Le Québec n'est pas une nation aux yeux des nationalistes canadiens : c'est une province

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Le Québec n'est pas une nation aux yeux des nationalistes canadiens : c'est une province
22 décembre 1999



Cessons donc d’utiliser l’appellation gentille et glorieuse de « fédéralistes » pour parler de Chrétien, Dion, Copps et compagnie. Ce sont des nationalistes et il est temps que les gens le sachent.

Obsédés comme ils le sont par la langue, on pourrait s’attendre à ce que les « souverainistes » soient habiles à utiliser des mots « efficaces » dans leurs discours publics. Or, il n’en est rien. Les « fédéralistes » sont les maîtres du jeu incontestés dans ce domaine. Sachant qu’ils marquent ainsi des points auprès de l’opinion publique, les « fédéralistes » utilisent systématiquement des mots vaguement ou clairement péjoratifs, tel que « séparatisme », « sécession », « nationalisme québécois», etc.. La stratégie est aussi vieille que la politique. De leur côté, et c’est normal, les « souverainistes » se réservent des étiquettes plus nobles pour parler d’eux-mêmes. Il y a donc bien au Canada deux langues officielles.

Ce qui est troublant, c’est de constater que les « souverainistes » adoptent invariablement les étiquettes que les « fédéralistes » se sont eux-mêmes choisies. Pensons justement à ce terme : « fédéraliste ». Voilà un mot noble, qui évoque l’idée de vivre ensemble dans la tolérance. D’ailleurs, de grands philosophes comme Montesquieu et Kant voyaient dans l’idée de fédéralisme une sorte de perfection politique relevant presque de l’utopie. Curieusement, les « souverainistes », non seulement ne remettent pas en question cette étiquette que se sont attribuée les « fédéralistes », mais l’utilisent même pour désigner leurs adversaires. Quelle politesse de la part des « souverainistes »! En utilisant le terme de « fédéralistes » pour parler de leurs adversaires, les « souverainistes » font en quelque sorte la promotion de l’image de marque de leurs adversaires...

Il serait donc temps que les « souverainistes » cessent d’adopter la langue officielle que leur impose l’adversaire. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent se lancer dans une sorte d’enchère verbale. On le voit avec les discours de Pierre Falardeau: évoquer des concepts comme ceux de « dictature », de « prison » ou de « colonialisme » pour parler du Canada ne séduit que quelques « souverainistes » déjà convaincus. D’ailleurs, autant les « souverainistes » ne sont pas des «fascistes », autant le Canada n’est pas une dictature. Les gens le savent et les « fédéralistes » eux-mêmes évitent de plus en plus souvent d’avoir recours à de telles insultes. Il y a bien sûr Galganov, mais est-il plus efficace dans son discours public que Pierre Falardeau? Heureusement, ce dernier a ses films pour compenser.

Il y a longtemps que les « fédéralistes » ont cessé d’être fédéralistes

Soyons donc plus subtils mais également plus efficaces : n’utilisons plus l’étiquette de « fédéralistes » pour parler des partisans du Canada et nommons-les des « nationalistes ». Voilà d’ailleurs exactement ce qu’ils sont : des « nationalistes canadiens ». En effet, il y a longtemps que les « fédéralistes » ont cessé d’être fédéralistes... Pierre Elliott-Trudeau lui-même déclarait en 1964 :

« un des moyens de contrebalancer l’attrait du séparatisme, c’est d’employer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral. (...) Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau, l’hymne national, l’éducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radiophonique et télévisuelle, les offices du film. »

Encore aujourd’hui, le Ministère du patrimoine canadien dispose de près de 250$ millions consacrés à la promotion de l’« identité canadienne ».

Le récent projet de Loi portant sur « l’exigence de clarté » est d’ailleurs un élément-clé de la stratégie des nationalistes canadiens. À trois reprises déjà, des premiers ministres canadiens -- Trudeau, Mulroney, Chrétien -- ont clairement promis aux électeurs québécois de réformer la Constitution mais, à chaque fois, la promesse claire n’a pas été tenue... Aujourd’hui, il n’est plus question à Ottawa de réformer la Constitution pour y reconnaître d’une quelconque façon le caractère distinct du Québec. Non. Ottawa préfère poursuivre sa promotion du nationalisme canadien.

Le Canada est un État-nation, c’est-à-dire l’État d’une nation, la nation canadienne

Ce nationalisme canadien nie par définition l’idée d’une nation québécoise. Ce n’est pas par mauvaise foi que les nationalistes canadiens refusent au Québec le droit à l’autodétermination, mais plutôt pour des raisons philosophiques : le Canada est un État-nation, c’est-à-dire l’État d’une nation, la nation canadienne. Le Canada accepte certes que les nations aient le droit de disposer d’elles-mêmes, mais le Québec n’est pas une nation aux yeux des nationalistes canadiens : c’est une province. Cela explique un des éléments les plus troublants du projet de loi : est stipulé que la souveraineté du Québec « exigerait forcément des négociations (...) auxquelles participeraient notamment les gouvernements de l’ensemble des provinces et du Canada. » On ne parle même plus d’une possible négociation entre Ottawa -- représentant la nation canadienne -- et le Québec -- représentant la nation québécoise -- mais bien d’une négociation à laquelle participeraient toutes les provinces. Même dans un processus d’accession à sa souveraineté, le Québec ne serait toujours considéré par Ottawa que comme une province. Et comme on a vu avec l’échec de l’accord du Lac Meech qu’il ne suffisait que d’une province pour bloquer toute réforme de la Constitution, on peut parier qu’il se trouvera bien une province pour bloquer l’accession du Québec à la souveraineté.

Le Canada avait la chance d’être vraiment cette fédération tolérante qu’il se targue d’être. Il aurait dû, pour cela, reconnaître sa nature multinationale. Il en a été incapable car règne à Ottawa une idéologie non pas fédéraliste mais nationaliste. La structure fédérale centralisatrice n’est qu’un outil entre les mains des nationalistes canadiens. Cessons donc d’utiliser l’appellation gentille et glorieuse de « fédéralistes » pour parler de Chrétien, Dion, Copps et compagnie. Ce sont des nationalistes et il est temps que les gens le sachent.



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