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{{titre|Sorry... I Don't Speak French|Émilie Dubreuil|Automne 2007<br /><br />Transcrit par [[User:Liberlogos|Benoît Rheault]] de:<br /><br />''[[w:fr:Urbania|Urbania]]''}}
#REDIRECT [[Sorry... I Don't Speak French !]]
 
Je vis dans un quartier branché, habité par des redingotes hassidiques, des robes de deuil portugaises et les jupes à << raz le plaisir >> de filles venues de Toronto pour flâner indéfiniment dans nos rues acceuillantes.
 
Il y a cent ans, le Mile end était une petite ville indépendante avec son hôtel de ville, son église et une population majoritairement canadienne-française. Au détour de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont venus s'y installer en si grand nombre que la langue parlée par la majorité était le yiddish. Au cours des années 70, les Italiens et les Portugais y ont peu à peu remplacé les Juifs partis s'installer dans l'ouest et y ont ouvert des commerces. Si bien qu'on retrouve, chez nous, les meilleurs cafés italiens, des épiceries portugaises, des boucheries hébraïques et les meilleurs bagels au monde. Un quartier formidable donc et qui attire, pour cette raison même, une nouvelle ethnie toute blanche : le Canadien anglais. Mais attention, pas n'importe quelle sorte : l'alter mondialiste / écolo / conscientisé / artiste / et curieux de tout... sauf de la société québécoise. Il y a quelques années déjà que j'étudie cette ethnie avec attention et je m'étonne encore de l'incontournable : << ''Sorry I don't speak French'' >> prononcé par des êtres aussi scolarisés qui disent avoir choisi de vivre à Montréal, P.Q., parce que la ville vibre distinctement de Toronto, Halifax, Calgary ou Vancouver.
 
Dans notre inconscient collectif, dans le miens du moins, l'unilingue anglophone de Montréal est incarné par une vieille dame de Westmount qui fait du bénévolat au Musée des beaux-arts. Elle parle très bien le français à Paris, mais jamais ici. Son mari est avocat et membre du Parti libéral du Canada. Le couple se lève plus tôt le matin pour détester plus longtemps de PQ et la loi 101. Ils lisent ''The Gazette'' et croient que les francophones sont tous xénophobes. J'ai travaillé au Musée des beaux arts <!-- sans trait-d'union dans le texte, cette fois --> de Montréal pendant mes études et cette race-là, je la connais bien.
 
Cet unilinguisme-là ne me dérange pas le moins du monde, il me fait sourire par son anachronisme attendrissant. Il nous rappelle pourquoi nous eûmes des luttes linguistiques, il est le symbole d'une époque révolue, celle où ma mère exigeait qu'on lui adresse la parole en français chez Eaton. Leur << ''Sorry I don't speak French'' >> est imbriqué dans la culture québécoise, alors que l'unilinguisme des (sic) mes contemporains du Mile End traduit une indifférence que je ne m'explique pas et qui m'insulte. Ils sont aussi incapables de discuter en français que de nommer le premier ministre du Québec ou le maire de Montréal et ne savent pas si Hochelaga-Mainsonneuve se trouve à l'est ou à l'ouest de McGill.
 
La première fois que j'ai rencontré cette indifférence linguistique et culturelle, c'était il y à peu près dix ans. Une amie m'invite à une fête chez Amy, une cinéaste torontoise qui vit à Montréal depuis sept ou huit ans. Elle vient de réaliser un documentaire sur les femmes lesbiennes en Afrique noire. Devant ses amis, elle est fière de dire qu'elle a dû apprendre le swahili pour entrer en contact avec les gens du pays. Impressionnée, je lui demande en français si l'apprentissage du Swahili <!-- Avec majuscule dans le texte, cette fois --> a été ardu. elle me répond : << ''Sorry ??'' >> avec l'air perplexe de celle à qui on adresse la parole dans une langue inconnue. Je lui repose la question en anglais avant de m'étonner : << ''You've been living here for seven years and don't speak French ?!'' >>, complètement incrédule devant cette curiosité linguistique paradoxale. Elle me répond sans saisir à quel point sa réponse est ironique : << French... It's really hard for me ! >>
 
[...à transcrire...]
 
[[:Catégorie:Quebec bashing]]

Dernière version du 2 juillet 2008 à 02:50