Discours de Lucien Bouchard à l'occasion du 55e anniversaire de l'État d'Israël

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Discours de Lucien Bouchard à l'occasion du 55e anniversaire de l'État d'Israël
7 mai 2003

Transcrit par Benoît Rheault de:

La Presse



En ce jour anniversaire, nous sommes réunis pour saluer la démarche de solidarité et de démocratie qui a inspiré la création de l'État d'Israël. Nous voulons aussi témoigner de notre appui à cette grande aventure humaine.

L'ex-Premier ministre du Québec Lucien Bouchard.

Il y a 55 ans, le rêve d'un État juif souverain devenait réalité. Au lendemain d'une hécatombe qui avait ensanglanté le 20e siècle, l'Organisation des Nations unies prit elle-même naissance dans un mouvement d'espoir planétaire. Par un de ses premiers votes d'importance, elle voulut poser un geste de paix et de justice, en permettant à un peuple qui venait d'échapper à l'annihilation de retourner au foyer de son identité première et d'y exercer son droit à l'autodétermination.

Nous célébrons aujourd'hui un moment de grâce : la renaissance d'une nation, après deux millénaires de dispersion et de sévices, de fidélité et de courage.

C'est sous le signe des valeurs de démocratie et de paix que l'acte de naissance de cet ancien-nouveau pays a été lu, à la face du monde entier, le 14 mai 1948, par David Ben-Gurion.

Au coeur des engagements enchâssés dans sa Déclaration d'Indépendance, Israël proclame qu'il " sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix ainsi que cela avait été conçu par les prophètes d'Israël... assurera une complète égalité sociale et politique à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe... garantira la liberté de culte, de conscience, d'éducation et de culture... respectera les principes de la Charte des Nations unies. "

Premiers pas

Les contemporains se souviennent avec quel élan de confiance et de joie l'État d'Israël a fait ses premiers pas dans l'Histoire. On a vu des juifs d'Europe, d'Amérique, d'Afrique et d'ailleurs, jeunes et vieux, bien portants et malades, certains revenus des camps de la mort et de la négation de leur humanité, converger dans la ferveur vers la Terre de la Promesse enfin tenue. Israël est resté fidèle au message d'entraide de ses fondateurs, offrant un abri à tous les juifs, en détresse ou non, désireux de s'y établir.

Là s'est opérée une renaissance culturelle qui s'est notamment traduite par la résurrection de l'hébreu comme langue de la vie quotidienne. C'est le seul pays au monde où les bambins jouent dans la langue des prophètes, le seul endroit où les enfants ont dû, au début, enseigner à leurs parents la langue du nouveau pays. En ce jour d'anniversaire, il convient d'exprimer notre respect et notre soutien à ces hommes et à ces femmes qui, par leur travail, leur inventivité et leur persévérance, ont transformé ce patrimoine de l'antiquité en terre de progrès.

Forte de ses engagements démocratiques et de son droit à l'existence, Israël peut donc compter sur les amis que nous sommes.

Mais la célébration d'aujourd'hui ne peut se faire dans une joie sans mélange. Comment ne pas aussi éprouver de la tristesse devant tant d'incompréhension, de haine et de vies brisées ? À partir du moment où Israël a dû défendre son existence, le sang a coulé là-bas. Les guerres, les attaques terroristes et les ripostes fauchent toujours des vies humaines, souvent celles de femmes et d'enfants. J'estime nécessaire de rappeler ici que la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU du 29 novembre 1947, qui a enclenché le processus de création d'un État juif, a simultanément prévu l'instauration d'un État arabe sur l'autre territoire résultant de la partition de la Palestine d'alors.

Processus de paix

Au moment où, plus que jamais, s'impose la cessation des actes de violence sur les deux territoires, il importe d'insister sur la double nécessité de doter les Palestiniens de leur État et d'assurer la reconnaissance de la légitimité et du droit à l'existence de l'État d'Israël. N'allons pas rater l'occasion qui s'offre maintenant de lancer un processus de paix ouvert et réaliste, susceptible de déboucher sur une entente.

Les aspirations de ces voisins incontournables et les idéaux si noblement affirmés dans la Proclamation de 1948 ne peuvent en effet se réaliser que dans la paix. Or, laissée à elle-même, la logique du sang versé ne connaît pas de faille donc pas de fin. Aucun danger ne serait plus pernicieux que la soumission à l'apparence de l'inéluctable.

Au milieu des incertitudes et des angoisses de la situation actuelle, une chose est sûre : seule la paix est réparatrice. Elle seule préviendra d'autres souffrances, d'autres morts, d'autres vengeances, d'autres représailles. Elle seule a le pouvoir d'apaiser les douleurs, de cicatriser les blessures. Il n'y a pas d'autre chemin pour y arriver que la recherche pacifique, patiente et déterminée d'une entente qui garantira les droits et la sécurité de tous. Qu'ils fassent entendre leurs voix, les hommes et les femmes de paix qui briseront le cercle infernal de la violence !

Que les efforts des justes fassent en sorte qu'au bout de son long itinéraire de solidarité, d'épreuves et de courage, le peuple d'Israël puisse enfin goûter la paix et apporter sa pleine contribution à l'avancement des idéaux humains auxquels le voue sa destinée. Ainsi pourra se réaliser la réconciliation des enfants d'Abraham.

Note

Ce texte fut publié dans l'édition du 9 mai 2003 du journal montréalais La Presse.