Résolutions de l'assemblée de Saint-Laurent

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Résolutions de l'assemblée de Saint-Laurent
Sujets patriotes
15 mai 1837



Sur motion de M. Paschal Persillier Lachapelle, de la Côte des Neiges, secondée par M. Joseph Binette, de Ste-Geneviève.

RÉSOLU, 1 : Que les résolutions soumises au nom du ministère anglais par lord John Russell le 6 mars dernier, dans les communes de la métropole, détruisent de fait les droits et les libertés du peuple de cette province, droits et libertés que nous regardons comme les droits de naissance du citoyen anglais solennellement proclamés par l'acte déclaratoire de la 18e Geo. III; que cette violation est d'autant plus odieuse qu'elle est accompagnée de l'aveu de la justice des plaintes du pays quant à la constitution vicieuse du conseil législatif, l'un des principaux motifs qui ont forcé la Représentation de cette colonie à refuser les subsides afin d'obtenir la réparation de ce grief, source première de tous les abus qui pèsent sur cette province.

Sur motion d'André Jobin, écuyer, M. P. P. secondée par C. S. Cherrier, écuyer. M. P. P.

RÉSOLU, 2 : Que le peuple de cette province avait lieu de s'attendre par le rappel du ci-devant gouverneur en chef, que son successeur suivrait une politique plus juste, plus libérale et plus franche : qu'il a été trompé dans cette attente en voyant le vieux système de déception et d'intrigues accompagner tous les actes de la présente administration : que tout ce qu'il y a d'injuste et d'atroce dans le plan de coercition projeté par le ministère anglais est de la suggestion du gouverneur actuel et de ses associés qui, se donnant comme missionnaires de paix et de conciliation, n'ont employé ce moyen que pour mieux décevoir et qui dans le temps même où ils faisaient des promesses de larges réformes sollicitaient l'intervention du parlement impérial afin que par l'exercice de la force il nous ravît nos droits.

Sur motion du Capt. Stanislas David, du Sault-au-Récollet, secondée par M. François Tavernier, de Montréal.

RÉSOLU, 3 : Que quand nous avons demandé l'intervention du parlement impérial pour le bon gouvernement de cette province, nous ne l'avons fait qu'en exprimant le sens dans lequel il devait nous accorder des réformes voulues par la grande majorité des habitants du pays : que ce ne sont pas d'après des vues européennes ou des recommandations d'individus étrangers au pays et à son état social que nos institutions politiques doivent être changées, mais seulement d'après nos voeux et les recommandations exprimées par nos représentants librement élus et seuls compétents à connaître des besoins qu'ils partagent avec nous et à réformer des institutions dont ils sentent comme nous les funestes effets : que nous répudions d'avance les faibles palliatifs que l'on prétend apporter à des maux dont on laisse subsister la source et que nous persistons à demander, par l'extension du système électif, des institutions analogues à celles des ci-devant colonies de la Nouvelle-Angleterre, comme les seules qui conviennent à notre état de société et les seules qui puissent faire cesser en Canada d'odieuses distinctions nationales que nous répudions, et comme les seules qui puissent y servir de base à un bon gouvernement.

Sur motion de M. Joseph Labelle, de la Longue Pointe, secondée par M. François Quenneville, de St-Laurent.

RÉSOLU, 4 : Que la politique astucieuse suivie par Archibald comte de Gosford, jointe aux mesures tyranniques proposées par le ministère et soutenues par une majorité dans la chambre des communes, ôte tout espoir aux colons d'attendre aucune justice de la métropole tant que des hommes de principes plus justes et libéraux n'auront pas la direction des conseils de l'État : et qu'en conséquence nous prions nos représentants, nos concitoyens des autres comtés de la province, nos frères colons des provinces voisines, de ne plus suivre la routine avilissante de demander au roi, aux lords et à leurs vassaux dans la chambre des communes, cette justice que nous n'avons attendue de leur part, qu'alors que nous ne les connaissions point.

Sur motion de Dr. Valois, J. P. de la Pointe Claire, secondée par M. Ludger Duvernay, de Montréal.

RÉSOLU, 5 : Que dans les circonstances actuelles, il est urgent de recourir en premier lieu à quelques moyens de paralyser l'attaque dirigée contre nos droits et nos libertés, en tarissant la source du revenu que les mesures du ministère ont pour but de nous dérober.

Sur motion de M. Urbain Desrochers, de la Pointe-aux-Trembles, secondée par M. Rémi Lecavalier.

RÉSOLU, 6 : Que le revenu dont nos oppresseurs veulent inconstitutionnellement s'emparer se prélève principalement sur les rhums et eaux-de-vie, sur les vins, les thés, les sucres et les tabacs régulièrement importés et payant des droits d'entrée aux douanes; que le bonheur public et privé serait grandement promu par l'abstinence des vins et des spiritueux et que nous la recommandons fortement à nos concitoyens : -- Qu'en second lieu nous recommandons à ceux qui ne souscriront pas à l'abstinence absolue de ces articles de ne faire usage que de ceux qui seront manufacturés dans ce pays. -- Et en 3e lieu, quant à ceux qui ne pourraient se procurer du crû du pays, de faire usage de ceux-là seulement qui auront été importés en contrebande des États-Unis.

Sur motion du Capt. J. Bte Cadieux, de la Pointe-aux-Trembles, secondée par M. François Malo, de la même place.

RÉSOLU, 7 : Qu'une autre grande partie du revenu provincial se prélève par un droit de deux et demi pour cent perçu sur les marchandises manufacturées dans le royaume uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, à leur entrée dans les ports de cette province et qu'une grande partie des produits de cette nature surtout dans les manufactures de lainages, toiles et cotons peuvent se fabriquer dans ce pays ou se tirer des États-Unis; que nous engageons et que nous recommandons à nos concitoyens de faire usage de ceux-ci de préférence, surtout dans le cas où nous saurons que de tels articles auront été fabriqués dans ce pays ou importés en contrebande; que nous encourageons surtout l'établissement de manufactures dans cette province et que nous regarderons comme méritant bien du pays ceux qui établiront ou encourageront les dites manufactures; que nous ne prenons pas ce parti en haine du peuple anglais que nous respectons, et que nous remercions de la sympathie qu'il manifeste pour ses frères canadiens opprimés; mais que nous le prenons en haine des injustices que nous font éprouver les aristocraties whigs et tories et pour l'intéresser à briser le sceptre de fer de ses oppresseurs et des nôtres.

Sur motion de M. P. P. Lachapelle fils, de Lachine, secondée par M. Joseph Cardinal, de la Côte des Neiges.

RÉSOLU, 8 : Que tandis que nous n'avons que des injustices à attendre d'au-delà des mers, nous pouvons les voir très adoucies et peut-être entièrement rendues illusoires en s'attachant à cultiver des communications fréquentes et amicales avec nos heureux et industrieux voisins des États-Unis d'Amérique : que rien ne peut plus prochainement conduire à la prospérité du pays que l'extension de notre commerce avec eux et qu'en conséquence la requête sagement adoptée par les réformistes du Haut-Canada à une époque récente, soit proposée à l'acceptation générale du peuple de cette province pour être présentée au congrès des libres et heureux États-Unis d'Amérique, dans sa prochaine session.

Sur motion du Capt. Dubreuil, de la Pointe-aux-Trembles, secondée par le Capt. Joseph Monarque, de la Rivière des Prairies.

RÉSOLU, 9 : Que dans le cas où les mesures inconstitutionnelles proposées par le ministère seraient adoptées, cette assemblée espère que la Représentation du pays ne s'avilira jamais au point de sanctionner de telles usurpations en votant des subsides aussi longtemps que justice sera refusée au pays.

Sur motion de M. Joshua Bell, secondée par M. Simon Valois.

RÉSOLU, 10 : Que la reconnaissance la plus vive est due par les habitants de toutes les Colonies anglaises et ces remerciements les plus sincères sont faits par cette Assemblée à l'éloquente et vertueuse Minorité qui dans la Chambre des Communes a vraiment prouvé que son amour de la justice embrassait l'empire dans toute son étendue et lui ferait respecter les droits de l'homme en société et ceux des colonies britanniques en particulier. Que nous saisissons également cette occasion pour exprimer nos remerciements à l'Association des industriels de Londres et aux autres réformistes anglais qui ont élevé la voix en faveur d'une colonie opprimée et qui ont compris qu'en foulant aux pieds nos droits et nos libertés c'était établir un antécédent dangereux pour servir à attaquer les mêmes droits et les mêmes libertés du peuple anglais : que nous sommes sensibles à leur sympathie (que nous apprécions vivement) ainsi qu'à celle de nos frères réformistes de Toronto qui ont aussi protesté contre la violation de nos droits communs.

Sur motion de J. A. Gagnon, écuyer, secondée par M. Fleury Saint Jean.

RÉSOLU, 11 : Que nous applaudissons aux efforts de nos frères colons et réformistes de la Nouvelle-Écosse dont la Représentation vient de demander l'introduction du principe électif dans le conseil formant partie de leur législature; un gouvernement responsable aux communes de la colonie et le contrôle du peuple sur tous les revenus publics et autres réformes dans l'intérêt général : que ces demandes et leurs plaintes ont pour source le très mauvais et le même système de gouvernement qui a fait le sujet des mêmes plaintes de notre part depuis longtemps : que nous sommes prêts à seconder les efforts des réformistes de la Nouvelle-Écosse et coopérer avec eux.

Sur motion de M. J. Letourneux, des Tanneries, secondée par M. François Léonard.

RÉSOLU, 12 : Que dans le moment de crise actuelle pour les libertés de ces colonies, il est urgent pour le peuple de cette province de prendre d'autres mesures pour la protection de leurs droits constitutionnels et que dans cette vue nous recommandons à nos frères réformistes d'élire des délégués pour une Convention générale (dont les membre de la chambre d'assemblée et ceux du conseil législatif approuvant et appuyant les assemblées anti-coercitives de comtés qui se tiennent maintenant ou qui se tiendront ci-après, seront membres ex-officio) qui sera tenue dans le cours de l'été prochain à quelque lieu central et convenable. Et que la dite convention pourrait, dans notre opinion, en addition aux membres ci-dessus ex-officio, être composée de délégués des divers comtés, et bourgs dans une proportion double du nombre de représentants élus par eux pour la chambre d'assemblée et que : -- MM. L. Dr. Valois, E. R. Fabre, George Watson, Louis Roy Portelance, Peter Dunn, Urbain Desrochers, Thos. M'Naughton, P.P. Lachapelle, Stanislas David, John Dillon, J. Bell, Jos Ant. Gagnon et Joseph Letourneux, soient élus pour représenter la Cité et le Comté de Montréal dans la dite Convention générale.

Sur motion de Mr. John Dillon, de la Longue-Pointe, secondée par M. Louis Verdon, de St-Laurent.

RÉSOLU, 13 : Qu'il soit maintenant nommé un Comité permanent (avec pouvoir d'ajouter à son nombre) pour veiller aux intérêts politiques de ce comté, pour correspondre avec les autres comtés dans cette province et dans les provinces britanniques, pour adopter telles mesures qui, de temps à autre, leur paraîtront nécessaires pour protéger nos droits et avancer la cause du bon gouvernement dans ces colonies et pour mettre à effet autant qu'il sera en son pouvoir, les diverses recommandations, suggestions et résolutions agréées par cette assemblée :
Que les personnes suivantes composent le dit comité :
MM. P. P. Lachapelle, Côte des neiges; Joseph Binet, Ste-Geneviève; Capt. Stanislas David, Sault-aux-Récollets; François Tavernier, Montréal; Joseph Labelle, Pointe Claire; François Quenneville, St-Laurent; Dr. Valois, Pointe Claire; Ludger Duvernay, Montréal; Urbain Desrochers, Pointe-aux-Trembles; Remi Lecavalier, St-Laurent; Capt. J. Bte. Cadieux, Pointes-aux-Trembles; François Malo, Pointe-aux-Trembles; P. P. Lachapelle J. P. jeune, Lachine; Capt. Dubreuil, Pointe-aux-Trembles; Joseph Monarque, Rivière des Prairies; Joshua Bell, Montréal; Simon Valois, Montréal; Joseph Ant. Gagnon J. P., Montréal; Fleury Saint-Jean, Montréal; Joseph Letourneux, Tanneries; François Léonard, St-Laurent; John Dillon, Longue Pointe; Louis Verdon, St-Laurent; J. Bte Malo, Lachine; Ls. Marteau, St-Laurent; Gab. Valois, Pointe Claire; François Christin dit St-Amour, Joseph Christin dit St-Amour, Capt. Paul Côté, Rivière des Prairies; Joseph Bruyères, Pointe-aux-Trembles; J. Bte Lapierre, Sault-aux-Récollets; Amable Desautels, Sault-aux-Récollets; Pierre Vennier, Sault-aux-Récolletsl Simon Thimmins, Sault-aux-Récollets; Charles Faquener, Sault-aux-Récollets; François Ricard, Montréal; John Hale, Ed. R. Fabre, Peter Even, Thos. McNaughton, John Armstrong, Seraphim Gauthier et Chamilly de Lorimier, Montréal; Guillaume Lecavalier, St-Laurent; Olivier Dumouchel, Paul Dumouchel, St-Laurent; J. Bte Quesnel (fils de Joseph), Lachine; Nicholas Lefebre, Lachine.

La Minerve,
18 mai, 1837


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