À tous les électeurs du Bas-Canada (1810)

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À tous les électeurs du Bas-Canada
Québec, 1810



MES COMPATRIOTES,

Les efforts que vous avez faits à la dernière élection n'ont pas été inutiles. La Chambre d'assemblée a eu plus de force qu'elle n'en avait jamais eu. Le payement de la LISTE CIVILE y a été proposé avec succès. Mais l'effet a été terrible; car le Parlement a été cassé, et vous allez voir des efforts incroyables à la prochaine élection pour vous faire abandonner les représentants en qui vous aviez confiance. Tout va être mis en œuvre; toutes les gazettes, jusqu'à celle de Québec, sont employées; et on en a encore mis une nouvelle sur pied en français. Tous les gens en place et tous ceux qui veulent en avoir sont en mouvement. Le coup a été terrible pour eux, ils l'ont senti jusques dans la moelle des os; mais quelque chose qu'ils fassent, quelque chose que vous voyez, tenez ferme, et soutenez vos représentants.

On croit le moment favorable. On espère vous épouvanter par la liste civile, et que la promptitude avec laquelle vont se faire les élections, ne vous laissera pas le temps de la réflexion.

Vous n'avez point de temps à perdre, allez-vous informer au plus vite à ceux en qui vous avez confiance, et faites-vous expliquer l'affaire.

On va vous prêcher le ménagement de votre bourse, on va crier aux taxes. Remarquez bien qui sont ceux qui ont coutume de parler de ménagement et de crier contre les taxes.

Ces personnes ne se sont pas récriées de voir augmenter les dépenses civiles tous les ans; elles ne se sont pas récriées lorsqu'on a proposé de mettre des taxes sur les terres il y a quelques années. Elles se sont toujours gardées jusqu'ici de vous parler de ces choses; elles jetaient les hauts cris ces dernières années, lorsqu'on publia un compte pour vous donner connaissance des dépenses de la province.

Croyez que ce n'est pas le désir de ménager votre bourse qui les agite si fort, mais que c'est bien plutôt le désir d'en avoir le ménagement eux-mêmes, et d'être les maîtres d'augmenter la dépense tant qu'ils voudront.

En 1795 la première fois que les comptes ont été envoyés à la Chambre, la dépense de la province ne montait qu'à 19 000 louis; en 1800, elle montait à 32 000 louis; et en 1807, qui est la dernière année dont on ait les comptes publics, elle montait à 43 000 louis.

Ils vous diront : « Que vous importe que la dépense augmente, ce n'est pas vous qui la payez toute. »

Il est vrai qu'il y en a une petite partie que nous ne payons pas, et qu'on se garde bien de nous faire payer, afin de pouvoir dire que nous n'avons pas le droit de nous mêler de la dépense.

Mais quand la dépense sera une fois augmentée autant qu'il aura plus aux gens en place, il faudra que quelqu'un soit chargé de la payer. Qu'est-ce qui doit en être chargé à la fin? — La mère-patrie n'a point établi de fond pour la payer; on tire ce qu'elle en paye actuellement, de la caisse militaire; cela pourra continuer tant qu'il ne s'agira que de bagatelles; mais quand les sommes seront devenues considérables, on nous dira : « Il est raisonnable qu'une province florissante comme celle-ci, paye ses propres dépenses; la mère-patrie est assez chargée des frais des guerres qu'elle a eu à soutenir pour la protection de l'empire; » et cela est raisonnable.

Il sera temps alors, disent les gens à places, de régler les dépense et on aura le même droit qu'à présent. — Mais quand la dépense sera trois ou quatre fois plus grande; il y aura trois au quatre fois autant de gens en places, qui auront trois ou quatre fois autant d'influence et de puissance, et qui crieront trois ou quatre fois autant; et si actuellement on a déjà tant de peine à s'en défendre, comment pourra-t-on le faire alors? Faut-il attendre qu'ils se soient entièrement emparé de la place, et qu'ils soit impossible de leur résister?

Ils vont vous exagérer les sommes qu'il faudrait payer, afin de vous épouvanter; les uns disent, il faut augment de 25 000 louis, d'autres de 40 000; on disait avant hier au greffe que c'était 25 000, aujourd'hui on dit que c'est 40 000; S'il fallait se régler sur leur appétit, la somme serait effectivement considérable; mais ce n'est pas là-dessus que la Chambre d'assemblée se réglera, à moins que le nombre des gens à places qui y seront ne l'emporte.

La somme à payer suivant les derniers comptes qui ont été publiés, serait de 16 000 louis. De ces 16 000 louis, 11 000 seraient payés par l'acte des prisons en le continuant, et il ne resterait plus que 5 000 louis, — une couple de chelins sur le vin de Madère et le vin de Porte et quelques sols sur le sucre blanc produiraient 8 000 louis, ce qui serait une somme plus que suffisante.

Mais c'est une autre cause de douleur que de parler de taxer le vin de Madère et le vin de Porte. Les gens en place ont une grande répugnance contre cette taxe. C'est aux électeurs à voir s'ils veulent régler sur le goût des malades; il n'y aura qu'à les mettre dans la Chambre. En deux mots, des gens en place veulent avoir entre leurs mains le ménagement de la bourse des électeurs, et le droit de taxer eux-mêmes.

Voulez-vous voir la dépense augmenter à la dévotion des gens en place, ou la régler vous-mêmes?

Voulez-vous voir taxer le vin de Porte et de Madère, ou voulez-vous voir taxer vos terres? — Voilà simplement de quoi il s'agit.

On vous parlera beaucoup de l'exclusion des juges de la Chambre, mais cet article n'est d'aucune importance à présent. — Il est actuellement décidé, d'après les instructions de Sa Majesté et les principes reconnus dans les deux branches de la législature, que les juges seront exclus; il n'était plus question, que de savoir si celui qui était élu, continuerait de siéger pendant le dernier Parlement, et la Chambre a décidé la question en l'excluant. On se récrie que la Chambre n'avait point ce pouvoir. Mais on voit bien qu'elle l'avait, et que les gens en place mêmes sont forcés de le reconnaître, puisqu'ils disent que c'est à cause de cette résolution que le représentant de Sa Majesté a été obligé de casser le Parlement. Si la décision de la Chambre n'avait pas été bonne, il n'y aurait pas eu besoin de casser le Parlement pour s'en débarrasser; il n'y aurait eu qu'à renvoyer le juge à la Chambre et le faire siéger à sa place comme à l'ordinaire.

Cette question au sujet des juges, qui était si difficile au commencement, est un point que les électeurs ont gagné, par leur constance à renvoyer au Parlement les membres qui l'avaient entreprise. — Voilà comment la constance des électeurs peut obtenir ce qui est juste, quelque difficile qu'il paraisse dans les commencements.

Je vous donnerai ici en deux colonnes les noms de ceux qui ont voté sur les deux questions au sujet de la liste civile, et du juge, car il est bien important pour vous de les connaître.

Noms des Membres qui ont voté pour la liste civile et pour l'exclusion du juge par résolution. Noms des Membres qui ont voté contre la liste civile et contre l'exclusion du juge par résolution.
MESSIEURS MESSIEURS
Durocher l. j. McCord l. j.
J. L. Papineau l. j. Rowen conseil ou avocat du roi l. j.
Lee l. j. Mure l. j.
Borgia l. j. Bell Les forges pour ... l. j.
Meunier habitant l. j. Denechaud une place d'officier pour son beau-frère l. j.
Taschereau l. j. Jones de Bedford l. j.
Viger l. j. Blackwood l. j.
Drapeau l. j. Gugy une place l. j.
Bernier habitant l. j. Ross Cuthbert une place l. j.
St-Julien habitant l. j. Duchesnay une petite place   j.
Bébard l. j. Badeaux une petite place   j.
Herbert habitant l. Gray   j.
Duclos habitant l. Jones de Québec   j.
Robitaille habitant l. j. J. Cuthbert   j.
Huot l. j.
Caron * l.
B. Panet l. j.
Louis Roi l. j.
Blanchet l. j.
Debartzch * l.
Beauchamp habitant l. j.
Bourdages habitant et not.   j.
Langlois   j.


Pour distinguer les question on a mis le deux lettre l. j. vis-à-vis du nom de ceux qui ont voté pour ou contre les deux questions; la lettre l. vis-à-vis des noms de ceux qui ont voté pour ou contre la liste civile seulement, et la lettre j. vis-à-vis des noms de ceux qui ont voté pour ou contre la question pour l'exclusion du juge.

*Messieurs Caron et Debartzch ont voté contre la résolution pour l'exclusion du juge.

Vous avez dans ces deux colonnes tous ceux qui ont voté sur les deux questions sur lesquelles on demande votre jugement. — C'est à vous à bien examiner ces questions, et à voir qui sont ceux qui ont mérité votre confiance. Il faut que vous vous décidiez pour l'une des deux colonnes, et que vous rejetiez l'autre entièrement; car il faut que ce soit tout un ou tout autre, afin que es questions soient décidées d'une manière claire et nette.

Je vous ai dit l'été dernier que si vous faisiez bien votre choix, le Parlement ne serait pas cassé deux fois; et cependant le voilà déjà cassé une. Votre choix a été mieux fait l'année dernière que de coutume, mais pas encore assez bien. Il ne s'est trouvé qu'une différence de trois voix sur la question du juge. Ce n'était pas assez; la majorité a paru faible, et a laissé des doutes et des espérances. Ainsi tout un ou tout autre afin que tout soit bien décidé.

Vous voyez que tous les gens en places sont dans la seconde colonne et qu'il n'y en a aucun dans la première, et qu'ainsi on peut appeler la seconde colonne, la colonne des gens à place.

On vous dira que ceux de la première, s'ils n'ont pas de places, désirent en avoir; c'est ce qu'ont coutume de dire les gens en place pour se défendre contre ceux qui n'en ont pas. Mais vous voyez que ceux de la première colonne ne peuvent avoir de place sans augmenter la dépense, et vous voyez aussi que ce sont eux qui font tous leurs efforts pour empêcher qu'elle n'augmente, tandis que ceux de la seconde colonne font tous leurs efforts pour qu'elle puisse être augmentée. Vous voyez d'un autre côté que la seconde colonne est celle qui est du côté du gouvernement, puisque c'est dans celle-là que sont les gens en place; ainsi ceux de la première colonne ne sont pas ceux qui suivent les opinions du gouvernement, et vous voyez bien que ce n'est pas le moyen d'avoir des places que de n'être pas de l'opinion du gouvernement. Il paraît donc que ceux de la première colonne ne sont pas ceux qui agissent pour leur intérêt. Je suis même persuadé en parcourant leurs noms, que chacun d'eux préfère l'honneur d'être dans cette colonne, à toute place qui pourrait l'en faire sortir. Ils ont même risqué de vous déplaire en donnant pour la liste civile un vote qui est si sujet à être mal vu au premier coup d'œil. Mais c'est à vous de décider.

Quand vous vous serez une fois décidés pour l'une des deux colonnes, vous pourrez facilement vous décider au sujet des membres qui ne sont ni dans l'une no dans l'autre de ces colonnes, et au sujet des nouveaux candidats; car vous verrez facilement dans laquelle des deux colonnes ils se rangeront. Par exemple, si c'est un homme à place vous êtes à-peu-près certains que c'est dans la seconde qu'il se placera. S'il est Canadien sans place et sans envie d'en avoir, (ce qu'il sera facile à connaître) vous êtes presqu'assurés qu'il sera dans la première colonne, car vous ne voyez de Canadiens dans la second que ceux qui ont des places, etc. etc.

Informez-vous promptement, faites votre choix, soutenez le avec fermeté et tranquillité, et ne soyez pas épouvantés du bruit. Pensez toujours de qui vous tenez votre Constitution et qu'elle vous a été donnée pour en user librement.

VOTRE AMI SINCÈRE.

Notes


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