Tendances de la langue anglaise au Québec

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Tendances de la langue anglaise au Québec ou comment la langue qui est menacée n'est pas celle pour laquelle tant de bonnes âmes s'émeuvent
dans L'Action nationale, 7, sept. 1998




Ce texte est un résumé d'une partie du Mémoire présenté au Comité mixte permanent des Langues officielles, Sénat et Chambre des communes, présenté par Charles Castonguay, le 28 avril 1998 ; et de l'article du même auteur, « Tendances de l'assimilation linguistique des allophones dans la région de Montréal », paru dans L'Action nationale, LXXXVIII, 7, sept. 1998, 55-68. Ce résumé a été préparé par Lucia Ferretti, de qui sont les sous-titres.



Depuis 1991, la population anglophone du Québec est restée stable

Les données du recensement montrent que la population dont la langue d'usage est l'anglais, au Québec, a diminué de 14 % entre 1971 et 1991, mais qu'elle est demeurée stable entre 1991 et 1996. On a souvent en mémoire l'émigration de quelque 200 000 Anglo-Québécois durant la décennie qui a suivi l'élection du Parti Québécois, en 1976. Ce qu'on sait moins, c'est que 200 000 autres départs ont eu lieu entre 1966 et 1975, après la Révolution tranquille (Statistique Canada ne recueillait pas de données sur la migration interprovinciale avant 1966).

L'« exode anglophone » a donc débuté bien avant 1976. Depuis le milieu des années 1980, il semble terminé. Comment expliquer que la population anglophone du Québec se soit stabilisée malgré le nombre des départs ? Non, ce n'est pas grâce à la fécondité, car les anglophones du Québec n'ont pas une fécondité suffisante pour assurer le remplacement des générations. La réponse, c'est que le pouvoir d'assimilation de l'anglais, en particulier dans les régions de Montréal et de l'Outaouais, compense efficacement l'émigration.

L'échec relatif de la francisation au Québec

Dans les provinces anglophones du Canada, il n'y a pas d'assimilation au français. Ce n'est qu'au Québec, province à plus de 80 % francophone, que le français profite quelque peu de l'assimilation. Or, le tableau ci-dessous montre que même dans ces circonstances, les gains de l'anglais demeurent autrement plus impressionnants, notamment en matière d'assimilation actuelle.

Une lecture rapide du tableau montre que les gens d'origine ethnique anglaise comptent pour 7,17 % de la population du Québec, mais que 11,2 % de tous les Québécois ont l'anglais comme langue d'usage. L'anglais attire donc nettement plus que ce à quoi on pourrait s'attendre si c'était une langue menacée au Québec.

Dans l'ensemble du Québec, on compte, en 1991 comme en 1971, un peu plus de francophones anglicisés que d'anglophones francisés. Cette dominance directe de l'anglais sur le français est restée remarquablement stable dans les régions à forte concentration anglophone. Par exemple, dans la partie ouest de l'île de Montréal, à 47 % anglophone, on constate en 1991 une anglicisation actuelle nette des francophones de l'ordre de 7 %, comme en 1971. Autre exemple, dans la partie de l'ouest du Québec formée des comtés de Gatineau et de Pontiac, à 34 % anglophone, 4 % des francophones sont anglicisés.

Quant aux allophones, la part du français dans leur assimilation nette n'a atteint que 40 % en 1996, comparée à 26 % en 1971, avant la loi 101. En 1991, 129 521 allophones étaient anglicisés, et seulement 72 237 allophones étaient francisés, et ce, dans une province à 80 % francophone, répétons-le. C'est dire que la francisation du Québec a subi un échec relatif, malgré la loi 22 et la loi 101.

Quelques vérités-choc à propos de l'assimilation des immigrés et allophones à la langue française

Vérité n° 1 : Dès 1976-1980, le plafonnement du français comme langue d'assimilation des nouveaux arrivants était visible. Il n'y a pas eu d'amélioration significative depuis près plus de 20 ans.

Vérité n° 2 : De 1971 à 1996, la société d'accueil de langue anglaise a profité davantage de l'assimilation des allophones nés au Québec, que la société d'accueil de langue française. En effet, parmi les allophones nés au Québec ou au Canada, le recensement de 1996 a compté dans la région de Montréal quelque 35 000 anglicisés de plus qu'en 1971, alors que le nombre de francisés n'a augmenté que d'environ 9000.

Vérité n° 3 : Ce sont les dispositions des lois 22 et 101 relatives à la langue de scolarisation qui ont permis de hausser la part du français dans l'assimilation. Si de 15 à 17 % des allophones immigrés de 0 à 14 ans s'assimilaient au français avant 1961, leur pourcentage est monté à 80 % pour la cohorte de 1981-1985, et il plafonne depuis. Si bien qu'on peut dire que depuis 15 ou 20 ans, la loi 101 semble avoir fait sentir tous ses effets en ce qui concerne la réorientation de l'assimilation des immigrés. Les données de 1996 confirment simplement que la partie de la hausse de la part du français dans l'assimilation qui serait directement attribuable aux lois 22 et 101 semble entièrement tributaire du nouveau régime scolaire.

L'essoufflement de la francisation a certainement à voir avec la défaite du « oui » au référendum de 1980 sur la souveraineté-association et, dans sa foulée, l'activisme fédéral et fédéraliste en faveur d'un retour du Québec au bilinguisme anglais-français. Cet activisme, du reste, s'est encore accentué depuis la défaite du « oui » au référendum de 1995. Le Commissaire aux langues officielles du Canada intervient constamment en faveur de l'élargissement de l'accès à l'école anglaise pour les enfants d'immigrants. Or, c'est justement la scolarisation en français qui est la seule disposition des lois linguistiques à avoir infléchi de façon sensible l'assimilation en faveur du français !!

C'est le français qui est en difficulté au Québec, pas l'anglais

Au total, donc, après 30 ans de volonté nette de faire du français non seulement la langue officielle mais la langue commune du Québec, et malgré les lois 22 et 101, seulement 40 % des allophones sont assimilés au français au Québec. Et cela, beaucoup grâce aux dispositions des lois linguistiques sur la langue de la scolarisation.

On peut donc parler d'un plafonnement, voire d'un essoufflement de la francisation. D'autant qu'aux facteurs dont on a déjà parlé, s'ajoute celui de la sous-fécondité des francophones. Le poids de la majorité francophone est à la baisse au Québec depuis 1986. Cela laisse prévoir que dans quelques décennies il y aura l'amorce d'un déclin en chiffres absolus (Termotte, 1996, 167). Dans la région de Montréal, où 80 % des allophones du Québec élisent domicile, le poids des francophones passera bientôt sous le seuil de 50 %. Dans ces conditions, il n'est pas exclu que l'anglais connaisse de nouveaux succès comme langue d'assimilation des allophones.

(http://web.archive.org/web/20050312211530/http://www.action-nationale.qc.ca/acadie/castonguay2.html)