La question d'Ottawa

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La question d'Ottawa
1er décembre 1999



« Voulez-vous que le Québec devienne un pays? » - une question qui ne fait pas problème pour Jean Chrétien, selon sa déclaration aux Communes le 24.11.99.

«En s'emportant, le premier ministre y est allé d'une proposition sur la question. "Je vais vous donner immédiatement une suggestion d'une question claire: "Voulez-vous que le Québec devienne un pays?" Et, ça, c'est clair. Et je pense que je vais être d'accord avec celui qui l'a proposée. C'est le conseiller du Bloc, Jacques Parizeau." » (PC, 24.11.99)

Il est donc officiellement admis par Ottawa qu'un OUI gagnant sur cette question ouvrirait les négociations de pays à pays. Inutile d'ajouter les mots "sécession", "séparation" ou "partenariat"...

La "stratégie des intérêts nationaux"

Reste au PQ à reconfigurer son projet, à le "moderniser", selon la belle formule de Lucien Bouchard... Reste à dissocier souveraineté et partenariat, tel que l'a proposé récemment un comité de réflexion sous la direction de Marcel Lefebvre, et tel que semblent le souhaiter un nombre grandissant de militants.

Quitte à convertir la "stratégie du partenariat" en "stratégie de promotion des intérêts nationaux" des Québécois, dans le cadre de l'ALENA, et dans le cadre d'accords commerciaux multilatéraux avec nos voisins et avec nos alliés européens ou asiatiques. Ce n'est pas rien, c'est vrai. Et après?

Affaire de pédagogie, le fond du projet souverainiste n'étant pas modifié puisque le but demeure la création du pays, et que les intérêts économiques des Québécois seront protégés, d'une manière ou de l'autre. À moins que le flou des discours n'ait maquillé depuis trente ans l'ambiguité des intentions...

À moins que, perdus dans l'illusion des deux peuples fondateurs, ignorant l'évolution récente du fédéralisme canadian vers la centralisation, aveugles aux stratégies fédérales de minorisation du peuple québécois, les dirigeants péquistes entretiennent, abusant du nationalisme québécois, la chimère du renouvellement de cette fédération coulée dans le béton. Dans ce cas, il faudra à ce parti refaire ses devoirs et apprendre à tenir un langage transparent, le seul langage compatible avec le destin historique des peuples.

Quant à la majorité requise, la position d'Ottawa exigeant une majorité qualifiée est indéfendable - en principe et en pratique. En principe, le gouvernement et les forces démocratiques du Québec doivent maintenir avec fermeté les institutions québécoises (la loi référendaire et sa majorité de 50%+1); en pratique, le gouvernement québécois doit continuer de rechercher des appuis de pays amis pour reconnaître la légitimité de ces institutions, et reconnaître une déclaration unilatérale d'indépendance (DUI), seule manière de contrer la dérive antidémocratique du gouvernement central canadian s'il persiste dans cette mauvaise voie, ce qu'il fera, n'en doutons pas, toute l'histoire du Canada-Québec le démontrant, l'élite canadian étant persuadée de son droit à imposer un statut de minorité ethnique au peuple québécois.

À tout bien considérer, c'est excellent, tout ça! De très bonnes nouvelles pour les souverainistes qui, au cours des mois et des congrès à venir, auront l'occasion de "moderniser" leur projet et de le rendre plus attrayant, et pour les Québécois qui ont dès maintenant l'occasion de faire l'expérience de la responsabilité associée à la liberté des peuples et des États-nations.

Une occasion en or pour le peuple québécois de se conduire en majorité et de défendre avec honneur et ardeur les intérêts supérieurs de la nation qu'il prétend constituer.


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