Indépendance et action politique

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Indépendance et action politique
dans L'Indépendance, volume 1, numéro 1, septembre 1962, p. 1



Durant les temps qui ont immédiatement suivi sa formation, le R.I.N. s'est consacré exclusivement à une tâche: démontrer la nécessité et la possiblité de l'indépendance nationale. Bien qu'il reste encore à cet égard beaucoup de travail à faire, on peut certes dire que l'opinion publique, au moins dans la majeure partie du pays, est maintenant sensibilisée à la question.

Mais l'indépendance, pour le Québec comme pour toute autre nation, est lourde de conséquences. Elle n'implique pas tellement de problèmes nouveaux mais donne une perspective nouvelle à la plupart des problèmes traditionnels de notre société. Elle impose donc et permet à la fois des solutions inédites qu'il importe de définir et de proposer à la nation. De plus, l'indépendance amènera le Canada français à assumer lui-même nombre de tâches dont jusqu'ici il a laissé le soin à d'autres, souvent pour son malheur. L'indépendance a donc pour conséquence immédiate la nécessité d'une transformation profonde de nos institutions et de la mentalité de notre société et c'est là ce que nous appelons "la révolution nationale".

Devant le réveil général que l'on constate chez le peuple québécois, réveil qui résulte en partie de l'activité du R.I.N., on pouvait croire que nos institutions nationales et particulièrement nos partis politiques accepteraient des responsabilités nouvelles et s'engageraient sérieusement dans l’œuvre de rénovation nationale. Or il n'en est rien. Les partis politiques sont manifestement dépassés par les événements. On en voit un exemple frappant dans la pusillanimité du gouvernement à l'égard de la nationalisation de l'électricité.

Malgré tous les grands discours et les déclarations fracassantes sur la "libération" économique et la mission de "l'État du Québec", il est maintenant évident que la véritable libération ne se fera pas ni nous ne la faisons pas nous-mêmes, ou tout au moins si nous ne sommes pas prêts à la faire nous-mêmes. Ce que nous voulons, ce n'est pas simplement modifier quelques lois, c,est transformer un pays colonisé en une démocratie libre et dynamique. Pour effectuer cette transformation, nous ne pouvons plus compter sur les autres.

À son dernier congrès, le R.I.N. s'est engagé à chercher des solutions à tous les grands problèmes de la nation (voir pp. 4, 5). Il faudra maintenant que nous nous engagions à appliquer ces solutions. Cet engagement débouche nécessairement sur l'action politique.

L'action politique ne peut être exercée que par un "groupe de pression" ou un parti. C'est là l'option qui s'offre au R.I.N. Or, lorsqu'il s'agit de questions d'intérêt national, la méthode des groupes de pression n'est pas précisément démocratique. En outre, si les groupes de pression peuvent obtenir, souvent par des moyens qui ressemblent fort à du chantage, des mesures particulières, il leur est impossible de réaliser une politique globale et coordonnée. La façon démocratique de procéder, lorsqu'on veut effectuer la transformation d'une société, c'est de proposer des réformes à la population et de lui demander de signifier son accord en portant au pouvoir ceux qui s'engagent à réaliser ces réformes. Pour des raisons de morale politique autant que d'efficacité seul un parti politique peut être en mesure d'apporter à notre société les changements que nous réclamons.

Bien entendu, le fait de devenir parti politique ne veut pas dire qu'on doive, à la première occasion, plonger les yeux fermés dans la lutte électorale. Les modalités de l'action restent à déterminer en fonctions des circonstances et des opportunités. Mais il est essentiel que le R.I.N. décide maintenant jusqu'où il veut pousser son engagement envers la nation québécoise. C'est ce que les membres seront appelés à faire à leur prochain congrès, en octobre.