Hind Swaraj

De La Bibliothèque indépendantiste
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Hind Swaraj ou l'autogouvernance
Traduit de l'anglais par :
Mathieu Gauthier-Pilote
octobre 2009


Lire le texte original :
Hind Swaraj




Note : Gandhi traite ici de l'influence de la pensée occidentale aux Indes, des désavantages de l'importation irréfléchie de l'éducation européenne et des effets néfastes de la langue anglaise.


[...]

CHAPITRE XVIII: ÉDUCATION

Lecteur: Dans l'ensemble de notre discussion, vous n'avez pas démontré la nécessité de l'éducation: nous nous plaignons toujours qu'elle soit manquante chez les nôtres. Nous remarquons qu'il y a un mouvement en faveur de l'éducation obligatoire dans notre pays. Le maharajah Gaekwar l'a introduite dans ses territoires. Tous les yeux sont rivés sur eux depuis. Nous bénissions le maharajah de l'avoir fait. Tous ces efforts sont-ils en vain?

Rédacteur: Si nous considérons que notre civilisation est la plus grande, je dois dire avec regret que la plus grande partie des efforts que vous avez décrits sont inutiles. L'intention du maharajah et d'autres grands dirigeants sur cette question est tout à fait pure. Ils méritent donc sans aucun doute les plus grands éloges. Mais nous ne pouvons nous cacher à nous-mêmes le résultat qui est susceptible de découler de leurs efforts.

Que signifie le mot éducation? Il signifie simplement la connaissance des lettres. Il est simplement un instrument et un instrument peut être bien ou mal utilisé. L'instrument qui peut guérir un patient peut être employé pour lui prendre sa vie, et il en va de même de la connaissance des lettres. Nous observons chaque jour que beaucoup d'hommes s'en servent mal alors que très peu s'en servent bien; et si cela est une affirmation exacte, nous venons de prouver qu'on s'en est servi pour faire plus de mal que de bien.

Le sens habituel de l'éducation est une connaissance des lettres. Enseigner à lire, écrire et compter aux garçons est ce que nous appelons l'enseignement primaire. Un paysan gagne son pain honnêtement. Il a une connaissance habituelle du monde. Il sait plutôt bien comment il doit se comporter avec ses parents, sa femme, ses enfants et ses convillageois. Il comprend et observe les règles de la morale. Mais il ne peut écrire son propre nom. Que pensez-vous accomplir en lui donnant une connaissance des lettres? Allez-vous augmenter à son bonheur? Désirez-vous le rendre insatisfait de son sort et de sa maison? Et même si c'est cela que vous voulez, il n'aura pas besoin d'une telle éducation. Emporté par le courant de la pensée occidentale nous sommes arrivé à la conclusion, sans peser le pour et le contre, que nous devions donner ce genre d'éducation au peuple.

Parlons maintenant de l'éducation supérieure. J'ai appris la géographie, l'astronomie, l'algèbre, la géométrie, etc. Qu'en est-il? De quelle façon en ai-je bénéficié ou fait bénéficier ceux autour de moi? Pourquoi ai-je appris ces choses? Le professeur Huxley a défini l'éducation en ces termes: « A reçu une éducation libérale celui qui dans sa jeunesse a été entraîné de sorte que son corps soit le serviteur de sa volonté, qui accomplit avec aisance et plaisir le travail dont il est mécaniquement capable; dont l'intellect est un froid moteur de logique dont toutes les parties sont d'une force égale et parfaitement ordonnées... dont l'esprit est rempli de la connaissance des vérités fondamentales de la nature... dont les passions sont domptées et soumises à une vigoureuse volonté, au service d'une conscience tranquille... qui a appris à détester tout ce qui est vilain et à respecter les autres tel qu'il se respecte lui-même. Un tel homme, je le conçois, a reçu une éducation libérale et est en harmonie avec la nature. Il obtiendra le meilleur d'elle et elle de lui. »

Si c'est cela la véritable éducation, alors je dois dire avec emphase que je n'ai jamais été capable de me servir des sciences énumérées plus haut pour contrôler mes sens. Par conséquent, que l'on reçoive une éducation primaire ou supérieure, ça ne nous sert pas au plus essentiel. Ça ne fait pas de nous des hommes. Ça ne nous rend pas apte à accomplir notre devoir.

Lecteur: S'il en est ainsi, alors je me dois de vous poser une autre question. Qu'est-ce qui vous rend capable de me dire toute ces choses? Si vous n'aviez pas reçu d'enseignement supérieur, comment auriez-vous été capable de m'expliquer toutes ces choses?

Rédacteur: Vous avez bien parlé. Mais ma réponse est simple: Je ne crois pas un seul instant que ma vie aurait été gâchée si je n'avais pas reçu d'enseignement supérieur ou primaire. Je ne considère pas non plus que je serve nécessairement le bien parce je parle. Mais j'éprouve le désir de servir et en tâchant de réaliser ce désir, je fais usage de l'éducation que j'ai reçu. Et, si j'en fait un bon usage, ça ne veut pas dire qu'il est en de même pour le plus grand nombre, car je ne peux m'en servir que pour convaincre des gens comme vous, ce qui soutien mon affirmation. Vous et moi sommes tombés victimes du fléau de ce qui est principalement une fausse éducation. Je prétend m'être libéré de ses effets néfastes, et j'essaye de vous faire bénéficier de mon expérience, et ce faisant je démontre la pourriture de cette éducation.

D'ailleurs, je n'ai pas critiqué la connaissance des lettres dans les circonstances. Tout ce que j'ai voulu montré c'est qu'il ne faut pas en faire un fétiche. Ce n'est pas notre Kamadhuk. Bien à sa place, elle peut être utile et elle est bien à sa place lorsque nous avons maîtrisé nos sens et posé notre éthique sur une base solide. Et alors si nous sommes enclins à recevoir ce type d'enseignement, nous pouvons en faire un bon usage. Il est susceptible de nous aller bien comme ornement. Il suit de tout ça qu'il n'est pas nécessaire de rendre cet enseignement obligatoire. Notre ancien système scolaire est suffisant. La formation du caractère est en son cœur et c'est cela l'enseignement primaire. Un édifice construit sur une telle fondation saura durer.

Lecteur: Dois-je comprendre que vous ne juger pas l'éducation anglaise nécessaire à l'obtention de l'autogouvernance?

Rédacteur: Ma réponse est oui et non. Donnez aux masses une connaissance de l'anglais c'est les rendre esclaves. La fondation que Macaulay a établit pour l'éducation nous a rendu esclaves. Je ne suggère pas qu'il en ait eu l'intention, mais ce fut son résultat. N'est-il pas triste de penser que nous soyons obligé de parler d'autogouvernance dans une langue étrangère?

Et il est bon de noter que les systèmes éducatifs que les Européens ont rejetés sont les systèmes à la mode chez-nous. Leurs hommes instruits font continuellement des changements. Nous adhérons par ignorance aux systèmes qu'ils ont récusés. Ils essayent en ce moment de faire en sorte que chaque division territoriale améliore sa propre condition. Par exemple, le Pays de Gales est une petite partie de l'Angleterre. De grands efforts sont en cours afin de promouvoir la connaissance du gallois parmi les Gallois. Le chancelier anglais, M. Lloyd George, joue un rôle de premier plan dans le mouvement qui tente de faire en sorte que les enfants gallois parlent le gallois. Et pendant ce temps où en sommes nous? Nous nous écrivons dans un anglais défectueux, et à cause de ça, même nos détenteurs de maîtrise ne sont pas libres; nos meilleures pensées sont exprimées en anglais; les activités de notre Congrès se déroulent en anglais; nos meilleurs journaux sont imprimés en anglais. Si cet état de choses continue pendant longtemps, la postérité, c’est mon opinion sincère, nous condamnera et nous maudira.

Il vaut aussi la peine de noter qu'en recevant l’éducation anglaise, nous avons asservi la nation. L'hypocrisie, la tyrannie, etc., ont augmenté; les Indiens qui connaissent l'anglais n’ont pas hésité à tromper et à semer la terreur parmi le peuple. Maintenant, si par nos actions nous accomplissons quoi que ce soit de positif pour le peuple, nous n'auront repayé seulement qu'une partie de notre dette envers lui.

N’est-ce pas douloureux de penser que si je désire me rendre dans une Cour de justice, je dois utiliser l'anglais comme moyen de communication, et que si je deviens avocat, je ne peux pas utiliser ma langue maternelle et que quelqu'un d'autre doit traduire pour moi à partir de ma propre langue? N’est-ce pas totalement absurde? N'est-ce pas un signe d’esclavage? Dois-je blâmer les Anglais ou moi-même pour cette chose? C'est nous, les Indiens qui connaissons l'anglais, qui avons asservi l'Inde. Le malheur de notre nation reposera non pas sur les Anglais mais sur nous-mêmes.

Je vous ai dit que ma réponse à votre dernière question est à la fois oui et non. Je viens d'expliquer pourquoi je dis oui. Je vais maintenant expliquer en quoi je dis non.

Nous sommes à tel point assaillis par la maladie de la civilisation, que nous ne pouvons pas nous défaire entièrement de l'éducation anglaise. Ceux qui l'ont déjà reçu peuvent en faire un bon usage là où c'est nécessaire. Dans nos rapports avec le peuple anglais, dans nos rapports avec notre propre peuple, lorsque nous ne pouvons correspondre qu'au moyen de cette langue, et en vue d'apprendre à quel point les Anglais eux-mêmes sont dégoûtés de leur civilisation, nous pouvons nous servir de l'anglais ou alors l'apprendre, selon le cas. Ceux qui ont appris l'anglais devront enseigner la morale à leurs enfants au moyen de leur langue maternelle et pour leur apprendre une seconde langue indienne; Mais une fois adulte, les enfants pourront aussi apprendre l'anglais, notre but ultime continuant d'être que nous n'en ayons jamais besoin. De ce fait, gagner de l'argent [au moyen de l'anglais] devrait être évité. Même en apprenant l'anglais à des fins aussi limitées, nous devrons décider ce qu'il faudra et ne faudra pas apprendre au moyen de cette langue. Il nous faudra décider quelles sciences nous devrons apprendre. Un peu de réflexion devrait vous faire voir qu'aussitôt que nous ne seront plus intéressés aux diplômes anglais, les dirigeants redresseront leurs oreilles.

À TRADUIRE


Reader: Then what education shall we give ?

Editor: This has been somewhat considered above, but we will consider it a little more. I think that we have to improve all our languages. What subjects we should learn through them need not be elaborated here. Those English books which are valuable, we should translate into the various Indian languages. We should abandon the pretension of learning many sciences. Religious, that is ethical, education will occupy the first place. Every cultured Indian will know in addition to his own provincial language, if a Hindu, Sanskrit ; if a Mahomedan, Arabic ; if a Parsee, Persian ; and all, Hindi. Some Hindus should know Arabic and Persian ; some Mahomedans and Parsees, Sanskrit. Several Northerners and Westerners should learn Tamil. A universal language for India should be Hindi, with the option of writing it in Persian or Nagari characters. In order that the Hindus and the Mahomedans may have closer relations, it is necessary to know both the characters. And, if we can do this, we can drive the English language out of the field in a short time. All this is necessary for us, slaves. Through our slavery the nation has been enslaved, and it will be free with our freedom.

Reader: The question of religious education is very difficult.

Editor: Yet we cannot do without it. India will never be godless. Rank atheism cannot flourish in this land. The task is indeed difficult. My head begins to turn as I think of religious education. Our religious teachers are hypocritical and selfish; they will have to be approached. The Mullas, the Dasturs and the Brahmins hold the key in their hands, but if thev will not have the good sense, the energy that we have derived from English education will have to be devoted to religious education. This is not very difficult. Only the fringe of the ocean has been polluted and it is those who are within the fringe who alone need cleansing. We who come under this category can even cleanse ourselves because my remarks do not apply to the millions. In order to restore India to its pristine condition, we have to return to it. In our own civilization there will naturally be progress, retrogression, reforms, and reactions; but one effort is required, and that is to drive out Western civilization. All else will follow.