Analyse d'un entretien sur la conservation des établissements du Bas-Canada, des lois, des usages, etc. de ses habitants

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Analyse d'un entretien sur la conservation des établissements du Bas-Canada : des lois, des usages, etc. de ses habitants
Imprimé chez J. Lane, 1826, 46 p.



Avertissement

Eu présentant cet ouvrage au public, on croit devoir avertir que ce n'est point un tableau d'imagination; que le titre qu'il porte n'est point une invention de l'auteur pour piquer la curiosité. C'est une réalité. Il rend compte d'un entretien qu'il a eu en effet, il y a un peu plus de six ans. On verra comment il fut provoqué.

Ce petit ouvrage fait partie d'un journal tenu et écrit en forme de lettres pendant le cours d'un voyage fait dans un des états voisins, et d'une résidence de plusieurs semaines dans les environs de sa capitale. À l'exception d'une couple de ces lettres qui ont vu le jour dans deux de nos feuilles périodiques, il est resté inédit.

De toutes les lettres dont ce journal se compose, celle-ci est de beaucoup la plus longue. Il suffit de considérer la nature du sujet qui s'y trouve discuté pour en sentir la raison. On imagine bien aussi que ceux dont-il est question dans les autres sont assez généralement étrangers à celui-ci. On pouvait dès lors convenablement la détacher du reste, et on a pris en conséquence le parti de la publier séparément.

Il est à propos de faire remarquer qu'il y a déjà près de dix huit ans qu'il parut à Montréal, une petite brochure sur le même sujet. Ce n'était comme celui-ci qu'un essai très imparfait. Il dut pourtant faire quelque sensation alors; l'auteur y défendait les vrais intérêts du gouvernement, en défendant la cause de ses compatriotes que l'on calomniait alors comme on les avait calomniés à diverses époques depuis la conquête, ce que l'on fit, surtout deux ans après, comme on les a si souvent calomniés depuis, comme on l'a fait encore récemment. On imagine bien qu'il n'a pas été épargné lui-même. Cependant les préjugés et les passions n'ont pas pu réussir à effacer entièrement l'impression qui en était résulté, encore moins à ébranler les faits qu'il invoquait. Les événements qui ont suivi, prévus et annoncés alors, ont mis le sceau à l'évidence de ces importantes vérités. Les faits eux-mêmes se sont multipliés et ont jeté sur elles un éclat encore plus frappant. Les intrigues ni la violence ne pouvaient les obscurcir sans retour. D'un autre côté, si l'auteur a bien vu alors, ce n'est pas à une sagacité particulière qu'il doit cet avantage. Mais il aimait son pays; il était attaché à son gouvernement dont il respecte dont il chérit les principes. Il était guidé dans ses recherches par le sentiment des obligations qui le liaient à l'un et à l'autre. Cette politique en vaut bien une autre. Avec ce fil, il est aisé de ne pas s'égarer.

Maintenant, laissant de côté tous les faits antérieurs à 1810, et détournant les yeux du tableau que nous présente cette lugubre et trop mémorable époque, je demanderais à tout homme pénétré d'un attachement sincère et éclairé pour le gouvernement anglais, s'il peut croire que les événements de la dernière guerre eussent suivi la direction qu'on leur a vu prendre, en supposant que les vœux des ennemis des Canadiens et de leurs établissements eussent été comblés, et que les idées que le gouverneur Craig lui-même parut un instant adopter se fussent réalisées.

On voudra bien se rappeler qu'il n'était question de rien moins que de renverser tout l'édifice des droits des Canadiens: c'était des séditieux, des rebelles, des traîtres. Il fallait suivre pour ce pays la marche tracée par le gouvernement de l'Irlande dans des temps de fanatisme, de barbarie ou d'ignorance, et on n'a pas rougi de l'écrire même depuis. Il fallait proscrire les établissements des anciens habitants de la Province, leurs lois, leurs usages. C'était les proscrire eux-mêmes. On le sentait. On les trouvait de trop sur cette terre qui leur avait donné naissance, arrosée de leur gang, honorée par leur valeur, comme si leur présence l'avait souillée. Enfin on allait jusqu'à méditer le renversement de la forme du gouvernement lui-même, demander à grands cris qu'on leur arrachât cette constitution devenue l'objet de notre juste attachement, parce qu'elle pouvait nous fournir quelques moyens de résister à ces projets de spoliation.

Revenant à l'auteur des considérations, observons encore qu'il rappelait à l'administration ce qu'elle devait aux Canadiens à titre de devoir et de justice, comme pour l'intérêt du gouvernement de la mère-patrie elle-même. Il lui faisait remarquer qu'arracher à un peuple les établissements dont on ne pouvait le priver sans injustice, ce n'était pas seulement l'immoler à la cupidité, fournir des prétextes pour le tyranniser, mais encore le rendre étranger à son gouvernement, déraciner dans le cœur des citoyens tout sentiment d'intérêt dans la chose publique, qui seul peut nourrir et fortifier celui de l'attachement envers la métropole. Il faisait voir que cette vérité de tous les temps et de tous les lieux était surtout applicable à cette Province à raison de sa situation particulière, des rapports dans lesquels elle se trouvait et avec sa métropole et avec les pays dont le nôtre était environné, et de plusieurs autres circonstances également frappantes. Il observait surtout qu'en suivant cette conduite, on privait l'Angleterre de l'ascendant de son influence morale sur cette colonie, pour donner ce levier à une autre puissance qui ne pouvait en user qu'au préjudice de celle à qui on l'enlevait, aussi bien que de ses propres enfants. Enfin il faisait voir clairement que le gouvernement français lui-même n'avait successivement perdu ses colonies de l'Amérique du nord que parce qu'il y avait foulé aux pieds les droits de ses sujets et paralysé les efforts du plus noble patriotisme, en mettant le despotisme à la place des lois.

Ce sont ces importantes considérations qui se trouveront de nouveau développée dans la lettre que l'on va lire. Le public sentira de lui-même les motifs qui ont porté à mettre ce tableau sous ses yeux, sans qu'on ait besoin d'entrer dans aucune explication à ce sujet.

1er septembre, 1819

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