Papineau. Son influence sur la pensée canadienne/Chapitre VI

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Papineau

Son influence sur la pensée canadienne

essai de psychologie historique
Chapitre VI. Le nationalisme et Papineau




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Jules Fournier (1884-1918). Journaliste, écrivain, critique littéraire, fondateur du journal L’Action.
Henri Bourassa (1868-1952). Journaliste, député, fondateur du journal Le Devoir.
Qu’ils le veuillent ou non, MM. Bourassa et Héroux ont pour ascendant direct et indirect l’auteur des 92 résolutions. Ils ne peuvent avoir adopté sa politique et continué son œuvre sans se rattacher par cet anneau au passé toujours vivant, à moins de briser la chaîne des traditions dont ils veulent le maintien. Nous nous garderons bien de dicter son devoir au Devoir, mais beaucoup d’esprits distingués s’étonnent qu’il ne soit pas sorti de son mutisme à l’égard de Papineau que sa gloire et son dévouement à l’Église auraient dû absoudre de son hétérodoxie. On a pardonné davantage à Constantin en faveur de la protection qu’il accorda aux papes. Ce n’est pas un exotique, celui-là, ni un faiseur, ni un opportuniste, il aurait bien mérité lui, l’incorruptible, le patriote sans peur et sans reproche, d’être loué par le plus chauvin de nos journaux quotidiens. Chacun y aurait trouvé son compte.

Il est incontestable qu’Asselin et surtout Fournier se sont inspirés de Papineau et des premiers Canadiens du régime anglais pour rédiger leur doctrine politique. En refusant aux non-catholiques le droit de se dire canadiens-français et de faire partie de notre Société nationale, Bourassa et son entourage n’ont pas été dans la tradition des vieux nationalistes, dont ils se réclament pourtant. Leurs ancêtres politiques n’avaient pas une foi de parade, mais une croyance agissante et un patriotisme militant qui s’est traduit par des œuvres vivantes. Ils ne récitaient pas leur credo à tout propos et hors de propos. Ils ne lançaient pas l’anathème à ceux qui ne partageaient pas leurs croyances. Il n’y a pas de situation plus pénible au monde que celle d’un homme dont le développement intellectuel et moral est cause de sa séparation avec ceux de sa caste ou de son groupe, par exemple d’un conservateur gagné aux idées libérales, d’un catholique devenu protestant ou libre-penseur. Il ne peut plus partager les idées des siens. Il vit aussi isolé parmi ses frères que s’il habitait le Sahara. Cette situation ne semble pas avoir été celle de Papineau. Il n’y a aucun désaccord apparent entre lui et ses coreligionnaires. Je crois même qu’au plus ardent de ses luttes politiques, il n’avait pas encore brisé avec l’Église. Dans aucun de ses discours je n’ai vu d’attaque contre le dogme ou même la discipline ecclésiastique. Les évêques — privément du moins — le considéraient comme leur champion. Il n’était pas homme à mettre une sourdine à ses sentiments, si à cette époque il eut été détaché de ses croyances, ses nouvelles idées auraient transpiré. L’hypocrisie n’était pas encore passée dans nos mœurs politiques. On ne faisait pas flèche du bois de la croix pour atteindre au but de ses ambitions.

On a dit que Papineau avait été conquis par les philosophes du dix-huitième siècle. Certainement il a subi surtout l’influence de Danton et de Robespierre. La proclamation des « Droits de l’homme » lui donna l’idée de ses 92 résolutions empreintes de l’esprit démocratique du temps. Il est certain que si le clergé ne l’avait d’abord lâché, il n’aurait pas consommé le divorce avec une Église qu’il avait défendue en maintes circonstances et dont les intérêts étaient confondus avec ceux de la patrie. La rupture définitive eut lieu après l’échec de la révolution. Il faut savoir le cas que l’on faisait alors de la foi jurée, de la parole donnée, pour comprendre la violence du geste de Papineau. Il n’a jamais pu pardonner cette volte-face de ses alliés d’hier. Après avoir béni ses armes, les conjurés se retiraient sur la montagne pour prier, alors que les autres se faisaient massacrer dans la plaine !... Il avait encore sur le cœur les lettres émouvantes de Mgr Plessis et de tant d’autres prêtres. Des bénédictions lui arrivaient de Rome et de tous les coins de la chrétienté. Quand il passait, les mères élevaient leurs enfants dans leurs bras et les petits le bénissaient de leurs sourires. Daniel O’Connell, le révolutionnaire catholique, lui adressait des épîtres brûlantes qui enflammaient son ardeur. Et voici qu’au moment psychologique, à l’heure de l’holocauste, le prince des prêtres se dérobe, Pierre le renie, les docteurs du temple lancent des proclamations pour le condamner !... La tempête sous ce crâne fut si violente qu’il fallait que la foi ou la tête éclatât. Ce fut la foi qui explosa en laissant dans cette âme un amas de cendre, où couvait le feu sombre de la rancune contre ses collaborateurs d’hier mués en adversaires.



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