Québec quitte ou double

De La Bibliothèque indépendantiste
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Québec quitte ou double
Montréal : Ferron, 1970, 223 p.




Source(s): [1]



Extrait p. 17 :

J'ai fait le projet, il y a dix ans (1960, avec le RIN), de faire l'indépendance du Québec. À l'époque nous étions peu nombreux à y croire et à y travailler. Aujourd'hui des centaines de milliers de Québécois sont embarqués dans cette bataille.

Ce n'était pas un projet réaliste ; il ne fallait pas qu'il le fût. Une action « réaliste » est, par définition, une action réalisable, presque dans l'immédiat. Ce n'est plus un projet, c'est déjà une réussite.

L'homme réaliste est sans cesse dépassé par le succès de ses propres entreprises. Il ne peut pas être un homme de progrès. Au mieux, il entreprendra quelques petites actions facilement réalisables, quelques réformes sans importance qui lui donneront l'impression du mouvement. Parce qu'il bouge il croira avancer.

Au pire, il s'assoira rapidement sur quelques banales victoires et deviendra le plus ennuyeux des conservateurs.

Non, vraiment, faire l'indépendance du Québec n'était pas un projet réaliste. C'était pourtant l'action possible d'une génération.

Extrait p. 62-63 :

Il fallait tout oublier ce que nous avions appris dans nos livres d'histoire. La vérité officielle était tout autre. Ottawa, par décret, nous intima de croire que nous avions fondé le Canada en 1867 à l'aide d'un autre peuple-fondateur, les Anglais du pays.

Du coup, nous avions acquis deux mères-patries. Notre mère-patrie à nous était absente des discussions, c'est la belle-mère qui ratifia le contrat.

Une seule nation mais deux peuples fondateurs ! La belle affaire !

Cette fraude était accompagnée d'un mensonge inventé par on ne sait trop qui pour servir, on sait trop quels intérêts : la Confédération était un pacte entre les deux nations.

Comme le mensonge venait avant la fraude, il y était encore question des deux nations.

Or aucun texte, aucun discours, aucune déclaration, ni avant, ni pendant, ni après la signature de la loi anglaise qui nous tient lieu de constitution ne font état de ce prétendu pacte.

Il s'agit là d'une pure invention pour faire croire aux Canadiens français qu'ils ont eu quelque chose à dire sans cette tractation.

La vérité est tout autre. En fait, aucun des deux « peuples fondateurs » ne fut jamais consulté sur la question et c'est par une très faible majorité des votes des quatre provinces concernées alors qu'on décida le regroupement des parties concertantes.

Encore aujourd'hui, un grand nombre de nos ignorants politiciens se plaît à rappeler à l'occasion ce fameux pacte entre les deux nations-peuples-fondateurs.

Mais la thèse des deux nations a la vie dure. C'est alors que, pour détourner l'attention, on inventa que « nation » en anglais ne voulait pas dire la même chose que « nation » en français.

Cela est faux et ridicule mais on trouve nombre de badauds pour le croire. Lord Durham lui-même qui ne parlait pas plus mal anglais que nos experts en sémantique ne s'y trompa, qui déclarait : « I thought I would find here two people working together and I found two nations warring. »

On inventa encore que les Canadiens français forment bien une nation au sens sociologique du mot mais pas dans son sens pratique.

Voudrait-on nous faire croire que, malgré notre existence en tant que nation, groupe sociologique homogène, nous n'aurions pas le droit de nous donner les attributs politiques naturels qui en découlent ?

Il me semble qu'il nous appartient seuls d'en décider sans qu'on nous souffle les réponses !

Or, malgré toutes ces dérobades et tous ces faux-fuyants, force nous est de constater qu'il existe bel et bien une nation canadienne-française que nous sommes libres d'accepter ou non dans son expression politique.

La question qu'on devrait peut-être se poser, même sans rire, est la suivante : existe-t-il une nation canadienne-anglaise ?

Mais c'est à chacun de répondre pour soi.


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