Circulaire à Messieurs les curés à l'occasion des rumeurs de guerre, le 9 novembre 1793

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Circulaire à Messieurs les curés à l'occasion des rumeurs de guerre
Québec, 9 novembre 1793




SOURCE(S): Henry Têtu et Charles-Octave Gagnon, Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, volume deuxième, Québec : Imprimerie générale A. Coté et Cie, 1888, p. 471-473.



Québec, 9 novembre 1793.


Messieurs,

Des avis reçus de New York, depuis quelques semaines, donnent lieu de soupçonner qu'une flotte française, partie des côtes des États-Unis d'Amérique, pourrait avoir le dessein de faire quelque entreprise sur la Province du Bas-Canada; cette circonstance nous a paru assez importante pour solliciter là-dessus votre attention ; et en cela notre devoir et notre inclination se trouvent d'accord avec le désir de Son Excellence le très honorable Lord Dorchester.

Ce n'est pas que nous ayons aucune inquiétude sur la conduite personnelle de qui que ce soit d'entre vous, dans le cas d'une entreprise de la part de la puissance française sur cette Province, la loyauté à toute épreuve que le clergé de ce diocèse a montré dans l'invasion de 1775 nous répond d'avance de votre zèle à défendre en toute occasion les intérêts du gouvernement, ceux de la religion dont nous sommes les ministres, et ceux du pays que nous habitons, lesquels, par une disposition admirable de la Providence, se trouvent si étroitement liés les uns aux autres.

Mais comme il est à craindre que les habitants de ce pays, surtout dans les campagnes, frappés du nom de Français, ne sachent pas discerner la conduite qu'ils auraient à tenir dans une pareille circonstance ; il nous parait tout à fait essentiel que vous leur proposiez les considérations suivantes :

1° Que par les capitulations de Québec en 1759 et de Montréal en 1760, et encore plus par le traité de paix de 1763, les liens qui les attachaient à la France ont été entièrement rompus, et que toute la fidélité et l'obéissance qu'ils devaient précédemment au roi de France, ils les doivent, depuis ces époques, à Sa Majesté britannique.

2° Que le serment prêté par eux ou par leurs pères au roi d'Angleterre, lors de la conquête de ce pays, les lie de telle manière, qu'ils ne sauraient le violer, sans se rendre grièvement coupables envers dieu lui-même ; nec enim habebit insontem Dominus eum qui assumpserit nomen Domini Dei sui frustra. Exod. 20. 9.[1]

3° Qu'indépendamment de l'obligation étroite qui résulte d'un tel serment, la conduite pleine d'humanité, de douceur, de bienfaisance, que le gouvernement britannique a toujours gardée envers eux, suffirait pour les y attacher inviolablement.

4° Qu'en particulier la protection constante accordée à leur sainte religion par le même gouvernement, doit leur faire désirer avec ardeur de ne jamais passer sous une autre domination.

5° Que l'esprit de religion, de subordination et d'attachement à son roi, qui faisait autrefois la gloire du Royaume de France, a fait place, dans ces dernières années, à un esprit d'irréligion, d'indépendance, d'anarchie, de parricide, qui, non content de la mort ou de l'exil de la saine partie des Français, a conduit à l'échafaud leur vertueux souverain, et qui a justement excité l'indignation de toutes les puissances de l'Europe ; et que le plus grand malheur qui pût arriver au Canada, serait de tomber en la possession de ces révolutionnaires.

6° Que dans la conjoncture présente, le gouvernement n'est pas seul intéressé à éloigner les Français de cette Province ; mais que tout fidèle sujet, tout vrai patriote, tout bon catholique, qui désire conserver sa liberté, ses lois, sa morale, sa religion, y est particulièrement et personnellement intéressé.

Nous nous flattons, Messieurs, que l'esprit de Dieu, votre amour pour le salut des peuples confiés à vos soins, et votre fidélité au gouvernement sous lequel nous avons le bonheur de vivre, vous mettront en état de développer, tant dans vos instructions publiques que dans vos conversations particulières, des principes que nous ne faisons qu'indiquer ici. Et dans le cas où vous jugeriez que la publication de notre présente lettre pût donner plus de force à vos paroles, nous vous autorisons à la lire au prône de vos messes paroissiales, laissant à votre prudence de réitérer cette lecture autant de fois qu'elle vous paraîtra nécessaire.

Cependant nous vous exhortons à joindre vos prières aux nôtres, afin d'obtenir du ciel qu'il détourne, de dessus ce diocèse, les malheurs innombrables, dans lesquels pourraient le précipiter les nouveaux systèmes d'impiété, d'indépendance et de libertinage, s'ils venaient à y prendre racine.

Je suis avec un sincère et parfait attachement
Messieurs,
Votre très humble et très obéissant serviteur,

Jean-François, évêque de Québec.

Notes

  1. Il s'agit en fait de Exode, chapitre 20, verset 7 : Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. Il s'agit fort probablement d'une erreur de transcription, un 7 pouvant facilement être confondu pour un 9.


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