Aux électeurs de la Basse-Ville de Québec

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Aux électeurs de la Basse-Ville de Québec
Québec, 30 octobre 1810.




SOURCE: [1]



MESSIEURS,

JE vous prie de recevoir mes plus sincères remerciements pour la satisfaction que vous m’avez fait éprouver dans un moment où il était si précieux pour moi de n’être pas abandonné de vous. La seule satisfaction qui reste à vos représentants, lorsqu’ils ont éprouvé quelque mortification en vous servant, c’est de vous voir approuver leur conduite ; vous êtes leur seul appui, et s’ils perdaient cet appui il ne leur resterait plus rien.

SOYEZ persuadés que ma reconnaissance est d’autant plus vive que votre zèle a été plus pur : vous n’aviez rien à attendre de moi. Je ne puis accorder ni faveur ni avantages d’aucune sorte ; ma situation dans la société ne met rien en mon pouvoir qui puisse exciter l’ambition ni l’amour-propre de personne ; la seule bonne volonté que j’ai paru avoir de vous servir en commun avec le reste de mes compatriotes a été le seul motif de votre zèle.

CE qui me cause le plus de satisfaction, c’est que vous avez approuvé la conduite de la Chambre d’assemblée du dernier Parlement, malgré les reproches qui lui avaient été faits de ne s’être occupée que de question de pure formalité, et de ces questions qui ont été traitées de personnalités. Il était aisé d’être induit en erreur sur ces points ; car les questions de privilège sont celles qui paraissent sous la forme la moins avantageuse, et les fausses apparences de loyauté qu’on s’efforce ici de donner à ces déférences mal-entendues envers le représentant de Sa Majesté, pouvaient en imposer dans un pays où les idées de notre constitution sont encore nouvelles, et où tout ce qui a l’apparence de loyauté a tant d’empire sur les esprits : mais heureusement vous avez vu, et par votre moyen et votre exemple beaucoup d’autres ont vu, que ce qui faisait le sujet de ces reproches, était justement ce qui devait faire juger que la Chambre d’assemblée était demeurée fidèle à ses devoirs ; et que c’était un abus horrible de la loyauté, que de la faire consister à trahir ses devoirs dans la Chambre d’assemblée.

LES droits et les privilèges de la Chambre d’assemblée appartiennent au peuple de Sa Majesté dans cette province, ils ne sont confiés à ses représentants que pour en faire usage pour sa cause, et si par des complaisances et des déférences mal entendues, ils les sacrifient, c’est trahir leur devoir, et la confiance qui avait été mise en eux. Le but de tous ces droits et de tous ces privilèges, est de rendre la Chambre d’assemblée indépendante des autres branches de la législature, et de vous l’assurer ; ce sont comme les remparts qui la défendent de l’influence des autres branches et vous la conservent. Aussitôt que sous le prétexte de ces fausses idées de loyauté, une chambre d’assemblée les sacrifie, elle tombe dans la dépendance et cesse d’être à vous ; on ne sait plus ce qu’elle est, ni à qui elle appartient ; aussitôt même que vous voyez une Chambre d’assemblée commencer à être moins sévère sur l’observance de ses règles et sur ses privilèges, vous pouvez dire que ce qui l’occupe le plus n’est pas de vous demeurer fidèle, et qu’elle ne tardera pas à s’abandonner ; elle rougirait de le faire ouvertement, mais elle se livrera peu à peu.

AINSI, Messieurs, la vraie marque à laquelle on puisse reconnaître qu’une Chambre d’assemblée est demeurée fidèle à ses devoirs, c’est lorsqu’elle a bien soutenu tous ses droits et et ses privilèges.

JE crois devoir vous prévenir que j’ai eu l’honneur d’être élu au comté de Surry, et que les électeurs du comté de Leinster ont témoigné la bonne volonté de m’élire, si je n’étais pas élu ailleurs ; mais que le tout a été sans ma participation, et par le bon office d’amis que je ne connais pas encore. J’ai toujours eu la plus grande confiance en vous, et m’y suis entièrement reposé ; jugeant par la bonté de mes interventions, que vous ne m’abandonneriez pas dans un moment où votre jugement était celui qui seul pouvait me satisfaire.

LA manière impartiale et délicate dont M. l’officier rapporteur s’est conduit dans cette élection et la manière paisible et honnête dont tout s’y est passé, quoique dans une contestation très vive, font le plus grand honneur à tous ceux qui y ont été concernés. Et je prie M. l’officier rapporteur de recevoir mes sincères remerciements.

Je suis avec la plus vive reconnaissance,
Messieurs,
votre très-humble et très-obéissant serviteur

QUÉBEC le 30e octobre, 1809.



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