Discours parlementaire de 1848

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Discours parlementaire de 1848
L'Avenir, 8 avril, 1848



Parlement du Canada-Uni situé au Marché Sainte-Anne de Montréal. Il est incendié de façon criminelle en 1849.
Ce serait se méprendre singulièrement sur la nature de la discussion qui doit surgir des motions principales et d'amendement qui sont soumises à notre considération, que de la borner à des déclarations ressassées et répétées que nous ne voulons pas renverser aujourd'hui le ministère qu'hier nous avons installé. Cela va sans dire, cela est compris sans phrases. Mais cela ne comporte nullement que la plénitude des attributions de cette Chambre soit dévolue aux ministères et qu'elle n'ait plus qu'à enregistrer silencieusement si elle improuve, qu'à applaudir avec fracas si elle approuve les déterminations, quelles qu'elles soient. Tant que dure la session, chaque proposition spontanément offerte par l'un des représentants, à quelque côté de la Chambre qu'il appartienne, doit avoir sa solution, rendue soit en la présence des ministres, d'après la considération réfléchie de son mérite, de ses résultats propres à promouvoir ou à retarder le bien public. C'est parce que les ministres nous ont averti qu'ils vont mettre fin à la session qu'ils nous imposent le devoir de dire publiquement ici en Chambre, au pays et à eux, aujourd'hui comme représentants, et non demain comme simples citoyens dans des conversations privées, ce que nous pensons de l'état actuel de la province; il est déplorable de dire ce qu'il y a de mieux à faire pour retarder le progrès du mal: c'est de rester en session.

Nous avons sur la table deux propositions, l'une pour l'octroi des sommes demandées pour acquitter des dettes exigibles, encourues et dues depuis longtemps aux contracteurs qui ont donné leur travail, des matériaux, les salaires d'une multitude de journaliers; aux maîtres d'écoles qui ont donné aux enfants du pays le pain de l'intelligence et qui ne peuvent donner à leur enfants le pain matériel, parce que les ordres signés pour les faire payer traînent dans les bureaux sans pouvoir y être honorés et acquittés; pour l'octroi d'un emprunt inévitable si l'on veut subvenir à des dépenses journalières indispensables: celle-ci doit être votée, et l'autre, une proposition en amendement qui mérite d'être discutée, qui contient une suggestion judicieuse et importante, mais qui ferait disparaître la première et, par cette raison, doit être rejetée ou retirée, comme elle le sera sans doute à la fin des débats.

Je concours dans la plupart des opinions exprimées par l'honorable membre pour Norfolk. Je pense comme lui que le cabinet est trop nombreux, mal comparativement léger; que la Chambre est trop peu nombreuse, constituée sur un principe d'injustice, dans un but d'iniquité; mal immense, auquel, sans perte de temps, il faudrait s'efforcer de porter remède, sans quoi le prétendu gouvernement responsable ne sera qu'un leurre, et son fonctionnement à peine meilleur entre les mains les plus pures que dans les plus corruptrices. Quant au personnel ministériel, il offre une combinaison de talents et de principes aussi bonne que le comportait la composition de la Chambre. Ce ne serait pas en changeant quelques-uns de ses membres contre quelques autres qu'il serait amélioré, ce serait en en diminuant le nombre, pour que la responsabilité du cabinet fût plus directe, plus personnelle, pour que les fonctionnaires qui, d'après la nature de leur emploi, ne doivent pas être des hommes politiques dirigeant en délibération secrète dans le conseil, mais des administrateurs actifs agissant sous les regards du public, soient facilement comptables de tout ce qu'ils auront publiquement fait.

La principale objection à un ministère disproportionnément nombreux résulte de l'exiguïté du nombre des représentants et de l'exagération des dépenses publiques. Avec le temps, ceux qui sont placés et ceux qui désireraient être placés viendraient à former une si forte proportion d'hommes personnellement intéressés à faire prévaloir les décisions qu'ils auraient prises en secret, entre hommes réunis à cause d'une communauté d'opinions et d'intérêts, que le reste de la Chambre n'aurait pas sur eux le libre et entier contrôle qu'elle doit conserver sur toutes les autorités. Que la Chambre sente à chaque instant sa dépendance de l'opinion publique, éclairée par la discussion la plus libre possible; et que les hommes en pouvoir sentent à chaque instant leur dépendance d'un corps représentatif très indépendant d'eux: voilà le gouvernement responsable dans son essence, non tel qu'on l'a fait jusqu'à présent pour les Canadas. Cette Chambre est le grand conseil du peuple après le souverain, et doit donner l'impulsion, non la recevoir de ceux qui avisent le souverain dans l'intervalle des sessions, cette Chambre est trop haut placée pour qu'elle doive jamais descendre au rôle subordonné d'un corps de partisans. Diminuer les dépenses et largement augmenter la représentation en proportion des populations fera croire au gouvernement responsable; donnera à des réformistes sincères le pouvoir, qu'ils n'auront pas sans cela, d'effectuer des réformes efficaces. La possession de trop de pouvoir et de patronage finirait par corrompre ceux qui ont accepté ce gouvernement, comme étaient faux et corrompus ceux qui l'ont donné.

Le présent système avait été offert par des hommes dont la vie politique entière avait été une conjuration permanente contre les principes du gouvernement responsable. Ils avaient aimé et pratiqué le mystère, la déception, le monopole du pouvoir pour et par les minorités.

Charles Poulett Thomson, baron Sydenham, premier gouverneur du Canada-Uni
Le plan de lord Sydenham avait été d'appeler tous les chefs de départements dans le cabinet, et de faire de tous les autres fonctionnaires des esclaves serviles, des flatteurs complaisants; de caser le pays en deux camps ennemi qui, dans leur lutte passionnée pour se saisir du pouvoir, oublieraient les intérêts de 999 citoyens par mille, de ceux qui n'aspirent pas aux places, mais qui en paient les frais. Le système tel qu'il l'a conçu et formulé a été, avec plus de confiance que n'en méritait son auteur, accueilli par tous les partis. Les Parlements qui ont suivi le sien, comme celui qu'il avait formé par l'introduction de tant d'hommes ou inconnus ou impopulaires, qui ne pouvaient être proclamés qu'en empêchant les électeurs d'approcher des hustings; qui s'étaient rendu justice à eux-mêmes et au pays, en ne s'offrant plus à la candidature dans aucune élection subséquente, comme ils n'y avaient jamais paru dans aucune élection antérieure, se sont asservis à suivre la marche inconstitutionnelle qu'il avait tracée. Les ministres ont trop dirigé, les Chambres trop enregistré.

En Angleterre, le nombre des mesures regardées comme ministérielles est sagement restreint et circonscrit à un petit nombre de propositions les plus importantes. Il y a accord entre les partis, que la discussion la plus approfondie, la plus énergique ne roulera que sur un petit nombre des mesures qui ont un intérêt d'actualité assez grand pour que, du point de vue sous lequel elles sont envisagées, attaquées et défendues, l'opinion publique s'éclaire, progresse, et décide par la majorité des votes en Chambre de la chute ou de la conservation des ministères. La plus grande proportion de beaucoup de projets de loi, proposés durant chaque session, est introduite par des membres indépendants de toute liaison directe ministérielle. Non que l'influence ministérielle, qui est celle de la majorité, y soit nullifiée, mais elle n'y est pas personnelle; mais ils se conservent pour eux, et laissent aux autres la liberté de voter sur la plus grande partie des questions qui se discutent chaque session, chacun d'après son opinion individuelle. La plupart des travaux parlementaires s'élaborent et se décident dans les comités spéciaux. Qu'ils soient choisis par l'orateur ou par la Chambre, une attention scrupuleuse à y répartir, dans les justes proportions qu'ont les partis en Chambre, des membres de tous ces partis, leur donne la conviction qu'ils sont traités avec justice, et que la décision de la Chambre serait la même que celle du comité. La règle générale est donc de ne pas appeler de sa décision. S'il n'en était pas ainsi, il serait au-dessus des forces de quelque ministère que ce fût, de se charger de l'obligation de lire, en Angleterre, le nombre des lois qui y sont sanctionnées chaque année; et ici, de prendre la responsabilité de répondre de la bonté de toutes les mesures de législation qui sont nécessaires chaque année, pour régler les intérêts divers et compliqués de notre société, quelque peu considérable qu'elle soit encore, comparativement à celles qui forment de grands États indépendants.

Je ne comprends pas que l'on veuille regarder comme un vote de non-confiance le vote consciencieux et libre qu'un collègue donnera contre une décision des ministres, quand il pensera qu'elle est une erreur. En mettant fin prématurément à la session, je crains qu'ils ne se nuisent à eux-mêmes, j'en suis donc surpris; mais je crains de plus qu'ils ne nuisent aux intérêts publics, alors j'en suis profondément affligé. L'on peut sans l'ombre de contradictions demander la prolongation de la session, tout en leur répétant un vote de confiance s'il y avait utilité à le faire. C'est parce que la Chambre ne pourra plus les aviser dans quelques jours qu'ils y a nécessité de le faire à l'instant. Il y a une foule de mesures entamées qui peuvent se perfectionner et se terminer avec d'heureux résultats pour le pays, sans que la responsabilité ministérielle soit aucunement engagée.

Avant d'entrer dans le détail de ce que sont ces mesures, je dois répéter aujourd'hui, demain, jusqu'à ce que l'on ait fait cesser la nécessité de le redire, que le premier pas à faire pour parvenir à une sage législation pratique et populaire, c'est la réforme parlementaire. N'être pas prêt dès cette session à faire faire un recensement correct, c'est n'être prêt, au plus tôt, qu'après la prochaine session, c'est de quatre ans en perdre deux; c'est s'aveugler sur la nature des obstacles, sur l'étendue des répugnances qu'il y aura à concéder ce premier acte de justice dans le Conseil législatif, au Bureau colonial, partout où l'on a consenti et décrété l'infériorité politique d'une race vis-à-vis de l'autre, d'une section de la province vis-à-vis de l'autre. Et pourtant, aussi longtemps que cette égalité politique entre tous les citoyens n'aura pas été établie, la législation continuera à être aussi partiale, inefficace, désagréable, inexécutée dans le Bas-Canada, qu'elle l'a été depuis les ordonnances du Conseil spécial et depuis l'acte d'Union. C'eût été un acte de haute sagesse, une solennelle protestation contre l'existence transitoire de ce pouvoir irrationnel, irresponsable, que d'abroger, par un seul acte plein de justice, toutes les ordonnances remplies d'injustice que ce conseil de muets a ratifiés. Ont-elles quelque chose de bon? C'est à un gouvernement régulier, constitutionnel, à le rétablir. Cette expression de haine contre le pouvoir arbitraire eût été une expression d'affection pour le gouvernement responsable ferme, actif et bien compris.

Depuis l'Union, tous les ministères tour à tour ont adopté la pratique erronée d'exiger que tous et chacun de leurs membres fussent enchaînés à appuyer l'ensemble et les détails de chaque bill produit par quelqu'un deux, quoiqu'ils eussent pu consciencieusement différer sur quelques-uns de ses détails; de faire, des questions mineures ou de simple jurisprudence, des questions politiques ministérielles, de vouloir que tous les projets de loi un peu importants fussent préparés et présentés par eux. Que le ministère soit en grand ou en petit nombre, c'est se charger de plus de travail qu'il n'en peut bien remplir. Quand il est nombreux, c'est se constituer trop fortement. L'influence de douze membres enchaînés à n'exprimer publiquement qu'un même sentiment, si dans une délibération secrète il a été celui de sept d'entre eux, devient une influence dangereuse à la libre discussion, à la pleine indépendance, au contrôle efficace que l'assemblée doit conserver sur eux.

Il y a une foule de mesures qui peuvent se continuer sans inconvénient pour le ministère et avec avantage pour le pays.

Tels sont les bills privés demandés en grand nombre par des parties qui sont préparés à engager leurs capitaux dans des améliorations utiles à eux-mêmes et au public. Tout le travail qui est préparatoire à des actes de législation générale ou locale, tel que les enquêtes qui se font dans les comités spéciaux, et qui conduiraient à l'introduction de bills, les uns cette année, les autres dans une ou deux années, si les enquêtes commencées ne se terminaient pas dans une première session, mais étaient reprises et continuées dans une seconde et une troisième, ne devrait pas être interrompu dans la plus urgente nécessité. Supposant que le ministère entier ne pût avoir repris ses sièges sous peu de jours, une proportion suffisante pour partager les travaux de la Chambre peut s'y trouver dans de brefs délais. Fussent-ils présents, ils sont trop récemment installés pour qu'ils aient à vous offrir aucune mesure importante de réforme, de législation; de réduction des dépenses inutiles qui se sont si follement accrues d'année en année depuis l'acte d'Union. Eh bien! soit; pendant trois longues années d'opposition formidable, où ils avaient la majorité réelle contre la majorité fictive, ils auraient chaque jour déclaré avoir meilleur droit à l'exercice du pouvoir que leurs adversaires, chaque jour ils auraient espéré les remplacer, pour n'être jamais prêts à faire mieux qu'eux dans la première session qui suivrait leur succès. Puisqu'ils disent n'être prêts à proposer aucune loi importante cette année, pas même sur les sujets qu'ils ont discutés pendant trois ans, la Chambre ne leur en demandera aucune; mais il n'y a pas en cela une raison suffisante de prorogation. La Chambre doit demeurer quelque temps en session pour être consultée sur des questions qui, si elles peuvent être résolues conformément aux voeux et aux intérêts du peuple, tendront plus vite en un jour à l'enrichir, à développer rapidement les ressources du pays, que ne le feront plusieurs années de notre législation. Ce sont celles qui peuvent d'un moment à l'autre nous donner la réciprocité d'un commerce facile avec les États-Unis d'Amérique; l'avantage d'un commerce direct avec toutes les nations du monde; la libre navigation du Saint-Laurent et de nos mers dans l'intérieur; les pavillons de tous les peuples amis flottant sur nos eaux, les consulats de tous les peuples amis établis dans nos villes. Ce sont ces questions vitales que sont à l'état de
Robert J. Walker, Secrétaire du Trésor de États-Unis de 1845 à 1849
délibération dans le Congrès américain, dans le Parlement anglais. D'un jour à l'autre l'Angleterre peut demander notre avis, le Congrès s'attendre à l'expression de nos voeux; il est donc heureux que la Chambre soit en session, afin que l'administration soit à portée de recevoir son avis s'il devenait utile de l'avoir, de ne le pas recueillir, si elle ne voyait pas d'utilité à l'offrir. La majorité a donné sa confiance aux ministres, c'est bien le moins qu'il y ait réciprocité; tout éclairés et bien disposés qu'ils soient, il y a plus de lumières dans la Chambre et plus d'autorité dans son vote, avec ou sans eux, qu'il n'y en a dans une fraction de la Chambre. Il n'y a pas à douter qu'en vue de résultats aussi grands, aussi immédiats, aussi propres à élever de suite la valeur des propriétés de chacun dans toute l'étendue des deux Canadas, mais plus particulièrement dans le Haut-Canada, comme le serait la réciprocité du commerce avec les États-Unis, beaucoup d'individus éclairés, dans cette assemblée et hors de cette assemblée, auront écrit à leurs amis dans les deux Chambres du Congrès pour les prier de prêter leur appui aux vues éclairées de leur secrétaire du Trésor, qui est entré avec tant d'ardeur, de génie, de succès dans la voie du libre commerce, et qui souhaite son extension particulièrement avec cette province.

C'est une conquête pacifique pour eux de nos ports, pour nous de ceux de Boston et de New York. Ces individus ne peuvent pas, ne doivent pas parler au nom du pays; le ministère s'interdit à lui-même et nous interdit la faculté de parler au nom du pays, si d'après l'action qui sera prise d'ici à peu de jours dans le Congrès, les avis des correspondants étaient que les résolutions des Chambres pourraient influer sur quelques individus, quand il pourrait suffire de cette légère influence pour donner la prépondérance à l'opinion la plus saine, comme le sont toutes celles qui sont favorables au plus grand degré de liberté politique ou commerciale, que l'on peut obtenir sans trop de sacrifice et de résistance. L'administration pourrait en ce cas recevoir un appui utile à ses vues, conforme à ses voeux et à ceux du pays. Faut-il s'en priver par la considération de la dépense qu'entraînera la réunion des Chambres, ou par celles des demandes d'argent que feront les comités spéciaux pour leurs mesures locales et favorites? Cela ne peut plus inspirer de crainte, parce que, quelles que soient la soif et la faim des demandants, il ne reste plus rien pour les abreuver ni les rassasier. Réponse péremptoire à quelque convoitise que ce soit. Puis en outre, d'après l'une des fautives dispositions du très vicieux acte d'Union, les ministres savent bien que, sur les octrois des deniers publics, la Chambre n'a pas d'initiative; que son octroi ne peut commencer qu'après leur délibération et leur assentiment. Qu'il est de leur devoir d'attendre que toutes les demandes, qui pourront être formulées dans une session, soient soumises ensemble à leur examen, avant qu'ils puissent prononcer, en connaissance de cause, sur les justes motifs de préférence et de priorité qu'auront les unes sur les autres, dans des temps plus heureux que celui-ci, qui ressemblent trop à la veille de la banqueroute, quand il faut emprunter pour vivre au jour le jour, quand le crédit est aux abois et semble exhaler le dernier soupir. Assurément le dernier cabinet installé par lord Sydenham, où dans la majorité de ses membres formée dans le même esprit et des mêmes matériaux que le sien, devait être plus en faveur et en crédit au Bureau colonial, que ne le sont nos amis, que ne sont que libéraux ici, mais qui là-bas, d'après les recommandations parties d'ici de temps à autres, y sont, très erronément, je l'avoue, notés radicaux. L'un des membres les plus respectables de ce cabinet patronisé et bien vu à Downing Street, homme de talents distingués sous beaucoup de rapports et particulièrement en matière de finances, a été y dérouler le tableau des besoins pressants d'emprunt du pays et du cabinet, si l'on voulait les tenir à flot. On les a laissé échouer.

Il n'a réussi qu'en partie et n'a pu qu'en partie faire face à ses engagements. Pour les 100 000 l promis aux incendiés à Québec, l'on n'a pu leur donner que le crédit de la province; l'on n'a pu le leur donner que pour la moitié de ce qui leur avait été promis, et cette moitié de crédit, au lieu de la totalité du réel, quand on veut en presser la réalisation, perd dix et douze pour cent; et c'est dans ces circonstances que, pour subvenir aux dépenses courantes, un pays soumis depuis sept ans aux méfaits de l'Union et du gouvernement responsable, tel qu'il a fonctionné, vit d'emprunt aujourd'hui, sans trop savoir comment il vivra demain.

C'est pour cela surtout qu'il faut bien, dit-on, que les ministres prorogent. En quoi et comment l'inaction et la retraite peuvent-elles remédier aux difficultés, et non les accroître? C'est en matière de crédit et de finances, d'emprunt, de revenu, et de dépenses que les ministres ont besoin de l'avis et de l'action des représentants, qu'ils doivent désirer que la responsabilité représentative leur vienne en aide et domine la responsabilité ministérielle.

La libre navigation du Saint-Laurent est une autre mesure qui est sous discussion en Angleterre. Qu'elle soit octroyée, et pour toujours chaque minot de grains recueilli dans la province vaudra un demi-chelin et plus au-delà de ce qu'il vaudra, si elle est refusée. La Chambre l'a demandée à l'unanimité ainsi que l'usage officiel de langue française dans les cas où il est interdit. Point de réponse.

Que la première de ces mesures soit octroyée, chaque terre à la campagne et chaque maison dans les villes a de suite une plus grande valeur.

Les ministres la souhaitent, le pays la veut, l'assemblée est prête à en répéter la demande formelle. Pourquoi donc le cabinet ne donnerait-il pas à ses représentants le poids et l'autorité de résolutions adoptées dans les deux Chambres? N'a-t-il rien à faire, rien à dire sur ces sujets, parce que l'assemblée a fait connaître ses désirs l'an dernier!

Mais ceux qui luttent en Angleterre contre d'anciens préjugés, d'anciens monopoles, sont heureux de recevoir aide et appui de quelque part qu'ils viennent, sont heureux surtout de les recevoir des peuples et des corps constitués qui ont un intérêt particulier dans la solution de cette question, qui ont de communs intérêts et de communes opinions avec eux.

La question étant encore débattue cette année, qui sait si la prochaine malle n'exprimera pas le désir du gouvernement d'avoir l'opinion du pays.

Le ministère avec une majorité imposante, si bien disposée pour lui, n'a rien à craindre de la durée d'une courte session tandis que le pays peut souffrir d'une prorogation, quand des sujets d'une importante vitale à son agrandissement rapide, ou à sa croissance comparative vis-à-vis de nos voisins, sont sous discussion.

L'on voit combien le commerce du Haut-Canada a rapidement avec New York, depuis que le système de dépôt, de remise des droits et de transit a été adopté par les États-Unis.

Ils désirent étendre ce système et donner les mêmes facilités à la sortie de nos produits; ce nouvel avantage est incomparativement plus grand que le premier. Mais ils demandent la réciprocité pour les rares occasions où notre marché serait meilleur que le leur. Cela ne peut aucunement nuire au producteur parce qu'il ne doit jamais perdre de vue que dans les pays nouveaux, où les neuf dixièmes de la population sont engagés dans la culture du sol, où ce pays produit plus qu'il ne peut consommer, ce sont les besoins des pays surabondamment peuplés, qui ne peuvent fournir à leur consommation indispensable, ce sont les marchés étrangers qui règlent la valeur de nos produits. Jusqu'à présent le Canada n'ayant eu qu'un seul marché, les affaires sont tombées entre les mains d'un trop petit nombre d'hommes, qui n'ont pas été forcés par une ardente compétition à être aussi vigilants, actifs, économes que si elle avait existé; des prix de monopoles se sont établis trop hauts pour ce qu'ils vendent, trop faibles pour ce qu'ils achètent: les affaires plus restreintes voulaient qu'ils fissent de plus grands profits pour vivre et soutenir leurs frais d'établissement.

Commercer à New York et à Boston, c'est le faire avec des capitalistes qui fournissent aux demandes de millions de consommateurs, dont les opérations se front sur une si grande échelle, que deux pour cent leur laissent plus de bénéfices que dix et vingt pour cent ne le feraient sur des importations restreintes aux faibles opérations commerciales de ce pays. L'accès de leurs ports demeurant libre chaque jour de l'année, il n'ont pas d'accumulation d'effets sur les mains, d'approvisionnement stériles pendant plusieurs mois jusqu'au jour de la vente, comme notre commerce de gros et de détail en avait malheureusement eu tant qu'il avait été restreint à ne recevoir et verser les importations et les exportations que durant six des douze mois de l'année.

L'accès étant maintenu toute l'année par l'océan avec ces ports et par les chemins de fer avec l'intérieur assure le revirement des capitaux, leur sortie sous une forme, leur rentrée sous une autre et les petits profits de chacune de ces opérations répétées set à huit fois dans l'année chez eux, contre deux ou trois fois ici: autres facilités pour eux de faire de grands profits par de légers bénéfices.

Contre tant et de si grands avantages qui tendent à chasser le commerce de nos rives, pour l'attirer chez eux, il nous faut la législation la plus vigilante, la plus libérale, la plus incessante possible.

Quelques graves erreurs sur ce point auraient bientôt l'effet de tarir pour ainsi dire le Saint-Laurent pendant l'été, comme il est glacé pendant l'hiver, tandis qu'une législation éclairée, aujourd'hui et non demain, pourra peut-être attirer les produits de l'Ouest américain à suivre les flots du Saint-Laurent qui roulent rapides et abondants et pourraient porter avec économie et célérité vers la mer de gros vaisseaux et leurs riches cargaisons, au lieu de voir ces riches produits traînés paresseusement, dispendieusement, fractionnés en pauvres cargaisons, dans de petits bateaux suivant la route artificielle encombrée que le génie de la liberté politique et de la liberté commerciale leur a tracée dans les canaux de New York.

De toutes les mesures qui peuvent le mieux aider à procurer un résultat plus décisif sur notre avenir de prospérité, ou de pauvreté, l'une des importantes, celle qui est un complément nécessaire pour donner une signification raisonnable, et de la valeur à l'action qui a été prise en Angleterre et ici, de commencer un système de canalisation aussi coûteux que l'a été le nôtre, c'est un autre canal, reliant, par la communication la plus directe, les eaux du lac Champlain et celles du Saint-Laurent.

Si nos canaux ont été ouverts en vue de nous donner une commerce libre avec les différents peuples du monde, ils peuvent devenir profitables et avoir été alors une entreprise hasardeuse, si l'on veut, mais raisonnée et raisonnable; s'ils ont été ouverts en vue de nous parquer en une possession isolée des autres nations, asservie à des relations de monopole commercial et de commerce direct avec l'Empire britannique seul, ils ont été une entreprise insensée et ruineuse.

Une compagnie, qui réunit les noms les plus forts dans le monde monétaire canadien, offre de venir en aide à la province qui ne peut plus s'aider, et de creuser à ses frais ce canal, en vue des profits qu'elle y entrevoit, gardant les risques pour elle, si elle a mal calculé; restituant les profits au pays si elle a bien calculé, en permettant durant vingt ans le rachat de sa propriété, si l'utilité publique veut ce rachat. La législature ne doit donc pas retarder à lui venir en aide par l'octroi de l'acte d'incorporation qu'elle réclame pour pouvoir commencer ces utiles travaux.

Pont Victoria, vers 1860
La compagnie qui demande à construire un pont sur le Saint-Laurent et plusieurs particuliers qui se sont conformés aux règles de la Chambre pour obtenir les actes qui les autoriseront à bâtir des ponts de péages, et autres améliorations utiles à eux et à tous, ont bien le droit d'espérer qu'une fois le Parlement réuni à si grands frais de toutes les parties de la province, on lui permettra de siéger pendant les quelques délais qui sont nécessaires pour terminer ce que la législature est prête à donner, ce que le public est prêt à recevoir avec reconnaissance et profit, sans que ce délai oblige à s'occuper de sujets sur lesquels l'on est pas prêt à agir.

Dans l'état de mouvement progressif accéléré, avec lequel le monde entier roule précipité vers ce libre échange des idées et des effets, des produits intellectuels et matériels; quand cette fièvre contagieuse fait jeter à vingt millions de nos voisins, comme s'ils n'étaient qu'un homme, pour cri de ralliement le Go Ahead, en avant donc, pouvons-nous ne pas sentir qu'il faut saisir l'occasion aux cheveux; qu'en concurrence avec eux, le jour perdu est perdu sans retour.

Ceux qui sont prêts à engager, aujourd'hui, leurs capitaux dans ces entreprises qui nous profiteraient peuvent trouver demain plus d'avantage à les porter là où ils profiteront à nos rivaux.

Parce que les ministres ne sont pas prêts à faire de grandes choses cette année, qu'ils n'empêchent pas d'agir ceux qui sont prêts à faire des choses grandes ou petites d'un autre genre que celles qui les préoccupent.

Que le gouvernement responsable ne soit pas bien compris; ou s'il est tel qu'on se le figure, qu'il ne soit pas un bien sans mélange, a éclaté d'une manière humiliante pour elle, en présence du public, qui devra la trouver trop petite et le ministère trop grand, à l'occasion de ce qui s'est passé au sujet de la loi des banqueroutes. Un de nos collègues a présenté une requête signée par plusieurs négociants importateurs et par le détail presque entier de Montréal, se plaignant que cette loi était une source abondante de fraude, de ruine et de démoralisation; ne demandant pas le travail compliqué d'une loi nouvelle sur ce sujet, mais la seule abolition de la loi actuelle.

Avec les légers amendements nécessaires pour que les liquidations commencées sous l'opération de la loi fussent continuées, et pour garder les débiteurs de l'emprisonnement pour dettes, ce bill, référé à un comité, donnerait au commerce, un peu de temps, une réforme dont il allègue que le besoin est urgent.

Bon nombre des membres des deux sections de la province sont désireux de faire droit aux voeux du commerce.

L'honorable membre retire son bill contre le désir des pétitionnaires et contre le sien propre, assure-t-il, parce qu'on lui dit que les ministres désirent qu'il le retire.

Dans une chose qui les regarde si peu, et de si loin, peut-être les ministres ne devrait-ils pas avoir des désirs bien vifs, bien autres que ceux des pétitionnaires. Que s'ils insistent, en promettant de donner l'an prochain une bonne loi à ce sujet, ce n'est pas une raison d'en conserver une mauvaise cette année.

Qu'elle tombe, ce n'est qu'un méchant acte du Conseil spécial. Il y avait du commerce avant que ce corps eût étendu sa protection sur le commerce, comme il l'a étendue sur tant d'autres choses: pour corrompre et décevoir.

Les membres seraient découragés de proposer aucune mesure utile, s'il fallait que l'initiative, toujours et partout, fût ainsi laissée au cabinet. Sans doute il vaut mieux que quelques mesures des plus importantes commencent là; c'est une garantie qu'elles seront sanctionnées et que l'on ne se livre pas à un vain labeur. Mais aussi il ne faudrait pas intimer trop durement que le travail, qui commencera ailleurs, sera un vain labeur.

Nous ne voulons pas refuser les subsides demandés, ce serait un vote de non-confiance bien plus direct qu'aucune expression ne le pourrait comporter, bien plus amer que celui qui a justement renversé le dernier ministère.

Si le cabinet met fin à la session, il en prend sur lui la responsabilité. Ce n'est pas l'avis sincère de ceux qui pensent autrement, qui peut ou doit lui nuire beaucoup. C'est d'après ses actes et ses déterminations qu'il doit être jugé. Chacun conserve son honneur sauf, qui, pensant que la prorogation de devait pas avoir lieu, a l'honnêteté de le dire.

Je suis attristé que ce soient ceux en qui j'ai confiance qui me paraissent avoir tort, surpris que ce soient ceux en qui je n'ai pas confiance qui aujourd'hui me paraissent incliner vers l'opinion la plus judicieuse, de préférer à l'inaction faire ce qui peut se bien faire, d'ici à quelques jours.

J'espère qu'au moins neuf fois sur dix j'aurai à appuyer les mesures que proposera le cabinet actuel; je pense que neuf fois sur dix j'aurais à repousser les mesures qu'aurait proposées une administration composée comme l'était la dernière.

Elle avait pris le gouvernement responsable à contresens. Le gouvernement l'avait imposée à la Chambre, quand c'est à celle-ci à donner qui bon lui semble aux gouverneurs.

Dans la majorité de ses membres elle était composée d'hommes qui, toute leur vie, avaient par violence et par l'intrigue repoussé toute idée de responsabilité, affiché le mépris pour l'extension des libertés populaires, pour le gouvernement des majorités.

James Bruce, 8e comte de Elgin et 12e comte de Kincardine, gouverneur du Canada-Uni de 1847 à 1854
Les hommes qui toute leur vie avaient lutté contre ceux-là, et qui s'étaient réunis à eux, sur la foi que le gouverneur voulait et pouvait par son influence en Angleterre faire beaucoup de bien au pays, s'étaient placés dans une fausse position.

C'était, dans d'autres proportions, la même combinaison que celle qui a failli réussir durant le dernier Parlement, d'un ministère tory pour le Haut-Canada, avec un ministère libéral pour le Bas-Canada. L'on disait: cela prouvera jusqu'à l'évidence l'absurdité de l'acte d'Union qui ne peut fonctionner qu'accompagné des contradictions les plus palpables.

J'ai dit à qui m'en a voulu parler, car je ne suis pas plus empressé à donner dans la vie privée mon avis quand il n'est pas demandé, que je ne serai disposé à le dissimuler, quand les devoirs de la vie publique sembleront m'appeler à l'énoncer, que cet arrangement était immoral et devait être repoussé.

Que rien ne pourrait éclairer ceux qui ne voulaient pas voir, ceux qui n'étaient pas convaincus, indépendamment de ce honteux pêle-mêle d'hommes et de principes antagonistes, des absurdités de l'Union, de l'impossibilité qu'elle durât, dès que cesserait la coercition.

J'ai toujours espéré que les libéraux du Haut-Canada, s'ils sont amis d'un gouvernement économique où le peuple tout entier puisse surveiller de près la conduite de ses représentants, s'occuper souvent et avec ardeur des intérêts communs, sur lesquels il eut et doit influer, non pas seulement au jour de l'élection, mais en toute occasion, par l'expression forte, libre et fréquente de ses sentiments, sur les questions politiques débattues en dedans et en dehors du Parlement, pourraient, après avoir réformé la représentation pour l'asseoir sur sa base rationnelle, solide, inaltérable, d'après les règles de la justice, du respect et de l'affection que chaque homme doit avoir pour tous les hommes ses frères, qui ne s'en sont pas rendus indignes, après s'être exposés aux vexations que leur a si longtemps fait éprouver une injuste minorité, pourraient, dis-je, entendre avec calme les fortes raisons qu'il y a, dans l'intérêt bien entendu des deux sections de la province, de leur restituer un gouvernement séparé, qui connaît mieux et mieux procurerait les lois et les mesures les plus conformes à leurs convictions, à leurs voeux et à leurs intérêts permanents.

Toute législation forcée ne saurait avoir de durée. C'est dans l'urne électorale, on dans la promulgation des statuts, militant contre l'instinct des masses, que finalement sera décidée la vie ou la mort des idées qu'elles ont professées. Cette question de l'Union, je n'en abandonnerai pas la considération, je l'ajourne jusqu'après la réforme électorale, si celle-ci est franche et n'est pas trop retardée. Je l'ajourne, et pourtant cette Union est odieuse à mes compatriotes.

Je sais que le pays entier ne la souffre qu'avec indignation, qu'il sent le mal infini qu'elle lui a fait, et calcule le mal plus grand qu'elle lui fera; qu'il sait qu'elle lui a été imposée par les hommes de la même école dans le même but, par les mêmes moyens criminels, qui font d'une autre union la honte de l'Angleterre et le fléau maudit de l'Irlande.

Quand elle a été promulguée, les districts de Québec et des Trois-Rivières ont su leur devoir et ont protesté contre l'iniquité. D'une extrémité à l'autre du pays notre vertueux clergé, habituellement réservé à l'extrême à s'immiscer en nos questions politiques, afin de se dévouer tout entier à l'exercice de son pieux ministère, afin, à l'abri de sa judicieuse neutralité, de demeurer hommes de paix et de réconciliation, qui peuvent rappeler à des sentiments de modération ceux que la fureur de l'esprit de parti pousserait à s'entre-haïr, à s'entre-nuire follement, n'ont pu voir le coup mortel fulminé contre tout un peuple, leurs ouailles chéries, sans unir leur cri de douleur à son cri de détresse; et eux tous ont vertueusement protesté contre l'iniquité. Mais les angoisses de l'agonie du Bas-Canada n'auraient-elles trouvé que de tièdes sympathies, et ses plaintes nul écho dans le district de Montréal, ni dans le Parlement de lord Sydenham? Par la force armée, par de brutales violences, il commanda dans le district le mutisme de la terreur.

Par une corruption effrénée, des déceptions infinies, un mépris cynique et affiché pour les lois, il démoralisa le pays, entacha toutes les élections, où il prit part, de souillures inconnues avant lui, et se donna une majorité vénale ou passionnée, sans écho pour les plaintes du pays, dont elle n'était pas une émanation.

Il nous a fait comprendre combien était profonde la gangrène de la corruption, qui ronge et salit l'Angleterre, car c'est de là qu'il avait importé l'adepte qui nous a initiés à la connaissance, que nous ne soupçonnions pas avant de l'avoir vu opérer, que, sans aucun titre à la confiance des électeurs, ou pouvait leur escamoter le faux-semblant de leur mandat, et les représenter malgré eux. C'est cet homme et quelques autres moralistes de la même école, qui nous ont donné le gouvernement responsable, des exemples de conduite politiques détestables, et quelques leçons utiles, comme celle-ci:

« Les habitants du Haut-Canada appellent à hauts cris le gouvernement responsable; les bonnes gens, bien assurément, ne savent pas ce que c'est, ce qu'ils veulent: n'importe, cela prouve du moins qu'ils sont bien las et excédés du Family Compact. »

Et cette autre bonne leçon, qui devrait nous guérir de cet esprit d'adulation et de courtisanerie coloniale, qui n'endort et ne trompe aucun homme sensé en Angleterre.

En fait de professions de loyauté, personne ne surpassera l'art, l'ardeur et l'infatigable persévérance du Family Compact à trompeter tout ce qu'il en avait, sous toutes les formes et formules imaginables.

Eh bien! qu'a-t-il gagné à tout ce vain étalage de ses friperies?

Comparé avec le parti des mécontents, il fut jugé par cet arrêt équitable:

« Malgré toutes ses professions de loyauté, le Family Compact ne vaut pas mieux que les autres. »

C'était à cause de tels antécédents que le dernier ministère était sans force et sans estime auprès du peuple, en minorité absolue parmi les électeurs, quoiqu'il eût dans la Chambre une faible majorité numérique, constitutionnelle, dans les notions et précédents bretons, avec les bourgs pourris créés d'après la sagesse de leurs ancêtres, au 12e siècle; usurpation dans les principes de la législation du 19e siècle, là où elle a été libre, où elle n'est pas enfargée sous l'accumulation de préceptes empruntés aux âges d'ignorance, où le droit de l'épée fonda des constitutions, que l'action de la presse broie et pulvérise incessamment pour les remouler et les refondre, d'après les besoins nouveaux de sociétés qui ne sont pas demeurées stationnaires pendant sept cents ans.

Il faut bien l'avouer, ce n'est pas avec une grâce parfaite, ni une logique très serrée, que l'opposition a pendant trois ans dénoncé ce ministère, exploitant dans l'intérêt de ses préjugés la majorité du peuple, quand en même temps elle n'a fait aucun effort pour demander un système de représentation vraie.

En apparence, c'était rapetisser les proportions de la politique générale à celles d'une politique personnelle que de ne pas entreprendre plus qu'on ne l'a fait en vue de réformer le système défectueux de représentation qui avait donné à ses adversaires le moyen de couvrir des apparences de la légalité un frauduleux exercice du pouvoir.

Quand on ne veut pas la fin, on ne tolère pas les moyens. On les dénonce, on les attaque en minorité comme en majorité. L'on s'engage ainsi, l'on se lie ainsi à faire prévaloir des principes vrais et salutaires, au jour où l'on sera saisi du pouvoir. Cet arrangement de bourgs et de comtés sas électeurs; cette combinaison européenne inepte en autant qu'appliquée à une société de cultivateurs indépendants, colonisés dans le voisinage des États-Unis, qui jouissent des avantages du suffrage quasi universel et de la représentation proportionnée à la population, était si évidemment bien adaptée pour assurer les résultats que l'on avait sous les yeux, que ceux qui ne s'efforçaient pas de déraciner le mal, avaient l'air de le cultiver comme pour l'exploiter à leur tour. Ils avaient l'air de tolérer le principe, de n'en haïr que la conséquence et l'application contre eux.

John George Lambton, 1er comte de Durham, gouverneur général de l'Amérique du Nord
Lord Durham, dans son rapport, avait remarqué que, dans le Haut-Canada, chaque Parlement avait depuis longtemps donné une majorité différente, tirée alternativement des deux partis qui le divisaient. L'observation a continué à recevoir son application. Deux élections ont eu lieu depuis cette époque. La précédente tory, la présente libérale et réformiste. Ces oscillations régulières de droite à gauche, entre des doctrines antipathiques et contradictoires, prouvent qu'il n'y a guère de foi et de croyances politiques dans le pêle-mêle de ses populations.

Il semble résulter de ces anomalies que le sort des élections aurait ci-devant dépendu de quelques étroites considérations de lucre et de gain, attendu des améliorations à faire dans le voisinage; autrement les hommes de la minorité, avouant effrontément des opinions politiques aussi odieuses dans tout le reste de l'Amérique, que celle d'après lesquelles ils ont si abusivement exercé le pouvoir et dilapidé la fortune publique, n'auraient jamais pu être élus.

Si les élections ne dépendaient ainsi que de l'âpreté à puiser dans le fonds commun pour l'appliquer à des intérêts de localité, il est bien déplorable que le Bas-Canada soit jeté dans une alliance forcée, où il est assuré de trouver que, de deux Parlements, l'un sera le mauvais. Le Parlement hostile le pillerait par droit d'habitude formée et de prescription acquise; par principe pour le punir de son radicalisme passé, présent et futur. Puis l'autre, le bon Parlement ami, lui demanderait à son tour une bien grande part, comme offrant la meilleure chance de conserver les libéraux au pouvoir. Nous avons cette année le bon Parlement, qu'il se hâte d'assurer la pureté des élections, l'égalité de droits entre les citoyens de toute origine, énumérés comme n'ayant qu'une valeur uniforme, sur chaque portion du territoire où ils sont établis; puis après cela tous, tories et libéraux, dépendront des suffrages des majorités et n'auront plus à craindre ni les fraudes électorales ni les résultats des élections.

Ces idées, il est vrai, sentent le voisinage; mais c'est que là dans un âge de lumières, sans être gênés par des antécédents inapplicables à un état de société où il n'y a que des propriétaires indépendants, ils ont trouvé ce qui convenait au système représentatif pour qu'il rendît la pensée et reflétât l'image véritable du peuple, tel que la situation le forme et le fait en Amérique.

L'analogie pourrait-elle échapper à nos observations, pourrions-nous échapper entièrement à son influence, quand malgré toutes les prédilections de rang, de caste, de fortune, d'éducation, de fierté nationale, le saisissant tableau de leur forte vitalité et de leur prospérité, et celui de la langueur de toutes les colonies anglaises, est déroulé avec tant de franchise et de profonde conviction dans les rapports de lord Durham? Nous ne pouvons l'éviter. Nous sommes déjà sous la protection des États-Unis, contre notre folle disposition à nous engager dans des dépenses extravagantes, dans des difficultés inextricables, dans des dettes impayables, si l'esprit qui a dominé depuis l'Union, l'ardeur imprévoyante à emprunter autant que peut s'étendre le crédit sans pourvoir en même temps à des fonds d'amortissement suffisants, continuait à prévaloir. Certes cette témérité serait bien plus fatale dans une colonie que dans un état indépendant, car l'impitoyable créancier est dans le Parlement dominateur.

Plusieurs des États de la confédération ont eu leurs jours de vertige et d'enivrement, dans lesquels rêvant des profits sans bornes, ils s'étaient engagés dans des dépenses excessives, jusqu'à ce que la perte du crédit occasionnât pour quelques-uns le malheur de la suspension; pour une couple d'entre eux, l'infamie de la répudiation.

Cette douloureuse expérience les a rendus sages, et le peuple de l'État de New York qui, en ?contravention?, a si paisiblement refondu et refait sa constitution l'an dernier, a imposé de sages restrictions gêner cette dangereuse propension à l'emprunt, qui l'avait travaillé comme il nous travaille aujourd'hui, en déclarant que nul emprunt ne serait fait, ni par la législature, ni par aucune corporation, à moins qu'il ne fût accompagné de la création d'un fonds d'amortissement, qui assurerait son remboursement sous dix-huit ans, et qu'en outre avant d'être effectué, il serait soumis à l'approbation ou à la désapprobation de tout le peuple, s'il était proposé pour l'état de tous les contribuables, s'il était proposé pour quelque corporation. Avec une telle législation, ses canaux seront bientôt rachetés. Il deviendra le maître de statuer que nous ne retirerons aucun revenu des nôtres; car, pouvant alors rendre les siens libres, il nous forcera à rendre libres les nôtres aussi, quoiqu'ils ne fussent pas rachetés.

Le gouvernement général est entré, avec énergie et succès, dans la voie de l'abaissement des tarifs de douane, en renonçant au système erroné des droits protecteurs de l'industrie nationale. Il a eu, par le bill de la sous-trésorerie, la sagesse de s'assurer une suffisante circulation métallique au lieu du système fautif de ses banques et de leurs excessives issues en papier. Sa récompense est un fait unique dans l'histoire, dans la facilité et le bas prix de ses emprunts à la fin de la guerre: à mesure qu'il devient plus puissant, plus inattaquable, ses ressources augmentent plus rapidement que ses dépenses. Tout lui profite.

La guerre vient de lui donner d'immenses territoires. Qu'ils fussent demeurés mexicains, d'ici à cents ans, ils n'avaient pas plus de valeur que les sables de l'Afrique. Devenus américains, ils acquièrent du jour au lendemain, par l'opinion qui prévaut dans le monde, de la bonté des institutions de ce pays, la même valeur qu'ont les autres terres de l'Union, dans les marchés de l'Europe entière.

Les convulsions et les terreurs qui vont si profondément remuer l'ancien monde vont faire affluer, plus abondants que jamais, les hommes et les capitaux aux États-Unis. Ils vendent plus de terres et peuvent proportionnément diminuer leurs tarifs de douane, et nous interdisent par là la faculté d'élever les nôtres. J'ai donc raison de dire que nous sommes sous leur protection contre notre entraînement insensé à continuer l'agiotage effréné qu'a accrédité lord lord Sydenham, jouant à coup sûr; lui qui ne regardait qu'au triomphe de ses plans pendant son passage éphémère au milieu de nous, parfaitement insouciant quant aux embarras, aux misères et aux scandales qu'il nous léguait.

Grâces leur soient rendues, nul gouvernement, nul homme d'État ne peut prétendre prélever un plus fort revenu des douanes et des canaux que celui qui est maintenant prélevé; et il faut pourvoir à l'amortissement de la dette! L'habileté du financier placé dans le voisinage d'un pays aussi prospère, ne peut plus se prouver par son ardeur à imaginer quelque taxe nouvelle imprévue (la contrebande en ferait bon marché), mais par son ardeur à proposer un nombre infini de réductions de dépenses et de réductions de salaires, auxquelles pas un de ses prédécesseurs n'aurait pensé. Et pour cela encore, les leçons et les exemples nous viendront, bien plus utiles et applicables, du voisinage que d'outre-mer.

Tout en priant l'honorable membre de Gaspé de retirer sa motion d'amendement, je dis comme lui: Oui, il est mieux que les solliciteurs généraux ne soient pas du Conseil exécutif, parce que les devoirs de leurs charges sont assez variés et importants pour les retenir utilement et constamment dans les cours de justice, pour qu'il ne leur reste pas le temps d'assister aux délibérations du conseil. Parce que si, dans l'exercice de leur ministère, ils donnaient de justes sujets de plaintes, par des hauteurs et des partialités condamnables, les individus lésés n'auraient pas la facilité ou du moins n'auraient pas l'espérance d'obtenir justice et réparation, s'ils les voyaient les égaux des autres conseillers et délibérant en secret avec eux sur toutes les matières d'État, d'autant plus souples et portés à flatter les opinions de la majorité qu'ils auraient plus d'intérêt à capter sa faveur, pour adoucir une sévérité méritée.

De même les commissaires des Travaux publics.

La nature des connaissances particulièrement nécessaires aux personnes appelées à cette situation sont plutôt celles de l'ingénieur civil, pour la juste appréciation de la bonté et de la solidité des travaux exécutés, et de la justesse des prix demandés, que celle de l'homme d'État.

Les membres choisis en cette occasion sont des hommes du premier mérite, nous le savons.

Il est possible qu'ils réunissent cette variété de connaissances qui se trouvera bien rarement dans la même personne; qu'ils sont également qualifiés pour la direction politique de l'État et pour la surveillance de travaux mécaniques. C'est une rare et heureuse exception. Mais il n'en est pas moins vrai qu'ils sont dans la nécessité d'être très fréquemment absents pour surveiller et diriger les travaux publics en voie d'exécution dans toutes les parties d'une province de plus de sept cents lieues de longueur, et qu'ils sont responsables d'une multitude de décisions journellement prises dans le cabinet en leur absence, et sur lesquelles ils n'auront pu être consultés.

Ce n'est pas juste, dira-t-on; c'est inévitable, dirai-je. Faut-il, dans les sociétés où un acte ministériel serait blâmé, dire: je m'en lave les mains, je n'y ai pas concouru? Ils ne le peuvent pas. Ils sont enchaînés par la religion du serment à taire le secret des délibérations du corps dont ils font partie. Ils sont pressés, on leur dit: plutôt que de participer à une erreur si grave, qui est sensible ici, qui éclate sous nos yeux, mais qui n'a pas été prévue par un cabinet claquemuré dans la ville, à mille milles d'ici, votre devoir est de résigner. Oh! diront-ils, ce n'est pas chose aisée que de troubler la stabilité d'une combinaison bonne en général, malgré des erreurs de détail. Un résignation ferait supposer des dissentiments profonds sur beaucoup de questions diverses, et personne de nous ne peut expliquer sur quel motif spécial elle serait fondée. Les résolutions prises, quoique défendues par tous, n'ont pas été adoptées à l'unanimité; fera-t-on dire par quelques amis qui, selon les avec qui ils se trouveront, feront de la diplomatie, persuadant à ceux-ci que M. tel approuve la mesure qu'ils approuvent; persuadant à ceux-là que le même personnage blâme et censure la mesure qu'ils censurent et qu'ils blâment?

Ce sont des inconvénients inséparables du système? dira-t-on. À un très faible degré dans une colonie qui comme telle n'a pas d'ennemis extérieurs avec qui le secret d'un État indépendant doit être gardé, de peur de se les attirer sur les bras.

Mais ici on les faits grands et nombreux, parce que sans raison et par une imitation servile de ce qui est porté moins loin, et de ce qui est quelquefois utile ou nécessaire dans les États indépendants, l'on a rendu le gouvernement local mystérieux comme un criminel. Plus un cabinet secret est nombreux, plus il expose à devenir faux et dissimulés ceux qui le composent, ceux qui le défendent; chacun cherchant à affaiblir sa responsabilité individuelle et celle de ses amis, ou se trouvant entraîné à défendre, contre ses convictions et en public, ce que dans la délibération il a consciencieusement repoussé.

Quant aux commissaires des Travaux publics sans cesse voyageant, sans cesse aux prises pour défendre la fortune publique contre l'intérêt privé, ils seront aussi obligés souvent de prendre des résolutions soudaines pour faire droit à de justes réclamations d'entrepreneurs, que des accidents imprévus et qui ne pouvaient être prévus arrêterait d'une manière ruineuse pour les intérêts publics; de leur adjuger des sommes additionnelles, d'ordonner des travaux nouveaux et dispendieux sur leur seule responsabilité, s'ils ne sont pas dans le cabinet; sur la responsabilité de leurs collègues absents, s'ils en font partie.

La compatibilité est-elle aussi facile, complète, indépendante, dans cette combinaison, que s'ils étaient des officiers nommés par le cabinet, et sous le contrôle absolu de son bureau d'audition des comptes? Ils se sont engagés précipitamment et d'urgence, le calme de la réflexion porte leurs collègues, engagés par eux et avec eux, à penser qu'ils auraient pu et dû ne pas assumer cette responsabilité, ceux-ci pourront-ils dire, en pleine liberté et sécurité, à des hommes qui peuvent faire et défaire à leur gré l'administration.

Mais, dira-t-on, la responsabilité est bien plus éparse dans la Chambre dont vous désirez grossir le nombre. Ah! la Chambre délibère en public, elle est sans cesse sous les regards et sous la main du peuple; plus elle est nombreuse, moins elle est exposée à être alléchée par les séductions des profits et de des honneurs que distribue le pouvoir.

Le grand nombre avec la publicité dégagent les représentants de toutes les vues égoïstes et ambitieuses, donnent la force et le courage de se dévouer à ce principe éminemment social et humanitaire, le plus grand bien du plus grand nombre, qui seul peut finir par procurer le plus grand bien possible pour tous.

Le grand nombre est pour nous un élément d'indépendance. Il est pour un cabinet secret, rétribué, et disposant du patronage exagéré de notre gouvernement ruineusement dispendieux, un élément de dépendance de la tourbe plus nombreuse, de la clientèle plus enhardie des solliciteurs, qui ont des relations plus intimes avec un plus grand nombre de protecteurs; est un élément d'instabilité, résultant de son trop de confiance en lui-même, de son indépendance un peu plus altière vis-à-vis du corps représentatif.

Peter McGill, président de la Bank of Montreal
Louis-Michel Viger, président à vie de la Banque du peuple, seigneur de Repentigny
J'admets encore que le président de l'une de nos banques n'aurait pas dû être appelé au ministère. Je sais bien que mon parent et ami est cet homme d'intégrité, dont la délicatesse et la probité sont au-dessus du soupçon, pour quiconque le connaît.

Moi, j'ai la même opinion des présidents de toutes nos banques, quoique j'ignore qui ils sont. Je sens trop fortement que des corps constitués comme le sont ces établissements ont un tel intérêt à ne pas mettre à leur tête que des hommes dont la probité commerciale est au-dessus du soupçon, que je suis très assuré d'avance que tous leurs présidents la possèdent au plus haut degré.

Mais la probité politique n'est pas la même pour tous les citoyens d'une société, divisée comme l'est la nôtre en partis inconciliables dans leurs principes et dans leur but. Le parti libéral veut une parfaite égalité de droits pour toutes les origines, le parti tory a voulu la domination pour une origine.

L'esprit de parti criera que le président d'une banque, trésorier de la province, peut avoir une influence indue à faire verser le trop-plein du trésor dans l'établissement qu'il dirige, plutôt que dans ceux avec qui, d'un moment à l'autre, le sien peut être en lutte.

Il n'y a pas de trop-plein dans le trésor, dira-t-on. Je le sais bien certes, mais cela ne saurait être qu'un accident passager apparemment, avec tout ce que promettent d'heureux avenir l'Union et le gouvernement responsable. D'ailleurs l'esprit de parti est injuste, les hommes d'aujourd'hui le dédaignent, jamais n'influera sur eux; que les politiques de toutes les nuances en soient bien persuadés; dès lors ni cette nomination, ni aucune autre de celles qu'ils feront, ne doivent être un sujet de plainte. À la bonne heure! mais l'autorité de l'exemple? S'il arrivait jamais que des hommes moins consciencieux fussent au pouvoir (ça s'est vu), fissent des nominations qui créeraient des alarmes, des jalousies, des rivalités entre les banques, leurs directeurs, leurs actionnaires, leurs obligés, craignant qu'un ou deux, ou plusieurs membres d'un cabinet ayant des intérêts personnels dans l'une d'elles, ne fissent servir leur gestion commune des fonds publics et du fond social à l'avantage de leur institution favorisée par cet arrangement, les libéraux alors se plaindraient comme ils le faisaient l'an dernier; mais, il faut bien en convenir, avec un peu moins d'autorité, si surtout c'était dans un avenir prochain!

Dans la présente occasion, c'est trop récemment que plusieurs des hommes qui sont au ministère et que la presse, qui est considérée comme l'interprète de leurs pensées, ont hautement blâmé le cumul de la charge de président de la banque de Montréal avec celle de membre du Conseil exécutif, dans une situation qui donnait moins de prise à la censure que la combinaison actuelle, pour qu'elle ne donne pas lieu de dire qu'en place l'on est d'une vertu moins farouche qu'on ne le fut quand on luttait pour y parvenir.

Rien de mieux pour se faire respecter que de ne pas se permettre ce que l'on a blâmé dans autrui; que de ne pas répudier quand on est au pouvoir aucune des thèses que l'on a soutenues, aucun des engagements que l'on a pris lorsque l'on était dans l'opposition.



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