Lettres patentes pour l'établissement de l'Académie française

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Lettres patentes pour l'établissement de l'Académie française
Paris, janvier 1635, registrées au Parlement le 10 juillet 1637




Source : [1], [2]



LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, SALUT.

Aussitôt que Dieu Nous eut appelés à la conduite de cet État, Nous eûmes pour but non seulement de remédier aux désordres que les guerres civiles, dont il a été si longtemps affligé, y avaient introduits, mais aussi de l’enrichir de tous les ornements convenables à la plus illustre et la plus ancienne de toutes les monarchies qui soient aujourd’hui dans le monde. Et quoique Nous ayons travaillé sans cesse à l’exécution de ce bon dessein, il Nous a été impossible jusqu’ici d’en voir l’entier accomplissement. Les mouvements excités si souvent dans la plupart de nos provinces et l’assistance que Nous avons été obligés de donner à plusieurs de nos alliés Nous ont divertis de toute autre pensée que celle de la guerre, et Nous ont empêchés de jouir du repos que Nous procurions aux autres. Mais comme toutes nos intentions ont été justes, elles ont eu aussi des succès heureux. Ceux de nos voisins qui étaient oppressés par leurs ennemis, vivent maintenant en assurance sous notre protection ; la tranquillité publique fait oublier à nos sujets toutes les misères passées, et la confusion a cédé enfin au bon ordre que Nous avons fait revivre parmi eux, en rétablissant le commerce, en faisant observer exactement la discipline militaire dans nos armées, en réglant nos finances et en réformant le luxe. Chacun sait la part que notre très cher et très amé cousin le Cardinal, duc de Richelieu, a eue en toutes ces choses, et Nous croirions faire tort à la suffisance et à la fidélité qu’il Nous a fait paraître en toutes nos affaires, depuis que Nous l’avons choisi pour notre principal Ministre, si, en ce qui Nous reste à faire pour la gloire et pour l’embellissement de la France, Nous ne suivions ses avis, et ne commettions à ses soins la disposition et la direction des choses qui s’y trouveront nécessaires. C’est pourquoi, lui ayant fait connaître notre intention, il Nous a représenté qu’une des plus glorieuses marques de la félicité d’un État était que les sciences et les arts y fleurissent et que les lettres y fussent en honneur aussi bien que les armes, puisqu’elles sont un des principaux instruments de la vertu, qu’après avoir fait tant d’exploits mémorables, Nous n’avions plus qu’à ajouter les choses agréables aux nécessaires et l’ornement à l’utilité ; et qu’il jugeait que Nous ne pouvions mieux commencer que par le plus noble de tous les arts, qui est l’éloquence ; que la langue française, qui jusqu’à présent n’a que trop ressenti la négligence de ceux qui l’eussent pu rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que jamais de le devenir, vu le nombre des personnes qui ont une connaissance particulière des avantages qu’elle possède, et de ceux qui s’y peuvent encore ajouter, que, pour en établir des règles certaines, il avait ordonné une assemblée, dont les propositions l’avaient satisfait ; si bien que, pour les exécuter et pour rendre le langage français non seulement élégant, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences, il ne serait besoin que de continuer ces conférences ; ce qui se pourrait faire avec beaucoup de fruit s’il Nous plaisait de les autoriser, de permettre qu’il fût fait des règlements et des statuts pour la police qui doit y être gardée, et de gratifier ceux dont elles seront composées de quelques témoignages honorables de notre bienveillance.

À CES CAUSES, ayant égard à l’utilité que nos sujets peuvent recevoir desdites conférences, et inclinant à la prière de notredit cousin, NOUS AVONS, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, permis, approuvé et autorisé, permettons, approuvons et autorisons par ces présentes, signées de notre main, lesdites assemblées et conférences. Voulons qu’elles se continuent désormais en notre bonne ville de Paris, sous le nom de l’ACADÉMIE FRANÇAISE ; que notredit cousin s’en puisse dire et nommer le chef et protecteur ; que le nombre en soit limité à quarante personnes ; qu’il en autorise les officiers, les statuts et les règlements, sans qu’il soit besoin d’autres lettres de Nous que les présentes, par lesquelles Nous confirmons, dès maintenant comme pour lors, tout ce qu’il fera pour ce regard. Voulons aussi que ladite Académie ait un sceau avec telle marque et inscription qu’il plaira à notredit cousin, pour sceller tous les actes qui émaneront d’elle. Et d’autant que le travail de ceux dont elle sera composée doit être grandement utile au public et qu’il faudra qu’ils y emploient une bonne partie de leur loisir ; et notredit cousin Nous ayant représenté que plusieurs d’entre eux ne se pourraient trouver que fort peu souvent aux assemblées de ladite Académie, si Nous ne les exemptions de quelques-unes des charges onéreuses dont ils pourraient être chargés comme nos autres sujets, et si Nous ne leur donnions moyen d’éviter la peine d’aller solliciter sur les lieux les procès qu’ils pourraient avoir dans les provinces éloignées de notre bonne ville de Paris, où lesdites assemblées se doivent faire ; Nous avons, à la prière de notre-dit cousin, exempté, et exemptons par ces mêmes présentes, de toutes tutelles et curatelles, et de tous guets et gardes, lesdits de l’ACADÉMIE FRANÇAISE, jusqu’audit nombre de quarante, à présent et à l’avenir, et leur avons accordé et accordons le droit de committimus de toutes leurs causes personnelles, possessoires et hypothécaires, tant en demandant qu’en défendant, par-devant nos amés et féaux conseillers les maîtres des requêtes ordinaires de notre Hôtel, ou les gens tenant les requêtes de notre Palais à Paris, à leur choix et option, tout ainsi qu’en jouissent les officiers, domestiques et commensaux de notre Maison.

SI DONNONS EN MANDEMENT à nos amés et féaux conseillers les gens tenant notre Cour de parlement à Paris, maîtres des requêtes ordinaires de notre Hôtel, et tous autres de nos justiciers et officiers qu’il appartiendra, qu’ils fassent lire et registrer ces présentes et jouir de toutes les choses qui y sont contenues et de ce qui sera fait et ordonné par notredit cousin le Cardinal, duc de Richelieu, en conséquence et en vertu d’icelles, tous ceux qui ont déjà été nommés par lui ou qui le seront ci-après, jusqu’au nombre de quarante, et ceux aussi qui leur succéderont à l’avenir, pour tenir ladite ACADÉMIE FRANÇAISE ; faisant cesser tous troubles et empêchements qui leur pourraient être donnés. Et pour ce que l’on pourra avoir affaire des présentes en divers lieux, Nous voulons qu’à la copie collationnée par un de nos amés et féaux conseillers et secrétaires, foi soit ajoutée comme à l’original. Mandons au premier notre huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l’exécution d’icelles tous exploits nécessaires, sans demander autre permission. CAR TEL EST NOTRE PLAISIR, nonobstant oppositions ou appellations quelconques, pour lesquelles Nous ne voulons qu’il soit différé, dérogeant pour cet effet à tous édits, déclarations, arrêts, règlements et autres lettres contraires aux présentes. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, Nous y avons fait mettre notre scel, sauf en autres choses notre droit et l’autrui en toutes.

Donné à Paris au mois de janvier, l’an de grâce 1635 et de notre règne le 25e.

Signé : LOUIS

Et sur le repli : Par le Roi. DE LOMÉNIE.

Et scellées du grand sceau de cire verte sur lacs de soie rouge et verte.


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