Dîner patriotique et champêtre des femmes de Saint-Antoine

De La Bibliothèque indépendantiste
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Dîner patriotique et champêtre des femmes de Saint-Antoine
Sujets patriotes
16 septembre 1837



Nous étions sûr d'avance que le noble exemple donné par les dames patriotiques des Deux-Montagnes aurait des imitatrices. Nos belles compatriotes de St-Antoine viennent de se réunir, non pas, il est vrai, pour se former en une union organisée, mais pour donner un dîner champêtre qui, nous l'espérons, sera le prélude d'un association politique permanante, à l'instar de celle formée par leurs devancières. En attendant, toutefois, que ce beau projet se réalise, donnons les détails de la fête champêtre tels qu'on nous les communique dans une lettre datée 16 du courant; c'est une dame qui nous écrit :

Il n'y a pas que les hommes ici qui soient patriotes, les femmes aussi le sont, et c'est un titre dont elle s'honorent comme d'une vertu, ainsi que le prouve un dîner patriotique et champêtre donné par elles. J'étais une des conviées à ce banquet civique et comme je tiens à ce que les personnes de mon sexe, dans toute la province, soient instruites des sentiments de leurs compatriotes de ce canton, j'espère, M. l'éditeur, que vous voudrez bien me donner une place à cet effet dans votre journal. Je ne me propose pas d'entrer dans de minutieux détails, ce que je vais esquisser du tableau donnera une idée suffisante de son ensemble.

Après les invitations et les préliminaires indispensables, jeudi, jour fixé pour la réunion, les dames du haut et du bas de la rivière et quelques unes de St-Denis se réunirent au village d'où elles se rendirent en corps dans un bosquet entouré de superbes pins. Pour égayer leur marche et donner plus d'éclat à cette fête champêtre, elles étaient précédées d'une musique joyeuse et de drapeaux adaptés à la circonstance. Un grand nombre de dames des concessions s'étaient déjà agglomérées sous les pins, attendant la venue de leur concitoyennes, qui, en effet, ne tardèrent pas à paraître. Là, réunies en un seul groupe, elles employèrent les premiers instants de leur entrevue à se féliciter mutuellement de la manière la plus gracieuse et la plus cordiale, et ayant appelé la dame du capt. L. Durocher à la présidence, et mesdames Florintin Archambault, Pierre Casavant, Christophe Marchesault et François Courtemanche à la vice-présidence, 250 femmes prirent place sur le gazon servi d'un dîner abondant et qui pour être tout-à-fait à la canadienne n'en était ni moins exquis ni moins succulent. Il est inutile, après cela, de vous dire que tout article imposé était sévèrement proscrit de ce festin. Ces dames étaient encore à prendre leur repas lorsque une quarantaine de citoyens se rendirent auprès d'elles munis de leurs fusils qu'il déchargèrent plusieurs fois pour les saluer. Loin de fuir l'odeur de la poudre ou d'être effrayées par les détonations plusieurs d'entre elles, pour montrer qu'elles étaient capables au besoin de manier des armes à feu, prirent les fusils et tirèrent à leur tour avec un aplomb et une adresse admirables.

Après cette petite diversion il fut prononcé plusieurs discours éloquents, et proposé diverses santés dont voici les plus saillants : — Le peuple, — Nos soeurs patriotes du comté des Deux-Montagnes, — L'hon. L.-J. Papineau, — L'hon. D.-B. Viger, — La majorité de la Chambre d'assemblée, — Les officiers destitués, — Les réformistes du Haut-Canada — Le système électif — Les manufactures canadiennes et les patriotes, etc. etc. Toutes ces santés étaient accompagnées de remarques explicatives et faites avec beaucoup d'à-propos et de jugement.

Nous terminons ici notre extrait, l'espace ne nous permettant pas de reproduire tout le reste. Qu'il suffise de dire que 400 personnes environ, y compris celles du sexe, assistèrent à cette fête champêtre marquée au coin du plus pur patriotisme. Il est inutile d'ajouter que le tout se passa comme il faut et que les convenances ne furent pas un moment blessées. Nous apprenons avec plaisir qu'on se propose d'en faire autant dans plusieurs paroisses et que déjà les dames de St-Denis ont pris des mesures à cet effet. Nous félicitons nos belles compatriotes de leur résolution de nous aider dans nos efforts pour obtenir justice. Elles donnent une preuve d'un noble dévouement, et bien digne d'exemple. Elles seront citées comme des modèles de vertu, et elles feront l'orgueil et le bonheur de leurs époux.

La Minerve,
21 septembre, 1837



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