La Gazette de Montréal, jeudi, 1 septembre 1785

De La Bibliothèque indépendantiste
Aller à : navigation, rechercher


jeudi, 1 septembre 1785
tome 1, numéro 2.



NEW YORK, 1 août.

Gazette-de-montreal-jeudi-1er-sept-1785.jpg
UN correspondant nous informe que les habitants de la nouvelle ville, appelée Hudson se sont dernièrement assemblés, pour délibérer lequel était plus convenables, d’élever un temple ou une maison d’assemblée pour danser ; pour prévenir les fâcheuses conséquences qui auraient pu résulter de la différence de sentiments en faveur de l’un ou l’autre de ces édifices, il fut convenu que cette importante affaire serait décidée par la pluralité des voix ; et notre correspondant remarque que « le Diable s’est mêlé du choix, puisque la majorité a été en faveur de la maison de danse. » L’érection d’un temple pour le culte de la divinité est regardée, par la plus grande partie de ces habitants, comme un ouvrage de très peu de conséquence, et que l’on peut aisément remettre au lendemain : les principaux citoyens de cette ville naissante étaient, nous a-t-on dit, ci-devant habitants de l’État de Connecticut, place remarquable par la sobriété et la pureté des mœurs. Il est sensible que les premiers objets qui doivent fixer l’attention dans un nouvel établissement, sont de construire un temple, d’y établir un ministre qui puisse y vivre honnêtement, et un collège pour l’éducation de la jeunesse... Oh que les hommes ont dégénéré !

LONDRES, 17 mai.

UNE lettre de Belfast, datée du 3 mai, dit, vendredi dernier après-midi, il est parti du port, une chaloupe avec un capitaine et quatre matelots, appartenant au George, bâtiment de passage pour Charleston, dans laquelle avait pris passage M. Greer, étudiant en théologie ; que la chaloupe a tourné entre le chemin de Garmoyle et Whitehouse, environ à 9 ou 10 heures, un seul s’est sauvé du naufrage et s’est rendu au port ; le capitaine Morney qui nageait parfaitement se serait sauvé s’il n’avait pas resté trop longtemps autour de la chaloupe, dans l’espoir de sauver un des gens avec qui il était allié, et qui ne savait pas nager. Comme ce malheureux accident a été occasionné par la surcharge de la chaloupe, et qu’il arrive très fréquemment de pareilles imprudences, il est à désirer que cet exemple serve à l’avenir, et rende les autres plus prudents. Le George est parti depuis pour Loughswilley, pour prendre environ 80 passagers, ce qui joint au nombre qu’il a déjà, fera 250 ; deux des corps noyés ont été trouvés, mais non le capitaine. Le paquet de lettres pour Charleston est perdu.

BALTIMORE, le 22 juillet.

Extrait d’une lettre d’un monsieur de Londres, à son correspondant en cette ville, du 7 mai dernier.

IL y a eu aujourd’hui à Horselydown la plus forte incendie que l’on ait vu depuis la grande incendie de Londres ; plusieurs vaisseaux et barques attachées au Quay, ont été consumés, deux vaisseaux et un magasin plein de thé, appartenant à la Compagnie des Indes, ont été incendiés. La perte est évaluée, tant pour les magasins de chanvre et de blé, les maisons et autres effets, à la somme de sept cent mille livre sterling.

PHILADELPHIE, le 27 juillet.

NOUS avons reçu, par le dernier papier, des intelligences flatteuses, elles nous annoncent les différentes manufactures des États de la Virginie et Caroline du Nord, auxquelles nous avons unis celles qui étaient seulement en famille et pour le besoin domestique, et nous avons tout lieu de croire que dans le cours de trois ou quatre ans il y aura, dans cette partie, des compagnies établies sur un pied si étendu et si conséquent, qu’elles pourront, non seulement fournir le nécessaire à ces deux États, mais faire un commerce avantageux du surplus. Suivant le rapport que l’on nous a fait, le coton de la Virginie est, sinon supérieur, du moins égal en qualité à aucun autre connu. De plus, il n’est pas possible que cette partie puisse manquer d’ouvriers dans tous les genres, puisque le pays est peuplé et abonde en artisans, qui depuis leur établissement ne se sont occupés jusqu’à présent qu’à l’agriculture, et que la nécessité ou un avantage solide rappelleront à leur premier état ; de sorte que ce pays deviendra aussi indépendant de l’Europe, eu égard au commerce, qu’il est eu égard au gouvernement.

Nous apprenons par un monsieur qui arrive actuellement de Baltimore, que les affaires sont dans un état bien triste, que l’argent est encore plus rare qu’il était, que le crédit était perdu, que toutes les affaires étaient en souffrance. Le public, dit-il, semble désirer et désire même qu’il soit établi un papier de monnaie, remède qui ne guérirait pas le mal dans sa racine, mais qui du moins serait un palliatif jusqu’à ce qu’il soit pris des mesures suffisantes pour que la balance du commerce tourne en faveur de l’Amérique.

Ce même monsieur nous a dit que trois ou quatre personnes étaient mortes subitement ayant bu de l’eau froide dans les dernières chaleurs excessives.

Le capitaine Benjamin Newton, maître de la chaloupe Elisabeth, arrivé de la Nouvelle-Providence (dernièrement de l’Île au Chat) nous informe que l’entrée à la Nouvelle-Providence lui a été refusée, et qu’il n’a pas pu obtenir la permission d’y mettre à terre et vendre sa cargaison, qu’il avait présenté un mémoire au gouverneur Powel, dans lequel il représentait qu’il était sujet britannique et natif de l’Île, qu’ayant eu ci-devant beaucoup de liaison dans le commerce, il était venu seulement pour régler ses comptes et retirer les balances qui lui sont dûes, que pour rendre ses opérations plus faciles, il avait acheté un bâtiment et l’avait chargé des productions du pays, et qu’il priait Son Excellence de lui permettre de mettre à terre et vendre sa cargaison, et ce conformément à la loi. À ces représentations, il plut à Son Excellence donner cette réponse laconique. «Retournez d’où vous venez.» Lors le capitaine demanda qu’il lui fût permis de réparer son bâtiment et le mettre en état de souffrir la mer ; le gouverneur le refusa et le renvoya à la douane, dont les officiers ne voulurent pas recevoir son application et référèrent sa demande au gouverneur : Enfin, tout la grâce qu’il put obtenir, fut de rester deux jours pour le réparer et le mettre en état de partir.




Extrait d’une lettre d’Édimbourg, du 11 février.

L’inscription suivante devrait être gravée sur une plaque d’argent pour conserver le souvenir d’un rare exemple de probité et d’honneur, et nous ne doutons pas quelle ne fût approuvée.

À William Hutchinson, marchand de bétail à Lanehead, Ayrshire.

Vos derniers créanciers vous présentent cette coupe comme un faible témoignage de la haute idée qu’ils conservent de l’exacte probité, et de la conduite honorable que vous avez tenue à leur égard. Pleinement convaincus des pertes considérables que vous avez faites dans le commerce, nous acceptâmes, en 1778, vos propositions, et reçûmes seulement dix chellins par livre, et vous donnâmes une décharge finale. Nous ne nous attendions pas, le 2 février 1785 à être invités d’aller à Air, où après avoir présenté un repas délicat, vous avez soldé nos comptes, et qui plus est, payé tous les intérêts montant à 1 600 liv. sterling. – Un honnête homme est le plus noble ouvrage de la Divinité. – Mais qu’il est rare !

Aucun de ses créanciers n’avait la moindre idée pourquoi M. Hutchison les faisait demander, ils ne le furent qu’avant le dîner et lorsque cet honnête homme leur présenta tous leurs comptes bien calculés avec les intérêts et les paya jusqu’au dernier sou.




Monsieur l’imprimeur,

Il vous plaira insérer dans votre Gazette ce qui suit, pour l’avantage et la consolation de ceux qui sont décidés de mener la vie de VIEUX GARÇON.

Oh temps ! O mœurs !

Je suis âgé seulement de trente-huit ans ou environ, et en cet âge un des hommes plus malheureux sous la calotte des cieux ; j’ai tant tourné retourné, voltigé, papillonné autour des jeunes filles, que j’étais auprès d’elles aussi mince, aussi rampant qu’un petit serpent ; je m’attirai la réputation d’être un vrai galant, et j’étais traité par elles avec beaucoup d’égards ; j’étais flatté, caressé, et je recevais les douceurs de celles à qui j’adressais mes vœux ; mais depuis j’ai connu ce qui faisait mon mérite à leurs yeux.... Je vous assure que c’est une grande mortification, ces mêmes filles agissent à présent avec moi d’une manière respectueuse, non pas à cause de mon mérite personnel et de mes manières galantes ; mais les ingrates respectent mes cheveux gris et mon âge avancé. Voici le point ; je m’étais attaché et voyais assidûment une jeune demoiselle depuis six ans ; la première année tous mes empressements aboutirent à la voir et à la lorgner. La seconde à causer, parler, bien peu. La troisième je reçus le précieux avantage de serrer sa main et de soupirer. La quatrième je lui proposai de m’unir à elle par le mariage. La cinquième elle y consentit. Et la sixième, temps auquel nous devions nous marier, elle ne voulut convenir, ni du temps ni du lieu. Je désirais me marier le second jour de février dans la maison de son père. Elle voulut retarder notre jusqu’au dernier d’août. Je priai, je suppliai, je soupirai, j’étais comme un enragé. Mais tous ces transports furent inutiles, elle ne voulut jamais se désister de sa résolution. Ce qui me réduisit à un désespoir si violent, qu’un jour et de bonne heure, je pris mon épée et fus la voir ; je fis auprès d’elle toutes les instances possibles. J’eus beau parler, prier, tout fut en vain. Désespéré de son opiniâtreté, j’arrachai mon épée de mon fourreau, bien déterminé de mettre fin à ma malheureuse vie, si toutefois elle ne voulait pas changer sa cruelle résolution. Je lui dis positivement que j’allais en venir à cette extrémité. Elle parut seulement un peu surprise de ma résolution. Alors je perçai mon sein dont il sortir une petite quantité de sang et j’eus l’indigne satisfaction, qu’au lieu de changer de façon de penser et de se désister de la résolution injuste qu’elle avait prise. Au lieu de me prier d’épargner la vie d’un homme qui aurait dû lui être si cher. Bien loin de jeter le moindre cri, le moindre soupir, elle me prit par le bras et me pria, d’un grand sang froid, d’aller dans la cuisine me poignarder, vu que les planchers étaient lavés et frottés depuis peu, que le sang tachait, et que rien n’était plus difficile à nettoyer. Ce propos glacé me frappa plus violemment qu’une décharge de mousquet. Mon épée tomba de mes mains, et je me rendis chez moi, bien décidé de rester toute ma vie VIEUX GARÇON.

Bureau de la poste, Montréal 17 août 1785.

EN juin dernier, le directeur-général de la poste de Sa Majesté, ordonna, qu’une malle fût envoyée à Québec au commencement de ce mois ; on doit en conséquence attendre, vers le vingt de septembre, un paquebot qui restera à Québec huit ou dix jours, et retournera à Falmouth.

On donne cet avis de bonne heure à ceux qui peuvent avoir dessein d’y prendre leur passage ou qui voudront envoyer de l’argent en Angleterre par cette voie. E. EDWARD, M. de P.

Réponse aux reproches qui m’ont été faits.

La Gazette vient d’éclore, me dites vous tous les jours et je n’y ai encore vu aucune de vos productions. Vous voudriez sans doute que j’essaye de charmer mes jours misérables par les douceurs de l’étude, que je ne laisse pas (pour me servir de vos propres termes) périr mes talents dans l’inaction. J’approuve votre conseil, mais qu’il est difficile de le suivre ; il fut un temps où l’amour de la réputation donnait des forces à mon génie et le rendait fertile, j’étais même attiré par l’éclat d’un nom ; mais aujourd’hui je ne suis pas assez heureux pour m’occuper de la gloire, je voudrais même, s’il était possible, être ignoré du monde entier. J’ai trop tardé à me faire un asile où je ne puisse rencontrer que moi-même, mais j’y travaille. Quand je me rappelle tout ce que j’ai souffert, dois-je écrire ou répandre des pleurs ? Il faudrait que j’eus tout oublié et que j’eus perdu tout sentiment. Le souvenir du malheur passé m’agite continuellement et ne me laisse pas assez de tranquillité pour me livrer à mes pensées : ajoutez que les années ont affaibli mon génie, qu’une si longue inaction a consumé ses forces. Un champ le plus fertile de sa nature, si le soc ne le renouvelle, ne produira que de l’herbe et des ronces ; si le coursier reste longtemps oisif, il sera bien moins léger, et verra ses rivaux le devancer dans la carrière ; si le vaisseau reste longtemps à sec sur le rivage, il se pourrit et se décompose. Aussi je désespère de redevenir ce que j’ai été et de retrouver mes faibles talents ; mes forces m’abandonnent, les longues souffrances tuent le génie. J’essaye quelquefois, mais malgré toute mon application je m’aperçois que mes ouvrages se sentent du malheur de l’auteur ; vous me direz que j’ai réussi autrefois ; mais n’est-ce pas ce même succès qui fut la base de ma perte ? Quand j’ai fait un si cruel naufrage, il m’est bien permis de détester et de fuir les mers. En outre, quand toujours séduit par ce malheureux penchant, je voudrais me livrer à un talent aussi funeste, qui pourrait m’inspirer ? rien.

ANECDOTE.

L’Empereur de Chine, actuellement régnant, voyant le prince héréditaire dans l’âge où la raison se développe avec sensibilité, le conduisait souvent dans les champs au milieu des laboureurs et lui faisait remarquer l’activité que tous apportaient au travail. Le jeune prince lui ayant paru étonné de leur voir essuyer tant de fatiguer ; l’Empereur lui dit, «mon fils, ce n’est pas pour eux que ces gens travaillent, leur entretien ne demande pas tant de peine ; c’est pour le mien, c’est pour l’État qu’il prodiguent leur sueurs : aime-les, protège-les, car sans eux ni toi ni moi n’aurions de royaume.




À VENDRE PAR ENCAN, au magasin de M. Alexandre Hay, rue St-Paul, samedi le 3 septembre prochain, à onze heures du matin, on payera en recevant les marchandises.

10 PIPES de bon VIN de PORT.

Le soussigné a un grand assortiment de marchandises des Indes, et une quantité de toiles de Russie, du vieux et bon esprit de la Jamaïque, qu’il vendra à un prix raisonnable pour l’argent comptant.

EDW. WM. GRAY.
Montréal, 29 août 1785.




LE SOUSSIGNÉ se proposant de retourner en Europe dans le cours de cette automne, désire que toute personne ou personnes qui lui seront redevables d’une somme quelconque, d’acquitter leur dette envers lui immédiatement, et que toutes personnes qui auront quelques demandes à faire par compte, aient à les produire pour en recevoir le payement.

Il avertit en outre, ses amis et le public, qu’il lui reste quantité de marchandises sèches qu’il vendra à un prix raisonnable pour argent comptant.

JON. A. GRAY.
Montréal, 29 août 1785.

Par autorité. Eau inestimable d’Andalousie.

Qui guérit radicalement toutes inflammations concernant les yeux, ou dans aucune partie du corps, par quelque accident que ce puisse être, efforts, foulures, entorses, meurtrissures : Elle ôte aussi l’inflammation érésipèle, ôte le feu des brûlures sans y laisser de cicatrices, pourritures de chairs ou putréfaction ; il n’est pas nécessaire de se servir d’aucun emplâtre, en faisant usage de cette eau, car elle ne tache point le linge et n’a aucune odeur désagréable.

Si toutes les familles connaissaient les vertus de cette eau, aucune ne voudraient en manquer.

C’est une très excellente médecine pour voyager, soit pour les messieurs de l’armée ou les navigateurs  : Elle fait sortir immédiatement le venin des morsures ou piqûres des animaux, moucherons ou cousins  ; adoucit et ôte toutes les enflures, de quelques natures qu’elles puissent venir  : elle ôte les extrêmes peine de la goûte et du rhumatisme, en bassinant souvent la partie souffrante, et effectivement ôte les brûlures par éclairs ou autres accidents par la poudre à tirer, sans laisser enflure ou noirceur et pareillement si on l’applique aux plus grands coups ou meurtrissures  : et finalement aucun préparatif ou composé est égal à cette eau, pour guérir les maux ci-dessus.

Et c’est ce que plus de mille personnes certifieront avec plaisir.

La guérison, pour les maux de jambes, est certaine.

DIRECTIONS.

Pour les maux de yeux, mettez en un peu dans une tasse, bassinez-les deux fois par jour, avec une plume.

Pour les efforts, meurtrissures, foulures, enflures, maux de jambes et autres semblables maladies, trempez un linge blanc dedans ladite eau et étendez le sur la partie affligée  ; et pour toutes blessures tendantes à la mortification, trempez un peu de charpie dans ladite eau et mettez la dans ladite blessure.

Le prix de la fiole est d’une piastre espagnole et se vend chez M. J. A. GRAY, à la voûte de M. Scott, rue St-Paul à Montréal.

À vendre chez l’imprimeur.

Ardoises avec les crayons. — De la poudre de ponce avec les boîtes.
Crayons. — Plumes. — Canifs. — oublies à cacheter.
Poudre d’encre noire et rouge. — écritoires de différentes façons.
Instruments de mathématiques. — Trictracs et les assortiments.
Couteaux d’ivoire pour couper le papier. — Sabliers ou poudriers.
Trébuchets pour peser l’or. — Cire à cacheter, rouge et noire.
Règles rondes. — Poste feuilles. — Papier marbré.
Papier à écrire de différentes façons, doré sur tranche et uni.
Livres blancs de toutes façons. — De l’or en feuilles.

On y relie les livres dans tous les goûts, dorés sur tranche, en maroquin, veau et mouton ; on y fait aussi toutes sortes de livres de comptes pour les marchands, réglés à la commande des personnes.


Le prix de la souscription, pour l’année entière, sera de trois piastres espagnoles, dont on payera la moitié en souscrivant.

Pour les avis ou avertissements, on payera pour une fois, une piastre d’Espagne, pour deux fois, Une piastre et demie, pour trois fois Deux piastres.

Les personnes qui voudront souscrire pour la gazette, pourront donner leur nom au porteur, et apposer leurs signatures sur un livre, dont ledit porteur sera chargé.


À MONTRÉAL, chez F. MESPLET.