Adresse des habitants des trois faubourgs de la ville de Montréal à Richard Montgomery, brigadier général des forces du continent

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Adresse des habitants des trois faubourgs de la ville de Montréal à Richard Montgomery, brigadier général des forces du continent
1775




SOURCE(S) : Manuscrit incomplet conservé dans le fonds Haldimand, MG 21, A-766, f 103. [1]. Publié entre autre dans Bulletin des recherches historiques, volume 40, 1934, p. 217 et Rendez-vous manqué avec la révolution américaine, 2007, p. 271.



Monsieur,

Les ténèbres dans lesquelles nous étions ensevelis sont enfin dissipées. Le jour nous luit, nos chaînes sont brisées, une heureuse liberté nous rend à nous-mêmes. Liberté depuis longtemps désirée et dont nous usons aujourd'hui pour témoigner à nos frères des colonies représentées par vous, Monsieur, la satisfaction réelle que nous ressentons de notre union.

Quoique les citoyens de la ville de Montréal nous aient méprisés, et nous méprisent encore, tous les jours, nous déclarons que nous avons en horreur leur conduite envers nos frères et nos amis. Nous disons que la capitulation par eux offerte est un traité entre deux ennemis et non un pacte de société et d'une union fraternelle.

Ces mêmes citoyens nous ont toujours regardés et nous regardent encore comme rebelles. Nous ne nous sommes point offensés de cette dénomination, puisqu'elle nous est commune avec nos frères des colonies; mais en dépit d'eux, et suivant notre inclination, nous acceptons l'union, ainsi que nous l'avons acceptée dans nos cœurs dès le moment que l'adresse du 26 octobre 1774 nous est parvenue, à laquelle nous aurions répondu si nous eussions osés. Vous n'ignorez pas, Monsieur, que depuis cette date le silence même était suspect, et que la récompense de celui qui osait penser et dire ce qu'il pensait était la prison, les fers et pour le moins le mépris et l'indignation des citoyens.

Nous regardons aujourd'hui ces mêmes citoyens comme un peuple conquis et non comme un peuple unis; ils nous traitent d'ignorants, il est vrais que nous avons passé pour tels. Le despotisme nous absorbait, nous sommes ignorant disent-ils, mais comment peuvent-ils nous connaître et décider ce que nous sommes? puisque le vrai mérite de l'homme de talent n'approche pas même l'antichambre. Il est inutile nous croyons, Monsieur, de faire à votre Excellence un détail des oppressions et une énumération des auteurs, il viendra un temps plus favorable.

Tous ignorants et rebelles que l'on nous dit être, nous déclarons (et prions votre Excellence de communiquer au Congrès des colonies notre déclaration.) Nous déclarons, disons-nous, que nos cœurs ont toujours désiré l'union, que nous avons regardé et reçu les troupes de l'union comme les nôtres, en deux mots, que nous acceptons la société à nous offerte par nos frères des colonies, que nous n'avons jamais pensé être admis dans une société, profiter des avantages de cette même société, sans contribuer à la mise. Si nous sommes ignorants, nous sommes raisonnables; mêmes lois, mêmes prérogatives, contribution par proportion, union sincère, société permanente; voilà notre résolution conforme à l'adresse de nos frères;


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