Lettre de Yves Michaud au Congrès juif du Canada

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Lettre de Yves Michaud au Congrès juif du Canada
Montréal, 1er février 2001




Lettre envoyée au Congrès juif canadien par Yves Michaud, un citoyen calomnié sur la place publique et dépeint comme un antisémite par les adversaires du mouvement nationaliste québécois. La controverse dont il est l'objet entraîne la démission de premier ministre du Québec Lucien Bouchard en 2001.



À qui de droit,

1 - Auriez-vous l'obligeance de me faire parvenir votre adresse de sorte que je vous fasse parvenir un exemplaire de mon livre et des propos que j'ai tenus devant la Commission des États généraux de la langue française. De la sorte vous serez mieux en mesure de vous prononcer avec intelligence et bonne foi sur la véritable nature de mes propos, y compris mon éloge admiratif et inconditionnel sur le peuple juif incitant les Canadiens français à suivre « leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité et leur armature morale ajoutant qu'en un sens les Chrétiens et les Juifs étaient spirituellement des sémites. »

2 - Je suis avec douze Québécois, ou Canadiens si vous préférez, membre fondateur de la Ligue des droits de l'homme, en 1962, en compagnie de Pierre-Elliott Trudeau, et Jacques Hébert, ex-sénateur libéral. J'étais président l'année dernière de la Fondation Léo Cormier pour la Défense des droits et libertés. Je suis parrain d'un garçon juif, ma femme est marraine d'une fille juive, j'habite depuis 37 ans un quartier juif de Montréal en parfaite harmonie, amitié et convivialité avec mes voisins dont j'ai la plus haute estime. Peu de familles québécoises « de souche » ont pareille feuille de route. En cherchant un peu, l'on pourrait trouver mieux comme profil d'antisémitisme !!! Je sais que vous n'avez pas prononcé le mot d'« antisémite» à mon endroit, mais le texte de votre correspondance avec le professeur Hilton de l'Université Concordia subodore que j'ai ou j'aurais pu avoir des « relents » de cette nature.

3 - Votre connaissance de la vie publique québécoise me semble imparfaite. Le B'Nai Brith régional [sic] du Québec, dont M. Robert Libman est le directeur, a suggéré que l'on débaptise la station de métro Lionel-Groulx de Montréal pour la remplacer par le nom d'un ancien premier ministre d'Israël. Groulx a été le phare et le maître à penser de deux générations de Canadiens français, devenus Québécois. Cette proposition a été perçue et l'est encore comme une suprême insulte et injure à la mémoire d'une personne vénérée de l'histoire du Québec. Oser telle chose, à mes yeux et à ceux de nombre de mes compatriotes, est d'un extrémisme frisant le racisme anti-québécois. Je ne sache pas, sauf erreur, que votre organisme ait dénoncé cet outrage à notre mémoire.

Le jour même de l'annonce de mon intention de candidature à l'investiture dans la circonscription de Mercier, le même B'Nai Brith régional [sic] du Québec dirigé par Robert Libman me traitait de « dinosaure » et enjoignait le premier ministre du Québec d'invalider ma candidature en sa qualité de président du Parti Québécois. Comme si le B'Nai Brith s'arrogeait le pouvoir de désigner les candidats à l'investiture d'un parti politique dont son directeur est un féroce et acharné adversaire. Avouez que, comme culot, il est difficile de faire mieux ! M. Libman, en outre, est un zélote « partionniste », c'est-à-dire du dépeçage du territoire québécois advenant un « oui » majoritaire sur la souveraineté lors d'un prochain référendum. À tort ou à raison, cela est interprété par plusieurs Québécois comme un appel à la confrontation qui pourrait aller jusqu'à prendre certaines formes de guerre civile, encore que le pacifisme débonnaire du peuple québécois n'est guère enclin à ce genre d'activités. Il lui arrive même de pousser la tolérance jusqu'à demander pardon à ceux qui l'insultent !

4 - Depuis plus de deux siècles, la générosité du peuple québécois (« ethnie », - si le mot n'est pas sacrilège - non seulement fondatrice du Québec mais du Canada) n'a pas de limites à l'égard de tous les citoyens qui vivent sur son territoire, sans égard à leur confession, couleur et origines. Bémol ! Il est arrivé jadis sur son territoire et dans celui du Canada que certaines formes d'ostracisme ont été pratiquées à l'encontre des ressortissants de confession juive, notamment le refus de les admettre dans des universités et des clubs sélects, mais cela était le fait de l'« ethnie » canadienne-anglaise. J'imagine que vos dossiers à cet égard sont une source inépuisable de consultation et de renseignements.

Pour conclure, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de « question juive » au Québec, sauf de la part de politiciens mal intentionnés, se servant de la sensibilité fort compréhensible de votre peuple, à des fins suspectes et déloyales. Vous m'obligeriez en prenant acte de ce qui précède et d'en assurer la communication à vos coreligionnaires, avec l'expression de mes sentiments distingués.