Les francophones du New Hampshire

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Les francophones du New Hampshire - Ils ont quitté la Beauce et les Cantons de l'Est au siècle dernier pour s'établir à Manchester, Pierre Champagne, dans Le Soleil samedi 5 juillet 2003


Manchester, New Hampshire - Ils sont partout. Vous ne le savez pas mais c'en sont. Ils se cachent. Ils se camouflent, ils disparaissent mais ils y sont. Ce sont les francophones du New Hampshire. La plupart descendants de Québécois qui, au siècle dernier, ont quitté la Beauce et les Cantons-de-l'Est pour aller s'établir à Manchester. De là, ils ont subrepticement envahi le pays.

Ils ne viennent pas tous du Québec bien sûr, d'autres francophones sont originaires des provinces maritimes, voire des provinces de l'Ouest, mais ils sont tous Canadiens d'origine. Un Canadien, dans cet État de la Nouvelle-Angleterre, c'est nécessairement un francophone.

Ce qui surprend d'abord en pénétrant dans l'État du New Hampshire, c'est un panneau de signalisation souhaitant la bienvenue aux visiteurs dans les deux langues. Enfin, presque ! On a ajouté le mot bienvenue dans le bas du panneau. Il paraît que cette décision politique a fait des éclairs et que le mot bienvenue serait appelé à disparaître prochainement.

Ce qui surprend ensuite, c'est d'en renconter partout, des descendants de francophones, mais ils ne parlent plus le français depuis belle lurette. En ouvrant le récepteur de télévision, par exemple, vous apprendrez que le lecteur des nouvelles des sports s'appelle Steve Berthiaume. L'exécutive director au Centre franco-américain de Manchester, Yvonne Cyr Bresnaham, ne parle pas un traître mot de français, malgré le poste qu'elle occupe. Gloria Bouchard, la responsable du musée de l'American Credit (fier descendant des caisses populaires Desjardins) ne parle pas un seul mot de français elle non plus. Lory "Lily" Harnois, spécialiste en tourisme pour le Department of Ressources and Economic Development of New Hampshire a elle aussi perdu sa langue d'origine. Douglas Waite, le directeur des relations publiques pour le Mount Washington Cog Railway, ne parle pas le français non plus, même si c'est un retraité d'Hydro-Québec. Sa mère, Élisabeth Lahais, est originaire de Batiscan.

Mais Ernest Tanguay, qui travaille comme guide dans le superbe petit musée Currier de Manchester, parle encore sa langue maternelle. C'est vrai qu'il a travaillé comme boulanger puis comme laitier pendant toute sa vie avant de prendre sa retraite. Malheureusement, des francophones qui parlent encore le français, il y en a de moins en moins dans le paysage.

Encore faut-il savoir que sur les 282 chaînes de télévision que l'on peut capter à Manchester, il n'en est pas une seule qui soit francophone. Toute littérature francophone un tant soit peu contemporaine est absente des tablettes. Aucun journal francophone mis en vente dans le paysage. Ni magazine. Tout ce que vous trouverez de littérature francophone, ce sont les vieux livres poussiéreux qui dorment sur les tablettes du Centre franco-canadien depuis des décennies et qui sont aussi inutiles qu'inintéressants à lire. Ni Paris-Match, ni L'actualité, ni rien. Un poste de radio communautaire peut-être ? Cherchez-le !

Pourtant, dans le bottin téléphonique de Manchester, nous avons dénombré 58 inscriptions de Cham pagne, 105 Tremblay, 151 Demers, 22 Duquet et puisque l'on est dans les "Du" il y a aussi des Durant(d), des Dupuis, des Dupré, des Dupont(d), des Duport, des Duplessis, des Dumont, des Dumas, des Dumais, des Dulude, des Dulac, des Duhamel, des Duguay, des Dugal, des Dugrenier, des Dufour, des Ducharme, des Dubec, des Dubreuil et des Dubois, comme le groom qui nous accueillait si bien à notre arrivée au Mountain View Grand Resort & Spa. Au moins, lui, il avait su conserver un minimum de vocabulaire francophone.

Il paraît qu'à Manchester, près de 40 % de la population de la ville était francophone au début du XXe siècle. Combien sont-ils maintenant à parler encore le français ? Personne n'ose le dire. Sûrement moins de 10 %. Une histoire bien regrettable.

Musées

Mais si vous passez par Manchester, et croyez-moi, ça en vaut la peine, vous avez trois beaux musées à visiter. Celui de la "shop" qui raconte toute l'histoire des francophones qui se sont expatriés pour mieux gagner leur vie dans ces usines de filage américaines ; celui des caisses populaires, juste à côté de l'église Sainte-Marie... et le magnifique petit musée des beaux-arts qui a pour nom Cupper Museum of Fine Arts. Quatre étoiles à lui tout seul. On y trouve même un vrai Picasso.

À Manchester, on cherche donc des artistes francophones pour divertir les francophones de la région. Des peintres, des sculpteurs, des musiciens et des chanteurs. On aimerait bien aussi recevoir des livres plus récents, des magazines, des journaux, etc. Et si l'envie vous prend d'aller fonder un poste de télévision communautaire francophone à Manchester, sachez que la communauté francophone vous en sera éternellement reconnaissante.

Le Centre franco-américain de Manchester est situé au 52, Concord Street, Manchester NH, 03 101. Adresse électronique : iciFranAm@aol.com.

PChampagne@Le Soleil.com