Foire aux questions du souverainiste vert

De La Bibliothèque indépendantiste.


Foire aux questions d'un souverainiste vert
3 mars 2010 (dernière mise à jour: 22 décembre 2013)


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Selon l'idéateur Vladimir De Thézier, les souverainistes québécois peuvent et doivent renouveler leur cause en s'unissant avec les environnementalistes pour créer un « mouvement vert souverain » dont le but ultime serait de fonder une République démocratique et un « État vert » dans un Québec libre d'être maître de son destin.

Voici une liste synthétisant les questions posées par quelques journalistes à De Thézier sur son parcours personnel et sa perspective politique, accompagnée de ses réponses correspondantes.

Sommaire

Depuis quand êtes-vous un souverainiste?

Québécois d’ascendance haïtienne né à Montréal, je fus un fédéraliste progressiste toute ma vie, jusqu'au jour où l'Accord de Charlottetown fût proposé en 1992 par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney pour convaincre le Québec de ratifier la Constitution du Canada.

Avant le vote, un ami de ma famille, un sociologue haïtien qui enseignait à l'époque au Cégep de Sainte-Foy, m'a expliqué pourquoi les Québécois devaient et allaient voter NON à l'accord. Par la suite, nous avons eu plusieurs longues conversations sur le Québec en tant qu'une des «neuf nations d'Amérique du Nord». Il fut parmi un nombre inconnu d'intellectuels d'origine haïtienne au Québec qui sont devenus indépendantistes parce qu'ils ont la profonde conviction que c’est aller à l’encontre des idéaux républicains de leurs ancêtres que de s’opposer à la marche du peuple québécois vers son indépendance. Cet homme a approfondi ma compréhension de la question nationale québécoise, jusqu'au jour où j'ai embrassé le projet de pays du Québec et voté OUI au Référendum de 1995 pour unir les Québécois de toutes origines sous la Constitution d'une République.

Ce n’est donc pas un «Québécois de souche» qui m’a convaincu de devenir un indépendantiste mais un Haïtien né à Port-au-Prince...

Comment aviez-vous réagit au discours de défaite de Jacques Parizeau devant les partisans du OUI et à sa déclaration controversée sur les « votes ethniques » et le « nous »?

J'étais bien sûr choqué et déçu par son discours qui a fait un tort indéniable aux efforts des militants souverainistes pour convaincre les membres de communautés ethnoculturelles d'embrasser notre cause. Cependant, cette déclaration n'a jamais ébranlé mon soutien à la souveraineté du Québec. J’estime que la légitimité d’un projet de pays ne devrait pas être jugé en fonction du suicide politique d’un homme et ce même s’il en était un des plus grand promoteurs. Cela dit, j'ai encore beaucoup de respect pour Jacques Parizeau en tant qu'homme ayant appartenu à la génération qui a profondément transformé le Québec avec la Révolution tranquille. Il ne faut jamais oublier que c'est Parizeau, en tant que ministre des Finances du Québec sous le gouvernement de René Lévesque, qui s'est toujours assurer du financement des projets qui ont révolutionné l'éducation au Québec. Il a aidé à bâtir une fonction publique moderne en plus de créer la Société générale de financement, la Caisse de dépôt et le Régime d’épargne actions qui a tant contribué à transformer les PME en grandes entreprises québécoises.

Vous vous décrivez comme un des « orphelins de Bouchard »! Qu'entendez-vous par cette expression?

C'est l'expression que la politologue Josée Legault a créé pour baptiser les souverainistes progressistes déçus face au virage conservateur de Lucien Bouchard à la tête du Parti Québécois. Selon elle, la naissance de Québec solidaire en février 2006 et la victoire d'Amir Khadir en tant que député de Mercier en janvier 2009 sont surtout un reflet de l'incapacité du PQ à réoccuper le créneau progressiste qu'il avait avant le dernier référendum.

Depuis quand êtes-vous un environnementaliste?

C’est le futurologue américain Alex Steffen en 2003 qui me stimula à militer pour la cause environnementale. Il créa l'expression « vert brillant » (bright green) pour désigner l'émergence d'un groupe d'environnementalistes qui rejettent l'individualisme des «verts pâles», les gens de bonne foi qui croient que l'on peut sauver la planète simplement en adoptant un mode de vie contre-culturel (recycler, manger bio, rouler en vélo, etc.), et le confrontationisme des «verts foncés», les radicaux qui croient que l'action directe (destruction de panneaux publicitaires, fauchage de champs de maïs transgénique, etc.) peut saboter le système. Les verts brillants préfèrent se concentrer à développer et promouvoir les innovations technologiques, sociales, économiques et politiques qui nous mettrons sur la voie du développement durable.

Quand est-ce que vous est venu l'idée que les souverainistes et environnementalistes québécois devraient faire cause commune?

Ma réflexion à été en partie influencée par les thèses de Pierre Dubuc, directeur et rédacteur-en-chef du mensuel L'aut' journal, un journal indépendant, ouvrier et populaire. Dubuc appelle à l'entrée massive des syndicalistes, progressistes, féministes, environnementalistes et altermondialistes dans le Parti Québécois pour que celui-ci redevienne un parti de centre-gauche. De plus, il prône la réduction de la dépendance de notre province aux produits pétroliers et l’élaboration pour un Québec souverain d’un grand projet économique, environnemental et social basé sur le développement de l’éolien par Hydro-Québec et le développement d’un vaste réseau de transports en commun (autobus, métros, monorail, tramways, trains rapides) dans les villes et entre les villes et régions du Québec. Couplé à une véritable politique d’occupation du territoire et d’émigration de la grande ville de Montréal vers les régions, Dubuc rêve de voir le transport collectif moderne recréer les régions.

J'ai longuement réfléchi à ces deux propositions ambitieuses jusqu'au jour où je suis arrivé à la conclusion suivante:

Bien que la promotion de la langue française et de la culture québécoise doit demeurer au cœur du projet et discours souverainiste québécois, je pense qu'on doit accorder une plus grande place aux environnementalistes pour qu’ils puissent actualiser ce projet et réarticuler ce discours afin de donner naissance à un « mouvement vert souverain ». Selon moi, l'environnementalisme est le seul système de valeurs qui peut non seulement transcender les différences linguistiques, culturelles, sociales, économiques et générationnelles qui divisent les Québécois mais qui a le potentiel de les rassembler autour d’un nouveau projet de société.

Je considère qu’il y a trois éléments fondamentaux sur lesquels les Québécois doivent faire un large consensus quant à la nature du pays qu'ils veulent se donner:

le Québec sera un pays dont la souveraineté nationale et populaire sera acquise par référendum;

le Québec souverain sera un pays républicain et démocratique, fondé sur les principes de la liberté, de l'égalité, de la solidarité et de la laïcité;

le Québec souverain sera un pays dont la seule langue commune sera le français, tout en reconnaissant les droits des peuples autochtones et les droits de sa communauté anglophone historique.

Cela dit, je pense que la meilleure façon de convaincre un plus grand nombre de Québécois de toutes origines à militer pour la souveraineté de la République du Québec, c’est de leur dire: faisons-le aussi pour fonder un État vert!

Qu'entendez-vous par un « État vert »?

Aux 18ème et 19ème siècles, la bourgeoisie a été à l'avant-garde de la création de l'État libéral démocratique (un gouvernement limité à des fonctions d'ordre et de sécurité pour protéger les droits et libertés individuels des citoyens), tandis qu'au 20ème siècle, le mouvement ouvrier a été au premier rang des forces sociales qui ont mené à la création de l'État social-démocrate (un gouvernement qui assume aussi des fonctions de providence pour assurer une plus grande égalité et justice socioéconomique entre les citoyens).

Plusieurs écologistes politiques, tels que Robyn Eckersley en Australie, entrevoient que le mouvement environnementaliste et le mouvement vert seront les précurseurs de l'émergence de « l'État vert » au 21ème siècle: un État dont les idéaux réglementaires et les procédures démocratiques sont alimentées par la « démocratie écologique », c'est-à-dire une démocratie délibérative où tous ceux potentiellement affectés par les risques écologiques (humain ou non-humain, générations présentes et futures) doivent avoir l’opportunité significative de participer ou autrement être représentés dans l’élaboration de politiques et la prise de décisions qui génèrent ces risques. L'État se voit conférer un nouveau rôle, celui de facilitateur d'une écocitoyenneté et gouvernance environnementale plus efficace tant à l'échelle nationale qu'à l'échelle mondiale.

Selon moi, la République du Québec doit être un pays dont la constitution profondément démocratique cimente la fondation d'un État vert.

Plusieurs intellectuels estiment que la société québécoise post-chrétienne souffre d’un vide existentiel. Quels seraient les repères des Québécois dans la République du Québec?

L’historien et sociologue Gérard Bouchard explique que la souveraineté est un acte fondateur puissant et mobilisateur, qui servira ensuite aux Québécois à se valoriser pendant des siècles en le réactualisant dans des rituels, des célébrations et des commémorations. Selon moi, le mythe fondateur de la République du Québec devrait être imprégné d'un « humanisme vert » pour ancrer dans la conscience collective québécoise un sentiment de révérence et d’appartenance envers la nature, le tout visant à nous convaincre que le Québec doit tendre à incarner une société aussi parfaitement en harmonie avec la nature qu’il est possible aux humains.

Que devraient être les objectifs d’un mouvement vert souverain à court, moyen et long terme?

La dilapidation de la richesse, les effets de la crise économique mondiale, la marginalisation croissante du Québec par le gouvernement fédéral, et le caractère rétrograde des politiques canadiennes à l’égard de l'environnement mettent à l’ordre du jour l’urgence de la souveraineté nationale et populaire.

À court terme, ce qui est important est d'amorcer un dialogue franc avec les jeunes adultes québécois pour leur expliquer pourquoi ils peuvent et doivent réaliser la souveraineté sur la base d'un projet de pays et de société où l'humain vivrait en harmonie avec lui-même, ses semblables et son environnement.

À moyen terme, l'objectif serait de former un groupe de pression pour coordonner l'engagement partisan qui pèsera sur les décisions et les orientations du parti souverainiste le plus crédible pour le transformer en un parti dédié à la fondation d'une République démocratique et d'un État vert dans un Québec souverain.

Et, à long terme, le point culminant de tout ce grand travail serait de s'assurer de porter au pouvoir ce parti souverainiste vert avec une campagne qui séduit les communautés traditionnellement opposées à la souveraineté du Québec à l’idée qu’elles participeront à la fondation de la première « république verte » au monde.



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