Bougainville sur les Québécois

De La Bibliothèque indépendantiste
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« Mémoire de Bougainville sur l'état de la Nouvelle France à l'époque de la guerre de sept ans (1757) », dans MARGRY, Pierre, Relations et mémoires inédits pour servir à l'histoire de la France dans les pays d'outre-mer, Paris, Challamel Aîné éditeur, 1867, p. 37-84. [TÉMOIGNAGE DE 1757]

Navigateur français né à Paris en 1729. Bougainville fait des études de droit et de mathématiques et, par la suite, il s'engage dans une carrière militaire qui lui permet d'accompagner Montcalm au Canada en 1756. En 1763, il entre dans la marine et se promène aux quatre coins du monde. Pour se reposer de ses travaux et de la guerre, Bougainville prend des notes sur tout ce qu'il juge propre à composer un journal dans le but de s'instruire sur ce qui l'entoure. Ainsi, lors de son retour en France, il partagera avec les siens ses mémoires. Il mourut à Paris en 1811.1

« Mœurs et caractères des Canadiens. -- Les simples habitans seroient scandalisés d'être appelés paysans. En effet, ils sont d'une meilleure étoffe, ont plus d'esprit, plus d'éducation que ceux de France. Cela vient de ce qu'ils ne payent aucun impôt, de ce qu'ils ont droit d'aller à la chasse, à la pêche, et de ce qu'ils vivent dans une espèce d'indépendance. Ils sont braves, leur genre de courage, ainsi que les sauvages, est de s'exposer peu, de faire des embuscades; ils sont fort bons dans le bois, adroits à tirer; ils se battent en s'éparpillant et se couvrant de gros arbres; c'est ainsi qu'à la Belle-Rivière2 ils ont défait le général Bradock. Il faut convenir que les sauvages leur sont supérieurs dans ce genre de combattre, et c'est l'affection qu'ils nous portent qui jusqu'à présent a conservé le Canada. Le Canadien est haut, glorieux, menteur, obligeant, affable, honnête, infatigable pour la c hasse, les courses, les voyages qu'ils font dans les Pays d'en Haut, paresseux pour la culture des terres. Parmi ces mêmes Canadiens, on met une grande différence pour la guerre et les voyages d'en Haut entre ceux du gouvernement de Québec et ceux du gouvernement des Trois-Rivières et de Mont-Réal, qui l'emportent sur les premiers, et ceux de Québec valent mieux pour la navigation; parmy ces habitans, ceux qui voyagent dans les Pays d'en Haut sont réputés les plus braves. »3 (pp. 65-66)

Notes

  • 1 Larousse 1866; Le Petit Robert 2. Dictionnaire universel des noms propres, 1986; VEYRON, Dictionnaire canadien des noms propres.
  • 2 Il s'agit de la municipalité de Saint-Gédéon. Cette municipalité est « [e]ntourée par Alma au nord, Saint-Bruno à l'est et Hébertville au sud-est [...]. Anciennement les lieux portaient le nom de Belle-Rivière, traduction du montagnais mirochipou ou milnushipu parce que le territoire est situé à l'embouchure de la Belle Rivière. » (Noms et lieux du Québec, p. 667, s. Saint-Gédéon.)
  • 3 Ce passage des Mémoires sur l'état de la Nouvelle-France de Bougainville se retrouve également dans Rapport de l'archiviste de la province de Québec 1923-24, p. 58. Nous n'avons remarqué que des différences orthographiques du type : sauvages remplacé par Sauvages, habitans par habitants, Mont-Réal par Montréal, etc.

« Instruction publique. -- On est peu occupé de l'éducation de la jeunesse4 , qui ne songe qu'à s'adonner de bonne heure à la chasse et à la guerre; cependant outre des écoles particulières, les jeunes gens vont apprendre un peu de latin aux Jésuites de Québec. Messieurs du séminaire de Québec, tenu par des prêtres des missions étrangères, ont un pensionnat avec des répétiteurs, et les jeunes gens vont au collége des Jésuites. Messieurs du séminaire de Saint-Sulpice, qui sont à Mont-Réal, ont aussi un prêtre occupé à montrer le latin à quelques jeunes gens. Il faut convenir que, malgré ce défaut d'éducation, les Canadiens ont de l'esprit naturellement; ils parlent avec aisance, ils ne sçavent pas écrire, leur accent est aussi bon qu'à Paris, leur diction est remplie de phrases vicieuses empruntées de la langue des sauvages ou des termes de marine, appliqués5 dans le style ordinaire; quoiqu'il n'y ait point de maîtres à danser dans le Canada, les femmes qui ont bonne grâce et de l'oreille dansent assez bien. »6 (p. 70

  • 4 On lit jeunessse dans l'original.
  • 5 On lit appliquées dans le texte.
  • 6 Passage qui se retrouve aussi dans le Rapport de l'archiviste de la province de Québec, 1923-1924, p. 61.