Discours d'ouverture du XIVe Congrès national du Parti Québécois

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Discours d'ouverture du XIVe Congrès national du Parti Québécois



[...] Lors de mon discours d’assermentation comme Premier ministre, en janvier 1996, je résumais d’un mot la situation que tous pouvaient observer. Ce mot, c’était : difficile. Difficile, la vie de centaines de milliers de Québécoises et de Québécois privés d’emploi ou plongés dans la précarité; difficile de relancer l’économie; difficile de mettre fin à des décennies de budgets gouvernementaux financés par des déficits; difficile de gérer un État dépouillé de toute capacité de faire des choix de développement.

J’appelai alors à la rescousse Sénèque, homme politique, écrivain et philosophe romain. Sénèque, qui avait dit : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas; c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles. »

Il apparut donc que la riposte à « difficile », c’était, ce devait être le mot « oser ». Eh bien! nous avons osé.

[...] Rappelez-vous l’enseignement de Sénèque. L’antidote, c’est « oser ». Nous l’avons déjà fait, pour la plus grande confusion des sceptiques.

Mes amis, nous allons oser à nouveau. À partir de maintenant, nous osons placer à l’avant-scène du débat public la question de l’avenir politique du Québec.

Nous allons oser dire à nos concitoyens que le peuple québécois a une tâche à terminer; que nous devons compléter le parcours que nos prédécesseurs ont si vaillamment mené jusqu’à nous. Nous allons oser nous dire que tout dépend de nous, de notre solidarité, de notre imagination, de notre détermination. Nous allons oser dire aux Québécois qu’il faut mettre fin au gaspillage de nos énergies et consacrer toutes nos forces et toutes nos ressources à notre développement national. Nous allons oser rappeler les valeurs québécoises de démocratie, d’accueil, de compassion, de chaleur humaine, de fierté de notre histoire et d’acharnement à durer. Nous allons oser continuer à expliquer notre projet au Canada anglais et à tendre la main du partenaire que nous voulons être. Mais nous oserons aussi croiser le regard de l’incompréhension, forts de la légitimité de notre projet. Nous allons oser nous comporter comme un peuple que personne ne pourra culpabiliser de vouloir s’affirmer et prendre sa place aux côtés des autres.

Ce sera difficile, oui. Mais ce sera bien plus difficile si nous ne faisons rien. Il est bien plus facile de relever la tête et le regard et de choisir soi-même son avenir que de subir celui que d’autres nous imposent.

Car au bout de l’effort, je vois un peuple à la hauteur du pays dont il est capable, du pays qu’il fera, de son pays.

Je vois un peuple nouveau d’Amérique, fort de la vitalité de sa culture et de sa langue française.

Je vois un peuple respectueux des droits des nations autochtones, reconnus par des ententes librement négociées.

Je vois un peuple soucieux de protéger les droits de sa minorité anglophone. Je vois un peuple ouvert comme son grand fleuve qui l’a enrichi de tous les apports.

Je vois un peuple aux ambitions hautes et droites comme ses montagnes. Je vois le pays du Québec, ample comme ses forêts, vigoureux comme ses rivières.

Ce pays, je ne veux pas seulement le voir comme une terre promise, je veux que nous y entrions tous ensemble, le plus tôt possible.

Note

Ceci est un extrait traduit du document du Parti Québécois Notes pour une allocution du Président du Parti Québécois monsieur Lucien Bouchard.