes les stations privées devront diffuser certaines émissions du réseau public.

d) Des programmes culturels seront diffusés à l'adresse de tous les groupes minoritaires.

e) Les échanges avec le Canada (C.B.C., C.T.V.) devront être prévus dans une négociation d'ensemble du statut des minorités.

L'éducation

La politique de l'enseignement doit être conçue et appliquée comme un instrument de transformation et d'émancipation économique et sociale, autant que comme un facteur de progrès culturel et de promotion individuelle.

1. Participation

La participation est un des éléments importants de l'éducation.

Nous devons assurer la participation des enseignants, des étudiants et des parents afin de garantir selon les besoins de chaque niveau, une cogestion interne des institutions d'enseignement:

-Les étudiants et les professeurs doivent participer à part égale à la gestion pédagogique des universités et des collèges et d'autre part les étudiants, les professeurs et les administrateurs doivent participer à part égale à la gestion administrative;

-les professeurs du niveau élémentaire et secondaire doivent être appelés à participer à part égale avec les autorités concernées aux décisions d'ordre académique et d'ordre administratif du ministère de l'éducation et des directions d'écoles;

-les professeurs doivent être appelés à participer à part entière avec les autorités concernées à la planification du développement de l'enseignement à tous les niveaux;

-la participation des parents à la prise de décision dans notre système d'éducation, participation amorcée depuis peu, doit devenir une réalité au niveau de chaque institution des niveaux élémentaire et secondaire;

-les étudiants des niveaux collégial et universitaire doivent être représentés au niveau des directions générales de l'enseignement collégial, de l'enseignement supérieur, de l'éducation des adultes, de la formation des maîtres et de la planification du ministère de l'éducation;

-tous les secteurs intéressés au domaine du travail doivent être appelés à participer à titre consultatif aux diverses directions générales du ministère de l'éducation afin de forcer l'industrie à faire connaître ses besoins et ses débouchés en main-d'oeuvre.

2. Gratuité et démocratisation.

L'obligation scolaire doit être étendue jusqu'à l'âge de dix-huit ans. L'accès effectif de tous les jeunes aux divers niveaux de l'enseignement, en tenant compte de l'aptitude intellectuelle, suppose, outre la gratuité générale, l'institution d'un système cohérent de bourses de subsistance et éventuellement d'un régime d'allocations ou de pré-salaire pour compenser, tant dans l'intérêt des familles que des étudiants, le manque à gagner. La démocratisation réelle du système d'enseignement suppose également l'existence d'un instrument efficace d'information des familles et d'orientation des élèves.

3. Enseignement technique.

Il est urgent de développer l'enseignement technique supérieur, au moyen de la création d'universités techniques ou d'instituts techniques supérieurs, en vue d'assurer la formation d'ingénieurs d'exécution et de cadres techniques orientés vers les secteurs de pointe du secondaire.

4. Formation des maîtres.

Le rôle de l'enseignement dans une société et la nécessité de revaloriser la profession d'enseignant font de la formation des maîtres une des priorités du système d'enseignement. Cette formation doit favoriser une compétence professionnelle complète et assurer des possibilités de recyclage permanent.

5. Éducation permanente.

L'époque est révolue où on pouvait espérer acquérir à l'école, une fois pour toutes, l'essentiel des connaissances nécessaires pour se faire une carrière et gagner sa vie. La notion d'éducation permanente doit se substituer à celle de "l'âge scolaire": l'éducation tout court n'est désormais que la première phase de l'éducation permanente. Celle-ci ne sera possible qu'avec la concertation des efforts et des moyens de l'État de l'entreprise et de l'université ainsi que des grands instruments d'information. Il faut rechercher la promotion sociale des travailleurs et à cette fin, développer le système des congés culturels en même temps qu'instituer divers systèmes de cours du soir et de cours par correspondance dans toutes les disciplines.

6. Français parlé.

L'école devra viser à donner aux élèves un instrument efficace et juste d'expression et de communication: une langue authentique, ce qui suppose l'institution d'un enseignement du français parlé et le recours à tous les moyens audiovisuels pour redonner aux élèves le sens et la connaissance intime de leur langue. À cette fin, il faut encourager la publication de textes français et décourager la mauvaise traduction des textes américains.

7. Accessibilité à l'enseignement universitaire.

L'accès de tous a l'enseignement supérieur doit devenir une réalité: il faut l'équivalent d'une université populaire, c'est-à-dire un ensemble de moyens tels que quiconque le désire puisse obtenir des grades universitaires. Cela est particulièrement vrai dans le cas de la femme qui ne doit plus être victime à cet égard d'une situation de discrimination: le premier temps de l'égalité effective de la femme dans la société passe par une égale possibilité d'accès à tous les niveaux de l'enseignement.

8. Service civique.

L'institution d'un service civique obligatoire doit permettre à tous les jeunes, en donnant une année de leur vie à la communauté, de participer à l'édification d'une société nouvelle, d'acquérir la notion de service et de compléter leur formation en même temps qu'elle facilitera le brassage de tous les éléments de la société. Dans le but d'éviter que cette institution ne devienne un instrument au service d'un gouvernement, il est proposé que son application soit faite avec la collaboration des syndicats d'étudiants, d'ouvriers et de "professionnels".

La recherche

A) Le Québec souverain devra pratiquer une politique dynamique de la recherche, considérée comme un facteur primordial de son progrès économique et social et de son avancement culturel;

B) L'État et le secteur privé devront affecter, dans le cadre d'un plan vigoureux, l'équivalent d'une fraction appropriée du produit national brut à la recherche sous toutes ses formes, recherche pure, recherche appliquée, recherche industrielle;

C) L'État déterminera les grands objectifs de la recherche en liaison avec les impératifs de l'expansion économique: il créera les instruments indispensables comme le Centre national de la recherche scientifique qui sera à la fois un instrument d'incitation, de coordination et d'action;

D) L'État tiendra compte au plus haut point, dans sa politique de recherche, de la place primordiale de l'Université et il s'efforcera d'instituer une véritable carrière du chercheur étroitement reliée à celle de professeur d'université;

E) L'État définira sa politique de la science en étroite liaison avec sa politique économique et traduira dans les faits le caractère prioritaire de la "recherche-développement", cette recherche devant d'ailleurs se poursuivre dans le domaine des sciences humaines comme dans celui des sciences pures et appliquées ou des sciences exactes.

Les moyens de communication de masse

Les grands moyens de communication de masse jouent un rôle capital et ont une responsabilité énorme dans l'information et la formation des hommes, dans leur mentalité comme dans leur sens de la hiérarchie des valeurs.

L'État ne saurait permettre que ces moyens viennent nuire à l'effort de redressement national: il doit les considérer comme des facteurs de la plus grande importance dans la mise en oeuvre de sa grande politique culturelle.

1. La radio et la télévision.

a) L'État (et non le gouvernement) devra jouer le rôle de maître d'oeuvre de la politique globale de la radio et de la télévision en détenant dans ces domaines la première place et en contrôlant rigoureusement l'action du secteur privé;


2. Le contrôle de la publicité.

Plus généralement l'État créera un Office de contrôle de la publicité, pour empêcher que celle-ci continue d'avoir un rôle néfaste culturellement, moralement et socialement et pour mettre un terme à l'espèce d'agression déguisée qu'une certaine forme de publicité commet contre la dignité et la liberté de l'homme.

3. Le cinéma.

Le cinéma aura un rôle important à jouer dans le dé-


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