« Manifeste du Club national démocratique » : différence entre les versions
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LES MEMBRES DU CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE, À LEUR COMPATRIOTES. | LES MEMBRES DU CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE, À LEUR COMPATRIOTES. | ||
En venant exposer aujourd'hui à nos compatriotes l'idée première qui présida à la formation du CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE; en développant le sommaire des principes que nous avons établis comme devant nous servir de boussole dans notre marche; nous croyons remplir envers le peuple le double devoir que nous imposent et notre qualité de | En venant exposer aujourd'hui à nos compatriotes l'idée première qui présida à la formation du CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE; en développant le sommaire des principes que nous avons établis comme devant nous servir de boussole dans notre marche; nous croyons remplir envers le peuple le double devoir que nous imposent et notre qualité de [[w:fr:démocratie représentative|démocrate]]s et notre titre de [[w:fr:canadien français|canadien]]s. Or, voici en quoi consiste, selon nous, cette double obligation. | ||
Comme démocrates, nous devons à notre conscience aussi bien qu'à la légitimité de la cause que nous jurons de défendre toute notre vie, de soutenir constamment et sans déguisement toute idée et tout fait tendant au perfectionnement de l'état politique et matériel des peuples. D'après le même principe, nous devrons aussi combattre les obstacles, quels qu'ils soient et de quelque part qu'ils viennent, dès lors qu'ils pourraient nuire à l'accomplissement de la grande œuvre de régénération qu'il est donné à notre siècle d'accomplir. | Comme démocrates, nous devons à notre conscience aussi bien qu'à la [[wikt:fr:légitimité|légitimité]] de la cause que nous jurons de défendre toute notre vie, de soutenir constamment et sans déguisement toute idée et tout fait tendant au perfectionnement de l'état politique et matériel des peuples. D'après le même principe, nous devrons aussi combattre les obstacles, quels qu'ils soient et de quelque part qu'ils viennent, dès lors qu'ils pourraient nuire à l'accomplissement de la grande œuvre de régénération qu'il est donné à notre siècle d'accomplir. | ||
Ensuite, comme canadiens, nous devons à notre | Ensuite, comme canadiens, nous devons à notre cœur aussi bien qu'à l'attachement que nous conservons pour notre origine d'appuyer toujours et dans tout, les sentiments et les actions qui auront pour point de mire la conservation de notre [[wikt:fr:nationalité|nationalité]], le progrès moral et intellectuel de nos compatriotes. Et ici, disons-le en passant, nous prévoyons déjà l'opposition qu'on voudra nous susciter, nous entendons déjà les paroles de colères et de haine qu'on pourra nous adresser. - Au tout nous répondrons, qu'en proclamant les principes purs et sacrés de la démocratie, nous nous attendions à entendre retentir à nos oreilles les cris discordants de nos antiquaires politiques, de ces hommes pour lesquels l'ordre consiste dans la conservation sur toutes choses de la poussières d'un autre âge, de ces hommes dont les [[wikt:fr:maxime|maximes]] et la conduite suintent journellement les principes fangeux et croupis du [[wikt:fr:servilisme|servilisme]] et du ''[[wikt:fr:statu quo|statu quo]]'' politique. | ||
Mais est-ce parce que nous rencontrerons de ces hommes en quelque sorte rétrogrades par manie, que nous devrons taire les principes dont l'application aura pour conséquence nécessaire l'avantage des masses?... Est-ce parce qu'on tentera de défigurer la cause du peuple que nous devrons l'abandonner, et cela de peur d'être compris dans l'ostracisme dont tout pouvoir despotique s'efforce de frapper les tentatives de liberté? Jamais. - Nous aimons nos croyances démocratiques, parce que nous les fondons sur des convictions justes et honnêtes; nous avons la volonté et le désir de travailler avec ordre et énergie à l'amélioration de notre système politique; et dès lors rien ne nous fera reculer, rien ne nous fera chanceler. | Mais est-ce parce que nous rencontrerons de ces hommes en quelque sorte rétrogrades par manie, que nous devrons taire les principes dont l'application aura pour conséquence nécessaire l'avantage des masses?... Est-ce parce qu'on tentera de défigurer la cause du peuple que nous devrons l'abandonner, et cela de peur d'être compris dans l'[[w:fr:ostracisme|ostracisme]] dont tout pouvoir [[w:fr:despotisme|despotique]] s'efforce de frapper les tentatives de liberté? Jamais. - Nous aimons nos croyances démocratiques, parce que nous les fondons sur des convictions justes et honnêtes; nous avons la volonté et le désir de travailler avec ordre et énergie à l'amélioration de notre [[w:fr:système politique|système politique]]; et dès lors rien ne nous fera reculer, rien ne nous fera chanceler. | ||
Y a-t-il présomption ou entêtement puéril dans cette fixité de but, dans cette assurance de marche?... Nous ne le croyons pas. Si nous voulons le règne du peuple, c'est parce que Dieu et la raison l'ont voulu avant nous. Si nous demandons l'extension des principes démocratiques, c'est parce qu'ils sont essentiellement appuyés sur le droit et la justice. | Y a-t-il présomption ou entêtement puéril dans cette fixité de but, dans cette assurance de marche?... Nous ne le croyons pas. Si nous voulons le règne du peuple, c'est parce que [[w:fr:Dieu|Dieu]] et la [[w:fr:raison|raison]] l'ont voulu avant nous. Si nous demandons l'extension des principes démocratiques, c'est parce qu'ils sont essentiellement appuyés sur le droit et la justice. | ||
Et qui donc pourrait nous nier cette légitimité de la cause que nous défendons?... Les notions les plus simples des motifs qui réunirent les hommes en société, nous disent, que plus le pouvoir du peuple est élargi, et plus la société se rapproche du but pour lequel les hommes l'établirent, c'est-à-dire l'avantage et le bonheur de tous. Or, ceci étant, chaque fois qu'un pouvoir s'écarte de ce principe d'intérêt particulier, il viole le droit du plus grand nombre; il s'attaque donc à la base même de la société; et il n'est donc plus un pouvoir légitime, puisqu'il renverse l'ordre établi par la communauté des hommes, ordre qu'il est chargé de conserver et de garder, non pas de nier et de fouler aux pieds. | Et qui donc pourrait nous nier cette légitimité de la cause que nous défendons?... Les notions les plus simples des motifs qui réunirent les hommes en société, nous disent, que plus le pouvoir du peuple est élargi, et plus la société se rapproche du but pour lequel les hommes l'établirent, c'est-à-dire l'avantage et le bonheur de tous. Or, ceci étant, chaque fois qu'un pouvoir s'écarte de ce principe d'intérêt particulier, il viole le droit du plus grand nombre; il s'attaque donc à la base même de la société; et il n'est donc plus un pouvoir légitime, puisqu'il renverse l'ordre établi par la communauté des hommes, ordre qu'il est chargé de conserver et de garder, non pas de nier et de fouler aux pieds. | ||
De ces principes fondamentaux, nous concluons que tout pouvoir qui remplit ces conditions essentielles du pacte social est légitime et régulier; que tout pouvoir qui s'en écarte devient par là même arbitraire et illégal. | De ces principes fondamentaux, nous concluons que tout pouvoir qui remplit ces conditions essentielles du [[w:fr:contrat social|pacte social]] est légitime et régulier; que tout pouvoir qui s'en écarte devient par là même [[wikt:fr:arbitraire|arbitraire]] et illégal. | ||
Ces principes généraux, proclamés par la nature même des conventions qui réunissent les hommes en société, suffisent pleinement pour nous démontrer la légitimité des révolutions démocratiques du jour. Aussi c'est à l'arbitrage de la raison, du droit et de l'immuable vérité que nous soumettons le jugement de la cause des nations vis-à-vis de leurs gouvernements. Dès-lors, qu'elle est la voix sainte, calme et impartiale qui puisse condamner le peuple, ce martyr de dix siècles, alors que soulevant sa poitrine brisée par une longue oppression, il veut enfin respirer à pleins poumons cet air de liberté qui doit sécher les sueurs de son travail, qui doit humecter la sécheresse de sa vie? Puis, nous le demandons encore à ce même tribunal?... Quel est le potentat légitime?... Est-ce la masse entière d'un peuple, demandant pouvoir et liberté au nom de Dieu et du droit naturel? Ou bien est-ce l'homme isolé, soutenant son privilège de tyrannie, sa patente d'oppression, par droit de lignée et d'hérédité? | Ces principes généraux, proclamés par la nature même des conventions qui réunissent les hommes en société, suffisent pleinement pour nous démontrer la légitimité des révolutions démocratiques du jour. Aussi c'est à l'arbitrage de la raison, du droit et de l'immuable vérité que nous soumettons le jugement de la cause des nations vis-à-vis de leurs gouvernements. Dès-lors, qu'elle est la voix sainte, calme et impartiale qui puisse condamner le peuple, ce martyr de dix siècles, alors que soulevant sa poitrine brisée par une longue oppression, il veut enfin respirer à pleins poumons cet air de liberté qui doit sécher les sueurs de son travail, qui doit humecter la sécheresse de sa vie? Puis, nous le demandons encore à ce même tribunal?... Quel est le [[wikt:fr:potentat|potentat]] légitime?... Est-ce la masse entière d'un peuple, demandant pouvoir et liberté au nom de Dieu et du [[w:fr:droit naturel|droit naturel]]? Ou bien est-ce l'homme isolé, soutenant son privilège de tyrannie, sa patente d'oppression, par droit de lignée et d'[[wikt:fr:hérédité|hérédité]]? | ||
Il est moralement impossible qu'on ne fasse point cette réponse dictée par le sens commun: « C'est l'individu qui a tort; c'est le million d'hommes qui a droit » ....... | Il est moralement impossible qu'on ne fasse point cette réponse dictée par le [[w:fr:Bon sens|sens commun]] : « C'est l'individu qui a tort; c'est le million d'hommes qui a droit » ....... | ||
Allant plus loin, nous maintiendrons que déjà aujourd'hui tout pouvoir monarchique ne peut que nuire au progrès social. Et ceci résulte non seulement, comme l'avons déjà observé, de la nature même de la société, mais aussi de ce fait éclatant du jour, savoir: que les transactions, le commerce et l'industrie des peuples du siècle réclamant de plus en plus énergiquement la ''popularisation'' du pouvoir. Il faut que chaque individu compte pour une partie intéressée de la société; il faut qu'il ait ses droits de citoyen; et ceci n'est que justice, n'est que raison, vu que dans le temps actuel chaque homme travaille dans sa sphère pour lui-même d'abord et par suite pour la société; vu que chaque homme est producteur aussi bien que consommateur; | Allant plus loin, nous maintiendrons que déjà aujourd'hui tout pouvoir monarchique ne peut que nuire au progrès social. Et ceci résulte non seulement, comme l'avons déjà observé, de la nature même de la société, mais aussi de ce fait éclatant du jour, savoir : que les transactions, le commerce et l'industrie des peuples du siècle réclamant de plus en plus énergiquement la ''popularisation'' du pouvoir. Il faut que chaque individu compte pour une partie intéressée de la société; il faut qu'il ait ses [[droits de citoyen]]; et ceci n'est que justice, n'est que raison, vu que dans le temps actuel chaque homme travaille dans sa sphère pour lui-même d'abord et par suite pour la société; vu que chaque homme est producteur aussi bien que consommateur; [[wikt:fr:axiome|axiome]]s qui, pour l'esprit sérieux et libéral, doivent évidemment avoir pour corollaire l'extension de la liberté civique de tous et chacun des membres du corps social. | ||
Avec un système prohibitif pour la liberté des peuples, l'histoire vous dira combien rapidement doit s'affaiblir une nation, tandis qu'elle vous dira aussi comment de larges et fortes libertés pourront créer en 50 ans un des plus forts peuples du globe. Espagne et États-Unis!..... voilà deux sujet d'enseignements profonds pour tout homme qui voudra établir un parallèle entre un gouvernement populaire et un gouvernement monarchique, non-seulement sous le rapport du droit, mais aussi sous celui du développement de la prospérité nationale. | Avec un système prohibitif pour la liberté des peuples, l'histoire vous dira combien rapidement doit s'affaiblir une nation, tandis qu'elle vous dira aussi comment de larges et fortes libertés pourront créer en 50 ans un des plus forts peuples du globe. [[w:fr:Espagne|Espagne]] et [[w:fr:États-Unis|États-Unis]]!..... voilà deux sujet d'enseignements profonds pour tout homme qui voudra établir un parallèle entre un gouvernement populaire et un gouvernement monarchique, non-seulement sous le rapport du droit, mais aussi sous celui du développement de la prospérité nationale. | ||
Maintenant nous dirons aux hommes qui veulent encore le sommeil empoisonné du peuple dans la fange délétère des institutions du moyen-âge: touchez donc du | Maintenant nous dirons aux hommes qui veulent encore le sommeil empoisonné du peuple dans la fange délétère des institutions du moyen-âge: touchez donc du doigt les mondes qui séparent cette époque de la nôtre, et ensuite dites-nous si ce bon vieux temps est encore possible. | ||
En effet, alors que les nations étaient coulées dans le moule du régime féodal; alors qu'un roi pouvait dire impunément: « l'État c'est moi; » alors que le noble destrier du gendarme, ou l'éperon du chevalier, comptaient comme une partie beaucoup plus intéressante de la société, que la personne du vilain ou du serf, nous comprenons l'essence d'un pouvoir monarchique dans toute sa beauté, dans toute sa justice. | En effet, alors que les nations étaient coulées dans le moule du [[w:fr:régime féodal|régime féodal]]; alors qu'un roi pouvait dire impunément: « l'État c'est moi;{{Refl|1}} » alors que le noble destrier du gendarme, ou l'éperon du chevalier, comptaient comme une partie beaucoup plus intéressante de la société, que la personne du vilain ou du serf, nous comprenons l'essence d'un pouvoir monarchique dans toute sa beauté, dans toute sa justice. | ||
Mais aujourd'hui, | Mais aujourd'hui, [[wikt:fr:menuaille|menuaille]]s et [[wikt:fr:vilain|vilain]]s sont disparus aussi bien que preux chevaliers; les peuples se sont mis à mesurer les distances inviolables, disait-on, qui séparaient le trône du roi de la chaise du peuple, et alors celui-ci s'est enfin aperçu qu'il n'y avait entre les deux pouvoirs que des abîmes de mirage, que des distances de panoramas! Vous le savez, le peuple n'a plus qu'à tendre la main, et des couronnes sur lesquelles dix siècles s'étaient usés se sont trouvées en poudre dans 24 heures. Dès lors, ces hommes là sont aveugles, qui, niant cette œuvre de leur siècle, s'efforcent de transporter au sommet de la montagne les institutions surannées des lustres écoulés, comme s'ils pouvaient limiter le déluge intellectuel de la démocratie, comme s'ils avaient mesuré la hauteur où le flot doit s'arrêter. | ||
Toutes les entraves dont vous vous efforcerez d'enlacer l'enfant-géant, maintenant qu'il connaît sa force, ne seront que des fils qu'il brisera en souriant. - Puis, chaque siècle a son œuvre à faire, et malheur à ceux qui veulent perpétuer cette de siècle en siècle. Selon l'admirable parole de Chateaubriand: « On ne fait point reculer les générations qui s'avancent en leur jetant à la tête des fragments de ruine et des débris de tombeaux. Les insensés qui prétendent mener le passé au combat contre l'avenir sont les victimes de peur témérité: les siècles en s'abordant les écrasent. » - Puis, dites-nous le, n'est-ce pas une perturbation de l'ordre naturel que cette barrière jetée au-devant de la démocratie?... Pourquoi vouloir détourner le fleuve du lit qu'il se creuse?... Laissez donc couler son flot, et soyez persuadés qu'il est dans l'ordre qu'il se rende à l'océan! Ensuite, nous le répéterons: Ne cherchez pas d'identité entre cette époque du monde qui a nom moyen-âge, et cette autre période qui s'appelle le | Toutes les entraves dont vous vous efforcerez d'enlacer l'enfant-géant, maintenant qu'il connaît sa force, ne seront que des fils qu'il brisera en souriant. - Puis, chaque siècle a son œuvre à faire, et malheur à ceux qui veulent perpétuer cette même œuvre de siècle en siècle. Selon l'admirable parole de [[w:fr:François-René de Chateaubriand|Chateaubriand]]: « On ne fait point reculer les générations qui s'avancent en leur jetant à la tête des fragments de ruine et des débris de tombeaux. Les insensés qui prétendent mener le passé au combat contre l'avenir sont les victimes de peur témérité: les siècles en s'abordant les écrasent. » - Puis, dites-nous le, n'est-ce pas une perturbation de l'ordre naturel que cette barrière jetée au-devant de la démocratie?... Pourquoi vouloir détourner le fleuve du lit qu'il se creuse?... Laissez donc couler son flot, et soyez persuadés qu'il est dans l'ordre qu'il se rende à l'océan! Ensuite, nous le répéterons : Ne cherchez pas d'identité entre cette époque du monde qui a nom moyen-âge, et cette autre période qui s'appelle le XIXe siècle. Voyez donc en deux mots la différence essentielle qui existe entre ces deux époques. Au moyen âge que voyez-vous?... L'individu gouvernant sous le nom de roi, des nations dont la seule destinée semble être de vivre, de souffrir et de mourir sous le poids d'un pouvoir qui prétend tenir ses privilèges de la divinité. C'est encore le même individu décimant à son bon plaisir la vie de ses sujets, ou leur suçant un impôt, dont le produit devra engraisser la cour royale, ce cloaque de dégradation morale dans laquelle disent les vieux historiens du temps, se passaient journellement ''moultes vilennies et saletés''. | ||
Aujourd'hui, au contraire, c'est la main de la démocratie qui raye partout ce mot de roi, croulant de vétusté. Puis, c'est le principe du pouvoir électif admis sur la base la plus large, et reconnu comme guide de tout gouvernement populaire. Que voyez-vous encore au moyen âge?... Des majestueuses basiliques, d'immenses abbayes, élevées à force de ''tailler et de mortailler'' les vilains. Aujourd'hui, c'est la masse d'un peuple qui contribue à creuser des canaux, à tracer des chemins de fer, à ouvrir des routes électriques, qui auront pour effet de multiplier la prospérité de toute la société. Au moyen-âge l'industrie consistait à teindre la pourpre éblouissante qui devait couvrir les royales ou chevaleresques épaules de l'individu-roi, ou de l'individu-noble. Aujourd'hui, on tisse partout les étoffes qui vêtiront le peuple, ce seul souverain de droit naturel. - Si l'on veut pousser plus loin le rapprochement, que voit-on encore au moyen-âge?... C'est l'intolérance religieuse appuyée et soutenue par l'intolérance politique. Alors, voyez les suites de cette alliance de deux erreurs. Au nom de la religion pure, civilisatrice et humanitaire du Christ, on massacre tout un peuple d'Albigeois. Au nom de celui qui avait accueilli les gentils, on allume des bûchers séculaires pour les juifs. Au nom de celui qui avait dit le premier: Charité et Fraternité, on introduit en Espagne les tortures de la Sainte-Inquisition. Encore et toujours au nom de l'ordre social, de la morale publique, on aiguisait en France le ''poignard monarchique'' de la St-Barthélémy, qui eut pour pendant sous Louis XIV la révocation de l'édit de Nantes. | Aujourd'hui, au contraire, c'est la main de la démocratie qui raye partout ce mot de roi, croulant de vétusté. Puis, c'est le principe du pouvoir électif admis sur la base la plus large, et reconnu comme guide de tout gouvernement populaire. Que voyez-vous encore au moyen âge?... Des majestueuses basiliques, d'immenses abbayes, élevées à force de ''[[wikt:fr:|tailler]] et de [[mortailler]]'' les vilains. Aujourd'hui, c'est la masse d'un peuple qui contribue à creuser des canaux, à tracer des chemins de fer, à ouvrir des routes électriques, qui auront pour effet de multiplier la prospérité de toute la société. Au moyen-âge l'industrie consistait à teindre la pourpre éblouissante qui devait couvrir les royales ou chevaleresques épaules de l'individu-roi, ou de l'individu-noble. Aujourd'hui, on tisse partout les étoffes qui vêtiront le peuple, ce seul souverain de droit naturel. - Si l'on veut pousser plus loin le rapprochement, que voit-on encore au moyen-âge?... C'est l'intolérance religieuse appuyée et soutenue par l'intolérance politique. Alors, voyez les suites de cette alliance de deux erreurs. Au nom de la religion pure, civilisatrice et humanitaire du [[wikt:fr:Christ|Christ]], on massacre tout un peuple d'[[w:fr:Croisade des Albigeois|Albigeois]]. Au nom de celui qui avait accueilli les gentils, on allume des bûchers séculaires pour les juifs. Au nom de celui qui avait dit le premier : [[Charité]] et [[Fraternité]], on introduit en Espagne les tortures de la [[Sainte-Inquisition]]. Encore et toujours au nom de l'ordre social, de la morale publique, on aiguisait en France le ''poignard monarchique'' de la [[St-Barthélémy]], qui eut pour pendant sous Louis XIV la [[révocation de l'édit de Nantes]]. | ||
Si maintenant l'on veut jeter un coup-d'œil sur les persécutions exercées par les | Si maintenant l'on veut jeter un coup-d'œil sur les persécutions exercées par les [[protestant]]s contre les [[catholique]]s, on y retrouvera également le même esprit d'aveugle fanatisme, d'intolérance générale, et de profonde animosité. | ||
En Allemagne, la philanthropique réforme de Luther s'annonce dès son apparition par un tissu de brigandages et de meurtres, qualifiés du nom de ''guerre des paysans''. | En [[w:fr:Allemagne|Allemagne]], la philanthropique réforme de [[Luther]] s'annonce dès son apparition par un tissu de brigandages et de meurtres, qualifiés du nom de ''[[w:fr:Guerre des Paysans allemands|guerre des paysans]]''. | ||
En Suisse, Zuingle et Calvin, répandent leurs doctrines à la Mahomet, la bible d'une main, le poignard de l'assassin dans l'autre, et allument entre les cantons de l'Helvétie, ne affreuse guerre civile, qui jusqu'au dix-huitième siècle couvrit de sang et de rune la patrie de Guillaume Tell. | En [[Suisse]], [[w:fr:Ulrich Zwingli|Zuingle]] et [[w:fr:Jean Calvin|Calvin]], répandent leurs doctrines à la [[Mahomet]], la bible d'une main, le poignard de l'assassin dans l'autre, et allument entre les cantons de l'[[Helvétie]], ne affreuse guerre civile, qui jusqu'au dix-huitième siècle couvrit de sang et de rune la patrie de [[Guillaume Tell]]. | ||
En Suède, le Néron du Nord, Christiern II donna le signa de longues dissensions religieuses en massacrant à sa table tout le Sénat et six cents victimes dévouées d'avance à la mort sous prétexte de défendre le catholicisme. Aussi lorsque Gustave Wasa eût introduit la réforme en Suède, les représailles des protestants y furent-elles longues et déplorables. | En [[Suède]], le [[Néron]] du Nord, [[Christiern II]] donna le signa de longues dissensions religieuses en massacrant à sa table tout le Sénat et six cents victimes dévouées d'avance à la mort sous prétexte de défendre le catholicisme. Aussi lorsque [[Gustave Wasa]] eût introduit la réforme en Suède, les représailles des protestants y furent-elles longues et déplorables. | ||
En Danemarck, Frédéric III inaugura le même régime d'intolérance religieuse. | En [[Danemarck]], [[Frédéric III]] inaugura le même régime d'intolérance religieuse. | ||
Enfin en Angleterre la réforme forcément implantée par un bigame couronné, ne s'établit qu'à l'aide de persécutions qui par leur odieux raffinement rappellent involontairement les plus beaux jours des Césars romains; et certes comme monument de tyrannie et d'inhumanité les statuts d'Édouard VI et d'Élisabeth, ne valent-ils pas les édits les plus stupidement sanguinaires de la cruelle brute de Caprée. | Enfin en [[Angleterre]] la réforme forcément implantée par un bigame couronné, ne s'établit qu'à l'aide de persécutions qui par leur odieux raffinement rappellent involontairement les plus beaux jours des [[Césars romains]]; et certes comme monument de tyrannie et d'inhumanité les statuts d'Édouard VI et d'Élisabeth{{Refl|3}}, ne valent-ils pas les édits les plus stupidement sanguinaires de la cruelle brute de [[Caprée]]. | ||
Aujourd'hui au contraire tous les hommes, appuyés sur la loi de leur conscience, ont reconnu que comme hommes et êtres-libres, ils sont tous frères; ils ont reconnu qu'il était absurde de croire qu'on pût s'imposer des croyances fortes et sincères à l'aide du pieux système Maintenon des ''dragonades''. Alors on a vue le noble spectacle de la liberté des cultes admis et respecté dans tous les pays civilisés; et l'homme juif, pouvant enfin voir dans l'homme chrétien un frère et un semblable au lieu de n'y voir qu'un sectaire fanatique et qu'un bourreau. | Aujourd'hui au contraire tous les hommes, appuyés sur la loi de leur conscience, ont reconnu que comme hommes et êtres-libres, ils sont tous frères; ils ont reconnu qu'il était absurde de croire qu'on pût s'imposer des croyances fortes et sincères à l'aide du pieux système [[Maintenon]] des ''[[w:fr:Dragonnades|dragonades]]''. Alors on a vue le noble spectacle de la liberté des cultes admis et respecté dans tous les pays civilisés; et l'homme juif, pouvant enfin voir dans l'homme chrétien un frère et un semblable au lieu de n'y voir qu'un sectaire fanatique et qu'un bourreau. | ||
D'autres raisons toutes-puissantes viennent encore trancher les différences qui existent entre l'époque purement monarchique et la nôtre; et en première ligne se présente l'extension ou plutôt la création de l'éducation populaire. | D'autres raisons toutes-puissantes viennent encore trancher les différences qui existent entre l'époque purement monarchique et la nôtre; et en première ligne se présente l'extension ou plutôt la création de l'éducation populaire. | ||
En effet ce germe puissant de toute liberté n'était même pas conçu au moyen-âge, et tandis que d'un côté le servage créait les hommes, ''ces rois de la création'', la propriété héréditaire du haut bannerêt ou du pieux abbé, de l'autre l'ignorance la plus lourde et la plus profonde devenait aussi propriété héréditaire de toute les classes sociales; et hors les lambeaux de faits historiques conservés par les moines, tous les monuments entassés par l'histoire disparurent dans ce chaos de la barbarie. Aussi lorsque quelques vibrations de lumière commencèrent à se manifester dans ce lourd atmosphère, il se déclara une opposition instinctive à la recevoir parmi les plus hautes classes de la société. Et ceci se conçoit parfaitement, si l'on réfléchit aux motifs peu intellectuels qui créèrent la noblesse, motifs rendus avec une terrible naïveté dans ces vers d'un ancien troubadour: | En effet ce germe puissant de toute liberté n'était même pas conçu au moyen-âge, et tandis que d'un côté le [[servage]] créait les hommes, ''ces rois de la création'', la propriété héréditaire du haut [[wikt:fr:banneret|bannerêt]] ou du pieux abbé, de l'autre l'ignorance la plus lourde et la plus profonde devenait aussi propriété héréditaire de toute les classes sociales; et hors les lambeaux de faits historiques conservés par les moines, tous les monuments entassés par l'histoire disparurent dans ce chaos de la barbarie. Aussi lorsque quelques vibrations de lumière commencèrent à se manifester dans ce lourd atmosphère, il se déclara une opposition instinctive à la recevoir parmi les plus hautes classes de la société. Et ceci se conçoit parfaitement, si l'on réfléchit aux motifs peu intellectuels qui créèrent la noblesse, motifs rendus avec une terrible naïveté dans ces vers d'un ancien troubadour: | ||
<blockquote>Une grand vilain entr'eux élurent<br /> | <blockquote>Une grand vilain entr'eux élurent<br /> | ||
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Si le firent prince et seigneur.</blockquote> | Si le firent prince et seigneur.</blockquote> | ||
Aussi les nobles hommes sentant bien que leur intelligence n'était pas aussi finement trempée que le taillant de leur épée se transmirent religieusement l'engorgement de l'intelligence comme une marque sensible de la supériorité de leur nature sur celles de | Aussi les nobles hommes sentant bien que leur intelligence n'était pas aussi finement trempée que le taillant de leur épée se transmirent religieusement l'engorgement de l'intelligence comme une marque sensible de la supériorité de leur nature sur celles de [[wikt:fr:manant|manant]]s. Alors comment ne pas jeter aujourd'hui le mépris et la dérision sur un état de société dont les guides et les chefs disaient dans leurs actes publics : - « Et le dit seigneur a déclaré ne savoir signer, attendu sa qualité de gentilhomme. » N'était-ce pas là sacrifier un peu trop les qualités de l'être intelligent pour satisfaire à celles qui semblaient devoir être inhérentes au titre de gentil chevalier? | ||
De nos jours un semblable mépris de tout ce qui tient à l'intelligence ne pourrait plus se rencontrer nulle part. La création de l'imprimerie, levier d'Archimède du monde moral, trouva son point d'appui dans les masses sociales; et dès-ors le monde fut soulevé et régénéré. La noblesse féodale tomba rapidement et devint de moins en moins puissante dans l'État, tandis que le peuple reconnut enfin qu'il était la véritable base et le principal soutient de la société. La liberté d'examen en politique et en religion, vint saisir aux entrailles cette société du moyen-âge qui avait outrepassé son temps, et qui devenait par trop lourde pour le peuple et les consciences des hommes. | De nos jours un semblable mépris de tout ce qui tient à l'intelligence ne pourrait plus se rencontrer nulle part. La création de l'imprimerie, levier d'[[Archimède]] du monde moral, trouva son point d'appui dans les masses sociales; et dès-ors le monde fut soulevé et régénéré. La noblesse féodale tomba rapidement et devint de moins en moins puissante dans l'État, tandis que le peuple reconnut enfin qu'il était la véritable base et le principal soutient de la société. La [[liberté d'examen]] en politique et en religion, vint saisir aux entrailles cette société du moyen-âge qui avait outrepassé son temps, et qui devenait par trop lourde pour le peuple et les consciences des hommes. | ||
L'impulsion était donnée; les communes s'affranchissaient peu à peu, et les rois commençaient à s'appuyer un peu plus sur leurs armés et féaux sujets, pour se débarrasser de leurs beaux et bien aimés cousins, les hauts barons qui sans égards pour la tendresse et l'amitié de leurs | L'impulsion était donnée; les communes s'affranchissaient peu à peu, et les rois commençaient à s'appuyer un peu plus sur leurs armés et féaux sujets, pour se débarrasser de leurs beaux et bien aimés cousins, les hauts barons qui sans égards pour la tendresse et l'amitié de leurs [[suzerain]]s les soumettaient souvent à leurs rudes caprices et volontés. | ||
Cette alliance tacite du peuple et de la couronne produisit la puissance du tiers-état, ébauche du gouvernement représentatif moderne. C'est alors que l'on voit l'humanité se modifier profondément; le peuple serf se souleva sur le coude, et jeta à l'horizon encore sombre un de ces regards qui devinent de pures et chaudes clartés derrière l'humide brouillard de la tempête. Les hommes du peuple avaient dit: croisade éternelle pour la conquête de nos droits; dès lors toutes les forces sociales furent dirigées constamment vers le saint berceau des libertés populaires; et malgré les violences de la barbarie, et malgré les flots de sang perdus dans cette guerre, les légions de pèlerins n'ont jamais fait défaut à l'appel des Pierre l'Hermite de la démocratie. | Cette alliance tacite du peuple et de la couronne produisit la puissance du [[tiers-état]], ébauche du gouvernement représentatif moderne. C'est alors que l'on voit l'humanité se modifier profondément; le peuple serf se souleva sur le coude, et jeta à l'horizon encore sombre un de ces regards qui devinent de pures et chaudes clartés derrière l'humide brouillard de la tempête. Les hommes du peuple avaient dit: croisade éternelle pour la conquête de nos droits; dès lors toutes les forces sociales furent dirigées constamment vers le saint berceau des libertés populaires; et malgré les violences de la barbarie, et malgré les flots de sang perdus dans cette guerre, les légions de pèlerins n'ont jamais fait défaut à l'appel des [[Pierre l'Hermite]] de la démocratie. | ||
Ainsi de quelque côté qu'on veuille se retourner dans le moyen-âge, on ne rencontre que la disparité la plus choquante, que l'anomalie la plus grande avec notre société moderne. Partout au moyen-âge unité et toujours unité. Unité dans le gouvernement, unité de religion, unité dans l'oppression, partout cette condition inhérente aux formes voulues alors pour la société, excepté toutefois dans le droit à la liberté civile et religieuse, qui par une malheureuse exclusion se trouve réduit à l'état du zéro isolé... Aujourd'hui, on a proclamé le droit de participation du peuple au gouvernement qui le régit, on a admis la liberté d'examen pour la société civile; on a décrété la liberté d'examen sur les rapports rationnels que l'être intelligent peut avoir avec la divinité; on a enfin reconnu la liberté d'opposition à tout pouvoir qui viole les libertés de la nation ou ne satisfait pas à ses besoins. | Ainsi de quelque côté qu'on veuille se retourner dans le moyen-âge, on ne rencontre que la disparité la plus choquante, que l'anomalie la plus grande avec notre société moderne. Partout au moyen-âge unité et toujours unité. Unité dans le gouvernement, unité de religion, unité dans l'oppression, partout cette condition inhérente aux formes voulues alors pour la société, excepté toutefois dans le droit à la liberté civile et religieuse, qui par une malheureuse exclusion se trouve réduit à l'état du zéro isolé... Aujourd'hui, on a proclamé le droit de participation du peuple au gouvernement qui le régit, on a admis la liberté d'examen pour la société civile; on a décrété la liberté d'examen sur les rapports rationnels que l'être intelligent peut avoir avec la divinité; on a enfin reconnu la liberté d'opposition à tout pouvoir qui viole les libertés de la nation ou ne satisfait pas à ses besoins. | ||
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Ne poussons donc pas plus loin les rapprochements, et sans parler des vices de la législation moyen-âge, sans toucher à l'arbitraire et à l'absurdité de l'administration judiciaire dont les arrêts dépendaient de ce que l'on appelait le ''jugement de Dieu''; passions à l'examen historique des institutions des monarchies constitutionnelles contemporaines. | Ne poussons donc pas plus loin les rapprochements, et sans parler des vices de la législation moyen-âge, sans toucher à l'arbitraire et à l'absurdité de l'administration judiciaire dont les arrêts dépendaient de ce que l'on appelait le ''jugement de Dieu''; passions à l'examen historique des institutions des monarchies constitutionnelles contemporaines. | ||
À la féodalité abattue par Louis XI, avait succédé en France la monarchie absolue, qui atteignit sa plus large application sous Louis XIV, décrut avec Louis XV, et tomba sous Louis XVI. | À la féodalité abattue par [[Louis XI]], avait succédé en France la [[monarchie absolue]], qui atteignit sa plus large application sous [[Louis XIV]], décrut avec [[Louis XV]], et tomba sous [[Louis XVI]]. | ||
Le drame sanglant de la révolution de 1789, terminé trois ans plus tard par l'établissement de la première république française, ne fut que l'explosion d'une pensée d'émancipation générale que couvait depuis longtemps l'Europe. Aussi cette pensée mûrie dans la nation par des siècles d'une affreuse oppression, préparée avec le sang-froid mortel d'une vengeance préméditée, produisit en éclatant au jour une révolution morale toute-puissante, qui se traduisit bientôt par la consécration malheureuse d'un baptême de sang. - « Cette révolution sanguinaire doit inspirer une profonde horreur, c'est là le crime de toute une nation, » a-t-on vociféré sur tous les tons. Et pourquoi donc, n'ajoute-t-on pas que ce fût là un événement providentiellement nécessaire?... Froidement et sans préjugés, qu'on nous dise donc la raison du contraire?... De même que dans la théorie du raisonnement, on établit inébranlablement la bonté d'un principe d'après la justesse et la vérité des conséquences qui en découlent; de même il semble que dans l'examen philosophique des faits historiques, on peut logiquement conclure la nécessité d'un événement d'après les résultats ultérieurs qu'il produit. Or la révolution de '89, examinée et jugée à ce point de vue, abstraction faite des désordres sanglants qui l'accompagnèrent, se trouve être la grande préface des progrès humanitaires, le premier jalon planté sur la route toujours s'élargissant du genre humain. | Le drame sanglant de la [[révolution de 1789]], terminé trois ans plus tard par l'établissement de la [[première république française]], ne fut que l'explosion d'une pensée d'émancipation générale que couvait depuis longtemps l'Europe. Aussi cette pensée mûrie dans la nation par des siècles d'une affreuse oppression, préparée avec le sang-froid mortel d'une vengeance préméditée, produisit en éclatant au jour une révolution morale toute-puissante, qui se traduisit bientôt par la consécration malheureuse d'un baptême de sang. - « Cette révolution sanguinaire doit inspirer une profonde horreur, c'est là le crime de toute une nation, » a-t-on vociféré sur tous les tons. Et pourquoi donc, n'ajoute-t-on pas que ce fût là un événement providentiellement nécessaire?... Froidement et sans préjugés, qu'on nous dise donc la raison du contraire?... De même que dans la [[théorie du raisonnement]], on établit inébranlablement la bonté d'un principe d'après la justesse et la vérité des conséquences qui en découlent; de même il semble que dans l'examen philosophique des faits historiques, on peut logiquement conclure la nécessité d'un événement d'après les résultats ultérieurs qu'il produit. Or la révolution de '89, examinée et jugée à ce point de vue, abstraction faite des désordres sanglants qui l'accompagnèrent, se trouve être la grande préface des progrès humanitaires, le premier jalon planté sur la route toujours s'élargissant du genre humain. | ||
Néanmoins, cette république | Néanmoins, cette république trouva son tombeau dans l'énormité même de ses excès. La majorité ne comprenait pas encore l'identité essentielle qui doit exister entre les mots: ''Républicanisme et ordre social''. Et hâtes-nous de le dire, il ne pouvait en être autrement. La république de [[Danton]] et de [[Marat]] n'est dans son application qu'une souillure et une négation de la véritable république, de la république telle que l'ont comprise [[Washington]] et [[Jefferson]]. | ||
Aussi la France pour se soustraire à ce républicanisme farouche qui, pendant bien longtemps ne lui est apparu qu'enveloppé du suaire funèbre et rongé de | Aussi la France pour se soustraire à ce républicanisme farouche qui, pendant bien longtemps ne lui est apparu qu'enveloppé du suaire funèbre et rongé de sang de '92, la France, disons-nous, consentit sans peine à traverser le règne tout phénoménal et exceptionnel de [[Napoléon]]. Plus tard la coalition des rois imposa encore à la France un sceptre de droit divin, miraculeusement tombé de l'arçon de selle d'un [[Cosaque]]. Mais tout en s'asseyant sur le trône à l'aide de la force étrangère, les [[Bourbons]] sentirent que les maximes absolutistes de leur ancêtre Louis XIV, ne fonctionneraient plus avec le peuple qui avait fait les [[États-Généraux]] de Louis XVI; et alors force leur fut de décréter la charte des ''[[monarchies constitutionnelles]]''. | ||
Cette concession arrachée au système purement monarchique par la seule force de l'opinion générale, fut le résultat nécessaire de la révolution de '89. Car c'est dans cette lutte que l'arbitrage suprême et sans appel de la couronne, s'était brisé à jamais dans les séances tumultueuses des États-Généraux. Le peuple admis par ses mandataires dans le sein du gouvernement, s'était fait bien vite à l'habitude de régler les lois qui devaient le gouverner; il s'était fait à l'habitude d'examiner avec curiosité l'emploi que l'on voulait faire des impôts dont il était chargé; il s'était aussi habitué à peser dans sa balance les privilèges royaux, et rompu bientôt à cet exercice de ses droits, il ne voulut plus les abandonner. C'est là en effet ce qui donne tant de force et d'avenir aux conquêtes de la Démocratie. Le peuple réunit ces conquêtes à son domaine, et alors, une fois déposés dans les masses, des droits qui semblaient devoir être éphémères acquièrent un perpétuel lendemain, en s'incrustant en quelque sorte dans la pensée et la volonté générale de la société. | Cette concession arrachée au système purement monarchique par la seule force de l'opinion générale, fut le résultat nécessaire de la révolution de '89. Car c'est dans cette lutte que l'arbitrage suprême et sans appel de la couronne, s'était brisé à jamais dans les séances tumultueuses des États-Généraux. Le peuple admis par ses mandataires dans le sein du gouvernement, s'était fait bien vite à l'habitude de régler les lois qui devaient le gouverner; il s'était fait à l'habitude d'examiner avec curiosité l'emploi que l'on voulait faire des impôts dont il était chargé; il s'était aussi habitué à peser dans sa balance les privilèges royaux, et rompu bientôt à cet exercice de ses droits, il ne voulut plus les abandonner. C'est là en effet ce qui donne tant de force et d'avenir aux conquêtes de la Démocratie. Le peuple réunit ces conquêtes à son domaine, et alors, une fois déposés dans les masses, des droits qui semblaient devoir être éphémères acquièrent un perpétuel lendemain, en s'incrustant en quelque sorte dans la pensée et la volonté générale de la société. | ||
Or, le système des monarchies constitutionnelles ne pouvait pas fournir une longue carrière parce qu'une royauté inquiète s'était refusée à le régler sur le pas immense que le peuple avait fait en 1789 dans la voie des réformes. Aussi dès le premier contact du nouveau système avec le peuple, on pût prévoir que ce simple choc avait déjà usé de la monarchie constitutionnelle. Cette | Or, le système des monarchies constitutionnelles ne pouvait pas fournir une longue carrière parce qu'une royauté inquiète s'était refusée à le régler sur le pas immense que le peuple avait fait en 1789 dans la voie des réformes. Aussi dès le premier contact du nouveau système avec le peuple, on pût prévoir que ce simple choc avait déjà usé de la monarchie constitutionnelle. Cette forme de gouvernement renfermait en effet deux grands défauts. Le premier était d'avoir laissé trop d'élasticité à la [[prérogative]] d'une couronne qui ne cherchait qu'à reconquérir lentement des privilèges dont l'application était devenue incompatible avec les progrès successifs de la civilisation politique. - Le second défaut était d'avoir trop restreint le système électif qui était devenu une nécessité impérieuse pour les nations de l'Europe. | ||
Les Bourbons n'accordèrent le droit d'élection qu'à des classes privilégiées, et le droit de vote, qui devrait être le droit de tout homme né membre libre d'une société, fut exclusivement accordé à l'homme qui pouvait dire : « ''Je suis propriétaire et j'ai de la richesse!'' » Honteuse maxime qui secoue jusque dans leurs fondements les lois de la justice et du sens-commun en même temps qu'elle brise les nobles sentiments du bien public, en enlevant toute participation et toute influence dans l'état, à une grande partie de la population qu'il renferme. | Les Bourbons n'accordèrent le droit d'élection qu'à des classes privilégiées, et le droit de vote, qui devrait être le droit de tout homme né membre libre d'une société, fut exclusivement accordé à l'homme qui pouvait dire : « ''Je suis propriétaire et j'ai de la richesse!'' » Honteuse maxime qui secoue jusque dans leurs fondements les lois de la justice et du sens-commun en même temps qu'elle brise les nobles sentiments du bien public, en enlevant toute participation et toute influence dans l'état, à une grande partie de la population qu'il renferme. | ||
La loi électorale contemporaine, telle qu'elle existait en France avant le 24 janvier 1848, et telle qu'elle existe encore aujourd'hui pour nous, n'est donc qu'une immorale absurdité dans son principe, puisqu'écartant les droits qu'ont par eux-mêmes, tous les hommes nés citoyens d'un état libre, elle fait dépendre les droits de ces mêmes citoyens de la somme de richesses foncières qu'ils possèdent. Cette loi est également fausse et arbitraire, puisque dans son application elle tend à dire que la société ne doit pas s'attendre à trouver dans le pauvre et simple ouvrier, accomplissant courageusement son lourd travail de chaque jour, la même grandeur dans les sentiments, le même patriotisme dans le cœur, que chez l'homme qui a acquis ses droits politiques, en vertu de ''la valeur de sa propriété et de la pesanteur de sa cassette.''Or la monarchie constitutionnelle, appuyée sur des bases aussi vicieuses ouvrait en outre un vaste champ aux intrigues de la couronne, laquelle en usa largement pour s'attacher la bourgeoisie, et pour écarter le peuple des affaires publiques. Elle renfermait donc en elle-même un germe de dépérissement que les événements et l'ardent travail des républicains, parvinrent à mûrir promptement. Le peuple français, sapeur naturel des nations européennes dans la voie des réformes démocratiques, donna bientôt un rude coup à la monarchie constitutionnelle en arrachant Charles X du trône ''de ses pères''; puis après un nouvel essai du gouvernement tempéré, à l'ombre de la Charte de 1830, il s'est encore lassé de cette demi-liberté politique, et la chute du ''roi-citoyen'' est venu clore la liste de tous les potentats par droit divin ou de conquête. | La loi électorale contemporaine, telle qu'elle existait en France avant le 24 janvier 1848{{Refl|4}}, et telle qu'elle existe encore aujourd'hui pour nous, n'est donc qu'une immorale absurdité dans son principe, puisqu'écartant les droits qu'ont par eux-mêmes, tous les hommes nés citoyens d'un état libre, elle fait dépendre les droits de ces mêmes citoyens de la somme de richesses foncières qu'ils possèdent. Cette loi est également fausse et arbitraire, puisque dans son application elle tend à dire que la société ne doit pas s'attendre à trouver dans le pauvre et simple ouvrier, accomplissant courageusement son lourd travail de chaque jour, la même grandeur dans les sentiments, le même patriotisme dans le cœur, que chez l'homme qui a acquis ses droits politiques, en vertu de ''la valeur de sa propriété et de la pesanteur de sa cassette.''Or la monarchie constitutionnelle, appuyée sur des bases aussi vicieuses ouvrait en outre un vaste champ aux intrigues de la couronne, laquelle en usa largement pour s'attacher la bourgeoisie, et pour écarter le peuple des affaires publiques. Elle renfermait donc en elle-même un germe de dépérissement que les événements et l'ardent travail des républicains, parvinrent à mûrir promptement. Le peuple français, sapeur naturel des nations européennes dans la voie des réformes démocratiques, donna bientôt un rude coup à la monarchie constitutionnelle en arrachant [[Charles X]] du trône ''de ses pères''; puis après un nouvel essai du gouvernement tempéré, à l'ombre de la [[Charte de 1830]], il s'est encore lassé de cette demi-liberté politique, et la chute du ''roi-citoyen'' est venu clore la liste de tous les potentats par droit divin ou de conquête. | ||
Tous les pays éclairés de l'Europe se précipitent aujourd'hui sur les traces battues par la France. | Tous les pays éclairés de l'Europe se précipitent aujourd'hui sur les traces battues par la France. | ||
Du Tage à la Vistule, et du Cap Nord au Cap Corse, la grande pensée qui plane sur notre siècle a fait battre les artères des opprimés de ce monde, et fait peser une lourde inquiétude sur les crânes couronnés. L'Émancipation sociale, spectre-géant penché sur les nuits de ces hommes-rois, a dû leur crier la haine des nations au souvenir des persécutions et des massacres accomplis par leur nobles ancêtres, et perpétués ensuite par eux-mêmes, sans doute encore et toujours en vertu du droit d'hérédité. | Du [[Tage]] à la [[Vistule]], et du [[Cap Nord]] au [[Cap Corse]], la grande pensée qui plane sur notre siècle a fait battre les artères des opprimés de ce monde, et fait peser une lourde inquiétude sur les crânes couronnés. L'Émancipation sociale, spectre-géant penché sur les nuits de ces hommes-rois, a dû leur crier la haine des nations au souvenir des persécutions et des massacres accomplis par leur nobles ancêtres, et perpétués ensuite par eux-mêmes, sans doute encore et toujours en vertu du droit d'hérédité. | ||
Ce spectre | Ce spectre ... | ||
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Version du 29 juillet 2008 à 16:33
Montréal, 1849.
LES MEMBRES DU CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE, À LEUR COMPATRIOTES.
En venant exposer aujourd'hui à nos compatriotes l'idée première qui présida à la formation du CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE; en développant le sommaire des principes que nous avons établis comme devant nous servir de boussole dans notre marche; nous croyons remplir envers le peuple le double devoir que nous imposent et notre qualité de démocrates et notre titre de canadiens. Or, voici en quoi consiste, selon nous, cette double obligation.
Comme démocrates, nous devons à notre conscience aussi bien qu'à la légitimité de la cause que nous jurons de défendre toute notre vie, de soutenir constamment et sans déguisement toute idée et tout fait tendant au perfectionnement de l'état politique et matériel des peuples. D'après le même principe, nous devrons aussi combattre les obstacles, quels qu'ils soient et de quelque part qu'ils viennent, dès lors qu'ils pourraient nuire à l'accomplissement de la grande œuvre de régénération qu'il est donné à notre siècle d'accomplir.
Ensuite, comme canadiens, nous devons à notre cœur aussi bien qu'à l'attachement que nous conservons pour notre origine d'appuyer toujours et dans tout, les sentiments et les actions qui auront pour point de mire la conservation de notre nationalité, le progrès moral et intellectuel de nos compatriotes. Et ici, disons-le en passant, nous prévoyons déjà l'opposition qu'on voudra nous susciter, nous entendons déjà les paroles de colères et de haine qu'on pourra nous adresser. - Au tout nous répondrons, qu'en proclamant les principes purs et sacrés de la démocratie, nous nous attendions à entendre retentir à nos oreilles les cris discordants de nos antiquaires politiques, de ces hommes pour lesquels l'ordre consiste dans la conservation sur toutes choses de la poussières d'un autre âge, de ces hommes dont les maximes et la conduite suintent journellement les principes fangeux et croupis du servilisme et du statu quo politique.
Mais est-ce parce que nous rencontrerons de ces hommes en quelque sorte rétrogrades par manie, que nous devrons taire les principes dont l'application aura pour conséquence nécessaire l'avantage des masses?... Est-ce parce qu'on tentera de défigurer la cause du peuple que nous devrons l'abandonner, et cela de peur d'être compris dans l'ostracisme dont tout pouvoir despotique s'efforce de frapper les tentatives de liberté? Jamais. - Nous aimons nos croyances démocratiques, parce que nous les fondons sur des convictions justes et honnêtes; nous avons la volonté et le désir de travailler avec ordre et énergie à l'amélioration de notre système politique; et dès lors rien ne nous fera reculer, rien ne nous fera chanceler.
Y a-t-il présomption ou entêtement puéril dans cette fixité de but, dans cette assurance de marche?... Nous ne le croyons pas. Si nous voulons le règne du peuple, c'est parce que Dieu et la raison l'ont voulu avant nous. Si nous demandons l'extension des principes démocratiques, c'est parce qu'ils sont essentiellement appuyés sur le droit et la justice.
Et qui donc pourrait nous nier cette légitimité de la cause que nous défendons?... Les notions les plus simples des motifs qui réunirent les hommes en société, nous disent, que plus le pouvoir du peuple est élargi, et plus la société se rapproche du but pour lequel les hommes l'établirent, c'est-à-dire l'avantage et le bonheur de tous. Or, ceci étant, chaque fois qu'un pouvoir s'écarte de ce principe d'intérêt particulier, il viole le droit du plus grand nombre; il s'attaque donc à la base même de la société; et il n'est donc plus un pouvoir légitime, puisqu'il renverse l'ordre établi par la communauté des hommes, ordre qu'il est chargé de conserver et de garder, non pas de nier et de fouler aux pieds.
De ces principes fondamentaux, nous concluons que tout pouvoir qui remplit ces conditions essentielles du pacte social est légitime et régulier; que tout pouvoir qui s'en écarte devient par là même arbitraire et illégal.
Ces principes généraux, proclamés par la nature même des conventions qui réunissent les hommes en société, suffisent pleinement pour nous démontrer la légitimité des révolutions démocratiques du jour. Aussi c'est à l'arbitrage de la raison, du droit et de l'immuable vérité que nous soumettons le jugement de la cause des nations vis-à-vis de leurs gouvernements. Dès-lors, qu'elle est la voix sainte, calme et impartiale qui puisse condamner le peuple, ce martyr de dix siècles, alors que soulevant sa poitrine brisée par une longue oppression, il veut enfin respirer à pleins poumons cet air de liberté qui doit sécher les sueurs de son travail, qui doit humecter la sécheresse de sa vie? Puis, nous le demandons encore à ce même tribunal?... Quel est le potentat légitime?... Est-ce la masse entière d'un peuple, demandant pouvoir et liberté au nom de Dieu et du droit naturel? Ou bien est-ce l'homme isolé, soutenant son privilège de tyrannie, sa patente d'oppression, par droit de lignée et d'hérédité?
Il est moralement impossible qu'on ne fasse point cette réponse dictée par le sens commun : « C'est l'individu qui a tort; c'est le million d'hommes qui a droit » .......
Allant plus loin, nous maintiendrons que déjà aujourd'hui tout pouvoir monarchique ne peut que nuire au progrès social. Et ceci résulte non seulement, comme l'avons déjà observé, de la nature même de la société, mais aussi de ce fait éclatant du jour, savoir : que les transactions, le commerce et l'industrie des peuples du siècle réclamant de plus en plus énergiquement la popularisation du pouvoir. Il faut que chaque individu compte pour une partie intéressée de la société; il faut qu'il ait ses droits de citoyen; et ceci n'est que justice, n'est que raison, vu que dans le temps actuel chaque homme travaille dans sa sphère pour lui-même d'abord et par suite pour la société; vu que chaque homme est producteur aussi bien que consommateur; axiomes qui, pour l'esprit sérieux et libéral, doivent évidemment avoir pour corollaire l'extension de la liberté civique de tous et chacun des membres du corps social.
Avec un système prohibitif pour la liberté des peuples, l'histoire vous dira combien rapidement doit s'affaiblir une nation, tandis qu'elle vous dira aussi comment de larges et fortes libertés pourront créer en 50 ans un des plus forts peuples du globe. Espagne et États-Unis!..... voilà deux sujet d'enseignements profonds pour tout homme qui voudra établir un parallèle entre un gouvernement populaire et un gouvernement monarchique, non-seulement sous le rapport du droit, mais aussi sous celui du développement de la prospérité nationale.
Maintenant nous dirons aux hommes qui veulent encore le sommeil empoisonné du peuple dans la fange délétère des institutions du moyen-âge: touchez donc du doigt les mondes qui séparent cette époque de la nôtre, et ensuite dites-nous si ce bon vieux temps est encore possible.
En effet, alors que les nations étaient coulées dans le moule du régime féodal; alors qu'un roi pouvait dire impunément: « l'État c'est moi;1 » alors que le noble destrier du gendarme, ou l'éperon du chevalier, comptaient comme une partie beaucoup plus intéressante de la société, que la personne du vilain ou du serf, nous comprenons l'essence d'un pouvoir monarchique dans toute sa beauté, dans toute sa justice.
Mais aujourd'hui, menuailles et vilains sont disparus aussi bien que preux chevaliers; les peuples se sont mis à mesurer les distances inviolables, disait-on, qui séparaient le trône du roi de la chaise du peuple, et alors celui-ci s'est enfin aperçu qu'il n'y avait entre les deux pouvoirs que des abîmes de mirage, que des distances de panoramas! Vous le savez, le peuple n'a plus qu'à tendre la main, et des couronnes sur lesquelles dix siècles s'étaient usés se sont trouvées en poudre dans 24 heures. Dès lors, ces hommes là sont aveugles, qui, niant cette œuvre de leur siècle, s'efforcent de transporter au sommet de la montagne les institutions surannées des lustres écoulés, comme s'ils pouvaient limiter le déluge intellectuel de la démocratie, comme s'ils avaient mesuré la hauteur où le flot doit s'arrêter.
Toutes les entraves dont vous vous efforcerez d'enlacer l'enfant-géant, maintenant qu'il connaît sa force, ne seront que des fils qu'il brisera en souriant. - Puis, chaque siècle a son œuvre à faire, et malheur à ceux qui veulent perpétuer cette même œuvre de siècle en siècle. Selon l'admirable parole de Chateaubriand: « On ne fait point reculer les générations qui s'avancent en leur jetant à la tête des fragments de ruine et des débris de tombeaux. Les insensés qui prétendent mener le passé au combat contre l'avenir sont les victimes de peur témérité: les siècles en s'abordant les écrasent. » - Puis, dites-nous le, n'est-ce pas une perturbation de l'ordre naturel que cette barrière jetée au-devant de la démocratie?... Pourquoi vouloir détourner le fleuve du lit qu'il se creuse?... Laissez donc couler son flot, et soyez persuadés qu'il est dans l'ordre qu'il se rende à l'océan! Ensuite, nous le répéterons : Ne cherchez pas d'identité entre cette époque du monde qui a nom moyen-âge, et cette autre période qui s'appelle le XIXe siècle. Voyez donc en deux mots la différence essentielle qui existe entre ces deux époques. Au moyen âge que voyez-vous?... L'individu gouvernant sous le nom de roi, des nations dont la seule destinée semble être de vivre, de souffrir et de mourir sous le poids d'un pouvoir qui prétend tenir ses privilèges de la divinité. C'est encore le même individu décimant à son bon plaisir la vie de ses sujets, ou leur suçant un impôt, dont le produit devra engraisser la cour royale, ce cloaque de dégradation morale dans laquelle disent les vieux historiens du temps, se passaient journellement moultes vilennies et saletés.
Aujourd'hui, au contraire, c'est la main de la démocratie qui raye partout ce mot de roi, croulant de vétusté. Puis, c'est le principe du pouvoir électif admis sur la base la plus large, et reconnu comme guide de tout gouvernement populaire. Que voyez-vous encore au moyen âge?... Des majestueuses basiliques, d'immenses abbayes, élevées à force de tailler et de mortailler les vilains. Aujourd'hui, c'est la masse d'un peuple qui contribue à creuser des canaux, à tracer des chemins de fer, à ouvrir des routes électriques, qui auront pour effet de multiplier la prospérité de toute la société. Au moyen-âge l'industrie consistait à teindre la pourpre éblouissante qui devait couvrir les royales ou chevaleresques épaules de l'individu-roi, ou de l'individu-noble. Aujourd'hui, on tisse partout les étoffes qui vêtiront le peuple, ce seul souverain de droit naturel. - Si l'on veut pousser plus loin le rapprochement, que voit-on encore au moyen-âge?... C'est l'intolérance religieuse appuyée et soutenue par l'intolérance politique. Alors, voyez les suites de cette alliance de deux erreurs. Au nom de la religion pure, civilisatrice et humanitaire du Christ, on massacre tout un peuple d'Albigeois. Au nom de celui qui avait accueilli les gentils, on allume des bûchers séculaires pour les juifs. Au nom de celui qui avait dit le premier : Charité et Fraternité, on introduit en Espagne les tortures de la Sainte-Inquisition. Encore et toujours au nom de l'ordre social, de la morale publique, on aiguisait en France le poignard monarchique de la St-Barthélémy, qui eut pour pendant sous Louis XIV la révocation de l'édit de Nantes.
Si maintenant l'on veut jeter un coup-d'œil sur les persécutions exercées par les protestants contre les catholiques, on y retrouvera également le même esprit d'aveugle fanatisme, d'intolérance générale, et de profonde animosité.
En Allemagne, la philanthropique réforme de Luther s'annonce dès son apparition par un tissu de brigandages et de meurtres, qualifiés du nom de guerre des paysans.
En Suisse, Zuingle et Calvin, répandent leurs doctrines à la Mahomet, la bible d'une main, le poignard de l'assassin dans l'autre, et allument entre les cantons de l'Helvétie, ne affreuse guerre civile, qui jusqu'au dix-huitième siècle couvrit de sang et de rune la patrie de Guillaume Tell.
En Suède, le Néron du Nord, Christiern II donna le signa de longues dissensions religieuses en massacrant à sa table tout le Sénat et six cents victimes dévouées d'avance à la mort sous prétexte de défendre le catholicisme. Aussi lorsque Gustave Wasa eût introduit la réforme en Suède, les représailles des protestants y furent-elles longues et déplorables.
En Danemarck, Frédéric III inaugura le même régime d'intolérance religieuse.
Enfin en Angleterre la réforme forcément implantée par un bigame couronné, ne s'établit qu'à l'aide de persécutions qui par leur odieux raffinement rappellent involontairement les plus beaux jours des Césars romains; et certes comme monument de tyrannie et d'inhumanité les statuts d'Édouard VI et d'Élisabeth3, ne valent-ils pas les édits les plus stupidement sanguinaires de la cruelle brute de Caprée.
Aujourd'hui au contraire tous les hommes, appuyés sur la loi de leur conscience, ont reconnu que comme hommes et êtres-libres, ils sont tous frères; ils ont reconnu qu'il était absurde de croire qu'on pût s'imposer des croyances fortes et sincères à l'aide du pieux système Maintenon des dragonades. Alors on a vue le noble spectacle de la liberté des cultes admis et respecté dans tous les pays civilisés; et l'homme juif, pouvant enfin voir dans l'homme chrétien un frère et un semblable au lieu de n'y voir qu'un sectaire fanatique et qu'un bourreau.
D'autres raisons toutes-puissantes viennent encore trancher les différences qui existent entre l'époque purement monarchique et la nôtre; et en première ligne se présente l'extension ou plutôt la création de l'éducation populaire.
En effet ce germe puissant de toute liberté n'était même pas conçu au moyen-âge, et tandis que d'un côté le servage créait les hommes, ces rois de la création, la propriété héréditaire du haut bannerêt ou du pieux abbé, de l'autre l'ignorance la plus lourde et la plus profonde devenait aussi propriété héréditaire de toute les classes sociales; et hors les lambeaux de faits historiques conservés par les moines, tous les monuments entassés par l'histoire disparurent dans ce chaos de la barbarie. Aussi lorsque quelques vibrations de lumière commencèrent à se manifester dans ce lourd atmosphère, il se déclara une opposition instinctive à la recevoir parmi les plus hautes classes de la société. Et ceci se conçoit parfaitement, si l'on réfléchit aux motifs peu intellectuels qui créèrent la noblesse, motifs rendus avec une terrible naïveté dans ces vers d'un ancien troubadour:
Une grand vilain entr'eux élurent
Le plus osseux de quan qu'ils furent;
Si le firent prince et seigneur.
Aussi les nobles hommes sentant bien que leur intelligence n'était pas aussi finement trempée que le taillant de leur épée se transmirent religieusement l'engorgement de l'intelligence comme une marque sensible de la supériorité de leur nature sur celles de manants. Alors comment ne pas jeter aujourd'hui le mépris et la dérision sur un état de société dont les guides et les chefs disaient dans leurs actes publics : - « Et le dit seigneur a déclaré ne savoir signer, attendu sa qualité de gentilhomme. » N'était-ce pas là sacrifier un peu trop les qualités de l'être intelligent pour satisfaire à celles qui semblaient devoir être inhérentes au titre de gentil chevalier?
De nos jours un semblable mépris de tout ce qui tient à l'intelligence ne pourrait plus se rencontrer nulle part. La création de l'imprimerie, levier d'Archimède du monde moral, trouva son point d'appui dans les masses sociales; et dès-ors le monde fut soulevé et régénéré. La noblesse féodale tomba rapidement et devint de moins en moins puissante dans l'État, tandis que le peuple reconnut enfin qu'il était la véritable base et le principal soutient de la société. La liberté d'examen en politique et en religion, vint saisir aux entrailles cette société du moyen-âge qui avait outrepassé son temps, et qui devenait par trop lourde pour le peuple et les consciences des hommes.
L'impulsion était donnée; les communes s'affranchissaient peu à peu, et les rois commençaient à s'appuyer un peu plus sur leurs armés et féaux sujets, pour se débarrasser de leurs beaux et bien aimés cousins, les hauts barons qui sans égards pour la tendresse et l'amitié de leurs suzerains les soumettaient souvent à leurs rudes caprices et volontés.
Cette alliance tacite du peuple et de la couronne produisit la puissance du tiers-état, ébauche du gouvernement représentatif moderne. C'est alors que l'on voit l'humanité se modifier profondément; le peuple serf se souleva sur le coude, et jeta à l'horizon encore sombre un de ces regards qui devinent de pures et chaudes clartés derrière l'humide brouillard de la tempête. Les hommes du peuple avaient dit: croisade éternelle pour la conquête de nos droits; dès lors toutes les forces sociales furent dirigées constamment vers le saint berceau des libertés populaires; et malgré les violences de la barbarie, et malgré les flots de sang perdus dans cette guerre, les légions de pèlerins n'ont jamais fait défaut à l'appel des Pierre l'Hermite de la démocratie.
Ainsi de quelque côté qu'on veuille se retourner dans le moyen-âge, on ne rencontre que la disparité la plus choquante, que l'anomalie la plus grande avec notre société moderne. Partout au moyen-âge unité et toujours unité. Unité dans le gouvernement, unité de religion, unité dans l'oppression, partout cette condition inhérente aux formes voulues alors pour la société, excepté toutefois dans le droit à la liberté civile et religieuse, qui par une malheureuse exclusion se trouve réduit à l'état du zéro isolé... Aujourd'hui, on a proclamé le droit de participation du peuple au gouvernement qui le régit, on a admis la liberté d'examen pour la société civile; on a décrété la liberté d'examen sur les rapports rationnels que l'être intelligent peut avoir avec la divinité; on a enfin reconnu la liberté d'opposition à tout pouvoir qui viole les libertés de la nation ou ne satisfait pas à ses besoins.
Ne poussons donc pas plus loin les rapprochements, et sans parler des vices de la législation moyen-âge, sans toucher à l'arbitraire et à l'absurdité de l'administration judiciaire dont les arrêts dépendaient de ce que l'on appelait le jugement de Dieu; passions à l'examen historique des institutions des monarchies constitutionnelles contemporaines.
À la féodalité abattue par Louis XI, avait succédé en France la monarchie absolue, qui atteignit sa plus large application sous Louis XIV, décrut avec Louis XV, et tomba sous Louis XVI.
Le drame sanglant de la révolution de 1789, terminé trois ans plus tard par l'établissement de la première république française, ne fut que l'explosion d'une pensée d'émancipation générale que couvait depuis longtemps l'Europe. Aussi cette pensée mûrie dans la nation par des siècles d'une affreuse oppression, préparée avec le sang-froid mortel d'une vengeance préméditée, produisit en éclatant au jour une révolution morale toute-puissante, qui se traduisit bientôt par la consécration malheureuse d'un baptême de sang. - « Cette révolution sanguinaire doit inspirer une profonde horreur, c'est là le crime de toute une nation, » a-t-on vociféré sur tous les tons. Et pourquoi donc, n'ajoute-t-on pas que ce fût là un événement providentiellement nécessaire?... Froidement et sans préjugés, qu'on nous dise donc la raison du contraire?... De même que dans la théorie du raisonnement, on établit inébranlablement la bonté d'un principe d'après la justesse et la vérité des conséquences qui en découlent; de même il semble que dans l'examen philosophique des faits historiques, on peut logiquement conclure la nécessité d'un événement d'après les résultats ultérieurs qu'il produit. Or la révolution de '89, examinée et jugée à ce point de vue, abstraction faite des désordres sanglants qui l'accompagnèrent, se trouve être la grande préface des progrès humanitaires, le premier jalon planté sur la route toujours s'élargissant du genre humain.
Néanmoins, cette république trouva son tombeau dans l'énormité même de ses excès. La majorité ne comprenait pas encore l'identité essentielle qui doit exister entre les mots: Républicanisme et ordre social. Et hâtes-nous de le dire, il ne pouvait en être autrement. La république de Danton et de Marat n'est dans son application qu'une souillure et une négation de la véritable république, de la république telle que l'ont comprise Washington et Jefferson.
Aussi la France pour se soustraire à ce républicanisme farouche qui, pendant bien longtemps ne lui est apparu qu'enveloppé du suaire funèbre et rongé de sang de '92, la France, disons-nous, consentit sans peine à traverser le règne tout phénoménal et exceptionnel de Napoléon. Plus tard la coalition des rois imposa encore à la France un sceptre de droit divin, miraculeusement tombé de l'arçon de selle d'un Cosaque. Mais tout en s'asseyant sur le trône à l'aide de la force étrangère, les Bourbons sentirent que les maximes absolutistes de leur ancêtre Louis XIV, ne fonctionneraient plus avec le peuple qui avait fait les États-Généraux de Louis XVI; et alors force leur fut de décréter la charte des monarchies constitutionnelles.
Cette concession arrachée au système purement monarchique par la seule force de l'opinion générale, fut le résultat nécessaire de la révolution de '89. Car c'est dans cette lutte que l'arbitrage suprême et sans appel de la couronne, s'était brisé à jamais dans les séances tumultueuses des États-Généraux. Le peuple admis par ses mandataires dans le sein du gouvernement, s'était fait bien vite à l'habitude de régler les lois qui devaient le gouverner; il s'était fait à l'habitude d'examiner avec curiosité l'emploi que l'on voulait faire des impôts dont il était chargé; il s'était aussi habitué à peser dans sa balance les privilèges royaux, et rompu bientôt à cet exercice de ses droits, il ne voulut plus les abandonner. C'est là en effet ce qui donne tant de force et d'avenir aux conquêtes de la Démocratie. Le peuple réunit ces conquêtes à son domaine, et alors, une fois déposés dans les masses, des droits qui semblaient devoir être éphémères acquièrent un perpétuel lendemain, en s'incrustant en quelque sorte dans la pensée et la volonté générale de la société.
Or, le système des monarchies constitutionnelles ne pouvait pas fournir une longue carrière parce qu'une royauté inquiète s'était refusée à le régler sur le pas immense que le peuple avait fait en 1789 dans la voie des réformes. Aussi dès le premier contact du nouveau système avec le peuple, on pût prévoir que ce simple choc avait déjà usé de la monarchie constitutionnelle. Cette forme de gouvernement renfermait en effet deux grands défauts. Le premier était d'avoir laissé trop d'élasticité à la prérogative d'une couronne qui ne cherchait qu'à reconquérir lentement des privilèges dont l'application était devenue incompatible avec les progrès successifs de la civilisation politique. - Le second défaut était d'avoir trop restreint le système électif qui était devenu une nécessité impérieuse pour les nations de l'Europe.
Les Bourbons n'accordèrent le droit d'élection qu'à des classes privilégiées, et le droit de vote, qui devrait être le droit de tout homme né membre libre d'une société, fut exclusivement accordé à l'homme qui pouvait dire : « Je suis propriétaire et j'ai de la richesse! » Honteuse maxime qui secoue jusque dans leurs fondements les lois de la justice et du sens-commun en même temps qu'elle brise les nobles sentiments du bien public, en enlevant toute participation et toute influence dans l'état, à une grande partie de la population qu'il renferme.
La loi électorale contemporaine, telle qu'elle existait en France avant le 24 janvier 18484, et telle qu'elle existe encore aujourd'hui pour nous, n'est donc qu'une immorale absurdité dans son principe, puisqu'écartant les droits qu'ont par eux-mêmes, tous les hommes nés citoyens d'un état libre, elle fait dépendre les droits de ces mêmes citoyens de la somme de richesses foncières qu'ils possèdent. Cette loi est également fausse et arbitraire, puisque dans son application elle tend à dire que la société ne doit pas s'attendre à trouver dans le pauvre et simple ouvrier, accomplissant courageusement son lourd travail de chaque jour, la même grandeur dans les sentiments, le même patriotisme dans le cœur, que chez l'homme qui a acquis ses droits politiques, en vertu de la valeur de sa propriété et de la pesanteur de sa cassette.Or la monarchie constitutionnelle, appuyée sur des bases aussi vicieuses ouvrait en outre un vaste champ aux intrigues de la couronne, laquelle en usa largement pour s'attacher la bourgeoisie, et pour écarter le peuple des affaires publiques. Elle renfermait donc en elle-même un germe de dépérissement que les événements et l'ardent travail des républicains, parvinrent à mûrir promptement. Le peuple français, sapeur naturel des nations européennes dans la voie des réformes démocratiques, donna bientôt un rude coup à la monarchie constitutionnelle en arrachant Charles X du trône de ses pères; puis après un nouvel essai du gouvernement tempéré, à l'ombre de la Charte de 1830, il s'est encore lassé de cette demi-liberté politique, et la chute du roi-citoyen est venu clore la liste de tous les potentats par droit divin ou de conquête.
Tous les pays éclairés de l'Europe se précipitent aujourd'hui sur les traces battues par la France.
Du Tage à la Vistule, et du Cap Nord au Cap Corse, la grande pensée qui plane sur notre siècle a fait battre les artères des opprimés de ce monde, et fait peser une lourde inquiétude sur les crânes couronnés. L'Émancipation sociale, spectre-géant penché sur les nuits de ces hommes-rois, a dû leur crier la haine des nations au souvenir des persécutions et des massacres accomplis par leur nobles ancêtres, et perpétués ensuite par eux-mêmes, sans doute encore et toujours en vertu du droit d'hérédité.
Ce spectre ...
...
Jamais en effet notre cause ne tombera, parce que le cri de la liberté qui a ébranlé les entrailles des peuples de 1848, a déjà poussé des racines trop profondes dans les couches du globe pour que ces racines n'alimentent pas sans cesse des idées universellement démocratiques. Jamais notre cause ne tombera parce que Dieu, le droit et la vérité, qui lui ont fournis tous ses principes, devront toujours lui servir d'égide....
Les membres du
CLUB NATIONAL DÉMOCRATIQUE.
Montréal, 29 mai 1849.
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31 mai 1849.
Notes de l'éditeur
- Manifeste du Club national démocratique, La bibliothèque politique de l'État canadien
- Le "Club national démocratique" se préparant à écraser le lion britannique