Tendances de la langue française au Canada jusqu'en 1996

De La Bibliothèque indépendantiste
Aller à : navigation, rechercher


Tendances de la langue française au Canada jusqu'en 1996
dans L'Action nationale, 1998




Ce texte est la version abrégée du Mémoire présenté au Comité mixte permanent des Langues officielles, Sénat et Chambre des communes, le 28 avril 1998. Le travail du résumé du texte a été effectué par Lucia Ferretti, Département des sciences humaines, Université du Québec, Trois-Rivières.



Les comptes rendus officiels sont souvent un peu trop euphoriques au sujet de la situation et de l'avenir du français au Canada. Les observations suivantes devraient suffire à dissiper ce qui reste d'illusion à cet égard. Toutes les données proviennent de Statistique Canada.

L'effondrement démographique des populations francophones du Canada

Regardez bien les chiffres du tableau suivant, et comparez notamment le nombre des enfants avec celui des adultes hors Québec. La baisse démographique n'est pas attribuable, évidemment, au commissaire aux langues officielles. Mais ce qui l'est, en revanche, c'est l'illusion qu'il entretient chez les Canadiens français lorsqu'il écrit : « La légère diminution des membres des communautés francophones [hors Québec] pourrait n'être que temporaire » (Rapport annuel 1997, p. 16).

Le rôle essentiel de l'assimilation dans le déséquilibre linguistique au Canada

Le déséquilibre linguistique entre le français et l'anglais au Canada n'est pas dû d'abord à la sous-fécondité des Canadiens français. En effet, les taux de natalité des anglophones du Canada (langue maternelle anglaise) sont tombés sous le seuil de renouvellement des générations 10 ans avant qu'une baisse similaire ne se manifeste chez les francophones. Les deux groupes linguistiques sont maintenant insuffisamment féconds.

Si l'on ne peut accuser la démographie, alors quelle est la cause principale du déséquilibre linguistique ? C'est l'assimilation à l'anglais, c'est-à-dire l'anglicisation.

En effet, grâce à la puissance assimilatrice de l'anglais, les populations anglophones n'accusent nulle part de déficits intergénérationnels aussi marqués que ceux qui minent les populations francophones. Dans l'ensemble du Canada, le recensement de 1996 a montré un gain net pour l'anglais de plus de 2,2 millions de personnes, à la suite de l'anglicisation des francophones et des allophones (autre langue maternelle). Au contraire, le français subissait une perte nette, par voie d'anglicisation, de plus de un quart de million de personnes. L'anglicisation des jeunes adultes francophones et allophones produit ensuite suffisamment d'enfants anglophones pour combler presque entièrement l'écart créé par les taux de natalité insuffisants des populations anglophones du Canada, - et même du Québec.

L'anglicisation hors Québec est passée de 54 % en 1971 à 67 % en 1991.

La disparition tendancielle

Les données du recensement montrent que de 1971 à 1996, la population utilisant le français au foyer à l'extérieur du Québec a diminué de 8 %, et que les seules minorités de langue française qui ont connu une croissance étaient celles du Nouveau-Brunswick (du moins jusqu'en 1991) et de la Colombie-Britannique (+ 5 077 en 25 ans). En Ontario, la population parlant français au foyer a diminué de 13 %. Les six autres minorités francophones sont fermement engagées dans la voie de la disparition tendancielle et accusent des diminutions de 20 % et plus depuis 1971. Le recul atteignait 56 % à Terre-Neuve, 31 % dans l'Île-du-Prince-Édouard, 24 % en Nouvelle-Écosse, 42 % au Manitoba, 63 % en Saskatchewan et 21 % en Alberta.

Il faut donc corriger les propos du Directeur de la démographie à Statistique Canada, et affirmer, malheureusement, que la disparition tendancielle est maintenant la règle (et non l'exception) chez les minorités francophones des provinces du Canada, sauf au Québec.

Le supposé progrès du français au Canada

Le Directeur de la Division de la démographie à Statistique Canada a affirmé au Comité mixte permanent des langues officielles : « Il y a eu certes une augmentation du nombre et de la proportion de ce qu'on peut appeler les locuteurs du français, des personnes [au Canada] qui sont capables de parler le français, soit comme langue première, soit comme langue seconde » (Délibérations, 17 février 1998, 5 :13).

Le nombre de ces personnes a certainement augmenté, mais leur proportion n'augmente pas. D'après les données du recensement, le pourcentage de Canadiens qui peuvent parler le français au Canada est passé de 32 % en 1951 à 31 % en 1996.

Ce phénomène s'explique par l'augmentation du nombre des personnes bilingues anglais-français, combinée avec la diminution du nombre de personnes unilingues français (capacité de parler le français mais pas l'anglais). D'ailleurs, le groupe des français unilingues a diminué de 30 000 entre 1991 et 1996. Il s'agit là d'une autre diminution historique, et cela signale sans doute le début d'une tendance à la baisse.

L'anglais n'est pas du tout dans la même situation. Depuis 1951, le nombre d'unilingues anglais au Canada a augmenté en moyenne de plus de un million de personnes aux cinq ans, et la proportion d'unilingues anglais est demeurée constante, soit 67 %. En 1996, pas moins de 84 % des Canadiens parlent l'anglais comme langue maternelle ou langue seconde.

Conclusion

Il est illusoire de prétendre que le français progresse au Canada. Le français est en danger au Canada dans toutes les provinces anglophones. Il n'est même pas à l'abri de toute inquiétude au Québec.

(http://web.archive.org/web/20050312211402/http://www.action-nationale.qc.ca/acadie/castonguay.html)